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MONTRÉAL – Au début des années 1980, Michel Bourgeau a eu le courage de quitter le confort de Saint-Bruno-de-Montarville pour s’aventurer à l’Université Boise State, en Idaho. Ce pionnier méconnu du football québécois a été récompensé pour son audace en étant repêché dans la NFL. 

Pour différentes raisons, et peu importe le domaine, les noms de certains de pionniers demeurent dans l’ombre. Mais le nom de Bourgeau devrait être associé plus souvent aux Pierre Desjardins, Gabriel Grégoire, Jacques Chapdelaine, Pierre Vercheval, Tshimanga Biakabutuka...

En terminant son parcours au Collège André-Grasset, le choix facile aurait été d’accepter une des offres venant de Concordia, McGill ou même Simon Fraser en Colombie-Britannique. 

Sauf qu’une participation à un camp d’évaluation des Alouettes a changé sa vie. L’entraîneur Joe Scanella, un ancien adjoint du légendaire John Madden, était un ami du coordonnateur défensif des Broncos de Boise State. 

Ce dernier a demandé à Scanella s’il n’avait pas un Québécois à lui envoyer en Idaho et le nom de Bourgeau a été suggéré. 

« J’ai pris un risque. Je n’avais pas beaucoup de choix pour jouer en sol américain. À cette époque, c’était une grosse affaire d’aller aux États-Unis. C’était aussi une sorte de rêve pour moi donc je devais au moins l’essayer », a raconté Bourgeau qui remercie encore son ami Pierre Deschamps de l’avoir encouragé à foncer. 

Dès sa première année à Boise State, en 1980, Bourgeau a savouré le championnat en tant que partant et il est devenu un joueur étoile. 

Avant qu’il ne subisse une blessure à un genou lors de sa dernière année universitaire, des rumeurs indiquaient que Bourgeau, un joueur de ligne défensive, pourrait être repêché avant la fin de la sixième ronde en 1984. 

Michel Bourgeau« J’ai été choisi en 11e ronde par les Saints. Je n’étais pas assez rétabli physiquement pour aller au camp, mais j’ai été leur propriété pendant quatre ans. Quand je suis devenu joueur autonome dans la LCF, je suis allé à La Nouvelle-Orléans pour un camp de vétérans et ils ont décidé de ne pas retenir mes services. Quelques clubs ont démonté de l’intérêt, mais j’étais déjà bien établi dans la LCF donc j’ai choisi d’y rester », a détaillé Bourgeau.  

Humble, drôle et réservé, Bourgeau n’a jamais recherché l’attention depuis sa retraite après une carrière de 10 saisons (avec Ottawa et Edmonton) se terminant en 1993. 

Celui qui est retourné, depuis 28 ans, vivre au rythme des cowboys et des fermiers dans les terres de l’Idaho est loin de se péter les bretelles avec ses accomplissements. Quand on insiste, il résume le tout ainsi. 

« Je réalisais quand même que c’était une grosse histoire pour les Québécois de se rendre au football professionnel. Gabriel Grégoire l’avait réussi avant moi, mais ils avaient été peu nombreux à y parvenir et Pierre Vercheval a suivi. Je comprenais que j’étais un peu en avance sur mon temps, en tant que Québécois, mais j’avais l’occasion de le faire », a témoigné le colosse de six pieds cinq pouces et 275 livres à son époque de joueur. 

Du pain noir jusqu'au championnat

Même s’il rêvait au départ d’une carrière en ski alpin, ça se voit et ça se sent que Bourgeau a adoré ses 26 années de football. Cela dit, il a eu à manger son pain noir à Ottawa avec de rares victoires. 

Michel Bourgeau« La LCF traversait aussi une période difficile, les budgets n’étaient pas reluisants. Parfois, on entendait dire que des équipes ne parviendraient pas à payer les joueurs et on s’en inquiétait », a ajouté celui dont les deux enfants sont nés à Ottawa. 

Après la saison 1988, quand Ottawa a choisi de rompre son association avec lui, Bourgeau se faisait à l’idée d’accrocher ses crampons. Mais les Eskimos lui ont permis de relancer sa carrière. 

« À ma première saison à Edmonton, on a eu une fiche de 16-2 tandis qu’avec les Rough Riders on a savouré que 15 victoires en cinq saisons ! », a exposé Bourgeau qui a soulevé la coupe Grey, à sa dernière année, en 1993, grâce à Damon Allen. 

Durant son époque, le désir de vaincre a incité les équipes à repousser leur « créativité ». Bourgeau sourit quand il parle des trucs employés comme celui de vaporiser de l’eau sur les épaulettes pour que ça forme une couche de glace quand la température était froide ou celui du silicone sur les chandails pour qu’ils soient plus glissants. 

« J’imagine que, de nos jours, ils font la même chose, mais c’est plus caché ou invisible. Il y a ce dicton If you’re not cheating, you’re not trying. Tout ce qu’on faisait était légal », lance-t-il en riant. 

Au final, Bourgeau retient surtout le plaisir ressenti au football. Reconnu comme un partenaire très agréable, il s’est beaucoup amusé notamment avec le collègue Pierre Vercheval qui a été son coéquipier à Edmonton. 

Notre source, qui est donc trop facile à identifier, nous a révélé avec amusement que Bourgeau était surnommé Odie, en référence au chien aimable, très énergique et grand ami de Garfield. Michel Bourgeau

« Quand je suis parti à Edmonton, je pensais que je m’étais débarrassé de ce surnom, mais la LCF est un petit monde. Ils m’ont donné ce surnom parce que ce chien fonce à 100 milles à l’heure et c’était ce qu’on faisait à Boise State même à l'entraînement », a commenté Bourgeau en riant de bon cœur quand on a évoqué ce vieux surnom. 

« Celui qui n’arrêtait jamais, c’était Michel. Même que parfois, il nous pompait. On lui disait que c’était juste une petite pratique pas d’épaulettes... Mais il avait une seule vitesse. C’était tout un joueur de football et une excellente personne », a décrit Vercheval qui le classe assurément comme un pionnier. 

« Plus jeune, je regardais les Alouettes et j’allais les voir à l’Autostade avec mon équipe de St-Bruno. On nettoyait les bancs avant que les gens arrivent au stade. D’avoir pu jouer pendant 10 ans dans la LCF, c’est quelque chose de spécial pour moi », a conclu Bourgeau qui mérite à son tour d’inspirer la relève.