Enseignante à la polyvalente de Thetford Mines, Mélanie Lefebvre est venue à un cheveu près de quitter cette planète.

 « Les champions courent le kilomètre de plus », une phrase tatouée sur sa jambe, n’aura jamais été aussi significative dans les circonstances. On la sent encore émotive, sous le choc lorsqu’elle ramène cette mésaventure tragique en mémoire.

 Native de Saint-Patrice-de-Beaurivage, elle traverse une 18e année dans l’enseignement. « Je les pars sur la bonne voie. Avec mes élèves, je parle souvent de course à pied, de mes expériences, des sentiments que je ressens, un parallèle qui pourrait peut-être les inciter un jour à suivre mes traces. »

 

Une femme dynamique avec un sourire communicatif.

 

Pourtant, Mélanie raconte qu’elle ne devait pas courir dans la vie. Indisposée par de sérieux malaises aux genoux suite à une poussée de croissance anormale durant son adolescence, elle entre chez elle après une réunion familiale lors de la période des Fêtes. Pour atteindre sa chambre au sous-sol, elle doit descendre les escaliers sur les fesses. Elle regarde alors sa mère et lui dit : « Maman, vais-je terminer ma vie sur une chaise roulante ? » Mélanie ne peut pratiquer aucun sport à cette époque.

 Toutefois, lorsqu’elle s’installe à Thetford Mines, elle croise un enseignant en éducation physique qui lui conseille de commencer tranquillement un entraînement en gymnase. Munie d’une orthèse au pied, elle adhère au projet. En 2013, elle croise une star du cross-fit. « Je m’étais rendue chez-lui à la marche. Il m’avait alors demandé pourquoi je ne l’avais pas fait à la course ? À quelque part, ce commentaire a sonné une cloche. »

 La même année, elle s’inscrit au 21km de Québec. « Je l’ai complété en 2h38 et le dernier kilomètre, j’ai tiré de la patte comme Terry Fox ! Les jours suivants furent pénibles. Je pense que cette décision n’était pas intelligente de ma part. »

 

Linda Duval, une femme qui a radicalement changé la vie de Mélanie.

 

L’année 2015 marque sa rencontre avec un adepte d’ironman, une machine de Sherbrooke qui l’incite à s’inscrire à Noël pour le triathlon de Tremblant de 2016, année qu’elle conclura avec trois triathlons. Partie pour la gloire, elle enchaîne avec son premier marathon, celui de Québec en 2017 qu’elle finira avec un temps de 4h04. « J’étais contente mais écœurée de l’entraînement. » C’est à ce moment qu’après une pause, elle s’aperçoit que les indispositions aux genoux refont surface.

 L’an dernier, elle signe quatre demis marathon dont celui de Sherbrooke où en compagnie de trois autres personnes, elle pousse une amie souffrant de sclérose en plaques, une séquence qui la marquera à jamais.

 « J’ai réalisé que je devenais sévère avec mes temps. Je frôle souvent le podium et j’aimerais tellement en obtenir au moins un. Tu sais, jeune, je n’ai pas eu la chance de goûter à cette sensation et je me sens un peu frustrée de cet aspect. »

 

Ses parents et son frère, toujours présents pour la supporter et l'encourager.

 

Considérant l’hiver actuel qui n’avait plus de fin et combien pénible à traverser, elle décide de se rendre à Cuba durant la semaine de relâche.  Quand elle revient, elle se sent indisposée. Le 23 mars dernier précisément, elle décide de courir cinq kilomètres. Fatiguée, elle n’a pas vraiment le goût. À son retour, à 200 mètres de la maison, un inconfort s’installe.

 Ayant déjà souffert d’une allergie alimentaire suite à un effort physique après avoir mangé du céleri ainsi que du tournesol, elle s’interroge. Épuisée, elle parvient à franchir la porte d’entrée. La nausée surgit. Étourdie, elle se dirige vers la salle de bain. Elle voit des étoiles. Alors, se produit une chute radicale de sa pression, 77 et habituellement, en bas de 90, ça devient très dangereux.

 Étendue sur la plancher de la salle de bain, elle sue abondamment. Essoufflée, elle se demande si elle ne serait pas aux prises avec une allergie.  Elle songe même aux possibilités d’une crise cardiaque. Seule dans sa maison, son cellulaire se retrouve dans un autre appartement qu’elle n’a pas la force d’atteindre. La peur de mourir s’empare d’elle et lui donne l'énergie d’atteindre sa chambre à coucher où il y a un téléphone de base. Lorsqu’elle se relève, elle se regarde dans le miroir. Rouge comme une tomate, elle remarque que ses yeux sont de la même couleur !

 

Elle a cru que la fin était arrivée.

 

Elle fait rapidement le 911. Le souffle de plus en plus court, elle râle au téléphone. Les portes de la maison sont verrouillées. Les intervenants ne peuvent entrer. Elle donne le code de la porte du garage qui leur permettra d’entrer. Lors des dernières phrases à la téléphoniste, elle se sent partir. À l’arrivée des ambulanciers, on lui met rapidement un masque pour l’oxygène et elle reçoit une dose d’epipen. On parle d’un choc anaphylactique.

 Après quatre minutes, on lui administre une 2e injection. « Ça brassait dans l’ambulance », relate Mélanie. À l’hôpital, elle doit encaisser une 3e injection. La situation s’améliore. Elle y va même d’un gag aux ambulanciers qui doivent se retourner lorsqu’elle retire ses vêtements détrempés de course à pied. « Moi, je suis célibataire et je remarque qu’il y en a des pas pires ici ! »

 Pendant les 90 minutes qui suivront, elle luttera contre de gros tremblements, réaction normale suite à trois injections d’épipen. Après un séjour de quatre heures à l’urgence, elle reçoit son congé. On lui a dit que 15 minutes de plus et c’était terminé pour elle.

 

La course à pied représente un beau moment d'évasion pour cette enseignante.

 

Elle s’arrête. Sur le bord des larmes, elle me dit : « J’ai fait un choc post traumatisme et je me suis demandée pourquoi, finalement, je ne me suis pas laisser aller. » Elle m’explique alors que la solitude devient difficile à vivre pour elle suite à plusieurs échecs amoureux. « J’en ai parlé à ma mère et elle m’a dit qu’elle était là pour moi. Je pense que ma mission sur terre n’est pas terminée.»

 Voilà le moment où dans un état de confiance, elle m’a précisé que sa foi constituait l’une de ses forces intérieures.

 Son cauchemar rapporté sur les réseaux sociaux aura provoqué des prises de conscience chez plusieurs. Mélanie court maintenant avec une dose Epipen mais avoue qu’elle n’a pas recouvré ses forces à 100%. Depuis, elle a franchi 4km sur un tapis roulant puis un 5km dehors, dans la civilisation et tout s’est bien déroulé. Prochainement, elle verra des spécialistes qui tenteront de la renseigner précisément sur ce qu’elle vient de traverser.

 

Une belle entrevue.

 

Il lui faut maintenant un autre projet. Pourquoi pas un 2e  marathon ? La voilà inscrite pour celui du Petit Train du Nord le 20 octobre prochain. « Je ne veux pas me mettre trop de pression cependant », spécifie celle qui célèbrera son 42e anniversaire de naissance le 18 mai.

 En terminant, elle veut me faire un câlin. « C’est de la part de Linda Duval des MCQ. Elle me l’a demandé. Je veux lui rendre hommage. Elle représente la personne qui m’a réveillée car si je cours aujourd’hui, c’est grâce à elle. Les membres du MCQ représentent une 2e famille pour moi. »

Dorénavant, Mélanie devra courir avec sa dose d'épipen.