MIAMI – Puisque j’ai un collègue que j’estime beaucoup qui s’affiche publiquement comme partisan des 49ers de San Francisco, j’ai une pensée pour ceux qui ont été envahis par une immense déception à la conclusion du Super Bowl LIV. Mais disons-le, c’était somme toute la conclusion parfaite à une merveilleuse semaine.

 

Pas besoin de savoir jouer au football comme Patrick Mahomes pour comprendre que je fais allusion à la victoire savourée par Laurent Duvernay-Tardif, un athlète dont le rayonnement dépasse largement le cadre sportif.

 

À la suite d’un événement aussi grandiose, couronné par le premier triomphe au Super Bowl d’un Québécois né au Québec, on m’a demandé d’y aller d’une exception et de vous offrir une chronique sur mes impressions de la semaine.

 

Il y a un thème qui se dégage des grands sportifs et c’est la confiance inspirante dont ils ont fait preuve. Ma citation préférée d’après-match le résume d’ailleurs à la perfection. La confidence vient du bouillant receveur Tyreek Hill des Chiefs. Hill a raconté qu’il avait carrément perdu son sang-froid lorsque son club tirait de l’arrière 20 à 10.

 

Même s’il avait déjà bien d’autres enjeux à résoudre, Mahomes a senti que son marchand de vitesse avait perdu le contrôle. Il s’est avancé vers lui pour lui dire « J’ai besoin de toi, il faut que tu te calmes. » Son intervention a été salutaire et Hill a été au cœur de la remontée victorieuse.

 

À 24 ans, Mahomes a démontré des qualités extraordinaires de meneur du début à la fin de cette semaine extrêmement exigeante. Alors qu’il ne connaissait pas sa meilleure performance, il n’a jamais cessé d’y croire et il a insufflé cette confiance à ses partenaires. Ce n’est pas pour rien que Willie McGinest a mentionné jeudi que Mahomes lui fait penser à un jeune Tom Brady par rapport au leadership et à l’éthique de travail.

 

Grâce à son parcours en médecine et ses expériences de vie enrichissantes en famille (comme un voyage d’un an en voilier), Duvernay-Tardif n’est pas du style à paniquer. Mais s’il y a bien moment durant lequel il aurait pu flancher, c’est au Super Bowl. Blessé à un mollet tôt au deuxième quart, il a connu quelques ennuis, mais rappelons qu’il était confronté au meilleur front défensif de la NFL et que ses entraîneurs avaient déterminé qu’il devait se débrouiller sans l’aide d’un partenaire sur la plupart des jeux de protection.

 

À ce niveau, LDT partage des similitudes avec les athlètes dotés d’une assurance frappante. Il avait osé dire publiquement que ce match allait pouvoir définir les 10, 20 et 30 prochaines années de sa vie. Dimanche, il a bûché pour conclure le tout positivement et il a triomphé.

 

« On a gagné! C'est ça qui compte! »

Ce n’est pas pour rien qu’il était émotif quand on lui a parlé de cet exploit. Personne ne pourra lui enlever ce titre. Il sera, pour toujours, Laurent Duvernay-Tardif, champion du Super Bowl, et docteur!

 

Par-dessus le marché, il restera associé à l’édition des Chiefs qui a redonné le Super Bowl à cette riche organisation après 50 ans d’attente.

 

La patience de leurs fidèles partisans a été éprouvée durant ce demi-siècle et ça explique le fait qu’ils aient envahi le Hard Rock Stadium. Leur rouge a nettement dominé le rouge des fervents des 49ers. Le seul moment durant lequel ils ont célébré ensemble, c’est, vous l’aurez deviné, quand Shakira et Jennifer Lopez ont enflammé – et hynoptisé en même temps - la planète avec leur performance. On peut vous assurer que leur charisme se ressentait jusqu’aux dernières rangées du Hard Rock Stadium et sans doute dans vos salons.

 

Personnellement, il s’agissait de mon deuxième Super Bowl après celui à Atlanta l’an dernier. Cela dit, inutile d’en avoir couvert une vingtaine pour comprendre que c’est un endroit de prédilection pour rassembler l’univers football. Parmi les raisons incontournables, citons la gentillesse des gens, leur accueil chaleureux, la beauté des lieux, l’ambiance qui décolle, la sublime météo, la diversité des cultures et les restaurants à découvrir.

 

« C'est le plus beau moment de ma vie, de loin »

Le bémol se situe assurément au niveau de la circulation. Il faut savoir qu’on se promène énormément dans une semaine du Super Bowl. Mentionnons rapidement le Marlins Park pour la soirée des médias, les hôtels des deux équipes du mardi au jeudi, le centre des médias au quotidien, la visite du Hard Rock Stadium le mardi. Quand chaque destination exige de 45 à 90 minutes de voyagement, ça occasionne un casse-tête et bien des articles écrits sur nos genoux dans les navettes ou assis sur le plancher d’une salle de réception d’hôtel.

 

Mais c’est la beauté du Super Bowl, un événement gigantesque qui avance à vive allure et qui exige des ajustements au fil de chaque journée. Parlez-en à mon collègue Didier Orméjuste qui a dû demander à ces jeunes de se déplacer alors qu’ils essayaient de filmer un vidéoclip un peu trop sexy dans le champ de la caméra où il effectuait ses présences en direct à RDS.

 

« Je n'avais jamais vu Laurent aussi heureux »

C’est surtout un immense privilège qui se décline en plusieurs moments précieux. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut s’asseoir à la même table que Kurt Warner, Deion Sanders et Michael Irvin pour leur poser des questions comme si on les connaissait depuis quelques années. Ah oui, que dire de la simplicité de Rob Gronkowski, Tony Gonzalez et Erin Andrews en entrevue. En côtoyant ces grands noms du milieu médiatique sportif et des confrères de nombreux pays, on se dit aussi que l’équipe football de RDS se débrouille admirablement bien.

 

On se souviendra aussi que ce voyage pour le Super Bowl a été marqué par le décès plus que tragique de Kobe Bryant. Peu d’athlètes auront touché la communauté de cette manière et les sportifs tenteront de s’inspirer de sa mentalité pendant des décennies. Son aura sur la scène sportive ne disparaîtra pas, elle ne va que s’exercer autrement.

 

Le porteur de ballon des Chiefs, Damien Williams, en a donné un exemple éloquent avec une performance inspirée alors que tout le monde doutait de ses capacités. Williams n’a pas caché qu’il avait été vexé qu’on ne parle jamais de lui, ou presque, dans les deux semaines qui ont précédé ce grand rendez-vous.

 

Pour tous ces héros qui profitent du Super Bowl afin de rayonner aux quatre coins du globe, il y a l’autre côté de la médaille. Les membres des Niners doivent se relever d’un échec amer et Kyle Shanahan, un grand entraîneur en devenir, sera à l’avant-plan de cet effondrement. Son temps viendra, c’est certain. On le souhaite tout simplement pas de devoir patienter aussi longtemps qu’Andy Reid qui méritait de ne plus sentir ce poids sur ses épaules.

 

ContentId(3.1360212):Super Bowl LIV : Laurent Duvernay-Tardif peut célébrer! (Chiefs)
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