Vous en conviendrez avec moi que le rôle de lapin de cadence lors des courses à pied ne convient pas à tous les coureurs ! À quelques reprises, j’ai vu des lapins lancer littéralement leur pancarte dans le décor parce qu’ils ne pouvaient plus tenir leur temps.

 À 50 ans, Éric Côté représente un bel exemple de cette fonction. À juste titre, les membres de son entourage le surnomment le chef des lapins au Québec. Excellent athlète, il dit jouer ce rôle par pur plaisir afin de redonner car il pratique ce sport depuis 1979. Natif de Dolbeau-Mistassini, il est rapidement tombé dans la marmite puisque ses deux parents participaient à des épreuves durant sa jeunesse.

 Il totalise actuellement plus de 200 courses dont 13 marathons. Analyste en informatique pour la SAQ à Montréal, il travaille à 1km de sa résidence de sorte qu’il s’y rend en courant et vient prendre le dîner chez-lui au pas de course !

 

Un bon lapin, ça mange des carottes !

 

Son intérêt pour le rôle de lapin a débuté en 2014. Il totalise entre 35 et 40 courses avec ce titre. « Je voulais m’enlever cette pression de toujours performer et je considérais qu’il s’agissait d’une belle façon de s’entraîner. J’aime aider les adeptes à atteindre leur objectif. Ceux ou celles qui nous suivent peuvent garder leur concentration et nous devenons par conséquent une source de motivation », explique celui qui tentera pour la première fois de courir un 42km sous la barre des trois heures au prochain marathon de Longueuil avec l’excellent Pierre Sluzarek qui campera le rôle de lapin pour Éric.

 Pour une 2e année, Éric occupe la fonction de chef des lapins pour le marathon de Montréal et il campe un rôle similaire avec les Courses Thématiques pour une 3e saison. Alors, que faut-il pour devenir un bon lapin ? « Je pense que la personne doit être un excellent communicateur, elle doit aimer partager ses connaissances car les adeptes aiment bien en savoir davantage sur celui qui les guide. Le plus important, on doit être à l’aise avec sa cadence afin de passer le fil d’arrivée avec plus ou moins 30 secondes de différence sur le temps affiché. Les coureurs que nous avons aidés prennent souvent des photos avec leur lapin après la course ce qui pour nous, s’avère une belle récompense », explique celui qui a couru sept marathons comme lapin.

L'excellente coureuse Nathalie Goyer et Éric forment un couple depuis quelques mois.

 

Il admet qu’un lapin ne court pas nécessairement de la même façon qu’un autre coureur. « Habituellement, les gens peinent à suivre sous une cadence régulière et la plupart vont lâcher à mi-parcours, vers le 30e km et parfois même au 15e ! Toutefois, j’accroche régulièrement des gens plus loin qui ont peut-être parti trop rapidement et qui doivent ralentir. Ce n’est pas évident de suivre un lapin ».

 Alors, pourquoi les lapins existent-ils ? « Tu sais, cela peut devenir motivant pour les autres que d’accompagner un lapin. Le temps passe plus rapidement, on échange verbalement, surtout lorsque tu te retrouves isolé dans un rang de campagne ! J’en ai suivi des lapins car j’aime m’accrocher à quelqu’un, surtout avec un objectif en tête», ajoute-t-il avec justesse.

 Possiblement pour changer le mal de place, Éric a plongé dans l’aventure des triathlons au cours des quatre dernières années et fidèle à lui-même, il y brille de tous ses feux ! Au Triathlon Esprit de Montréal, il s’est classé à trois reprises pour le championnat du monde ! « Je ne suis pas allé. Fondamentalement, je suis un coureur et aussi, je ne peux pas m’entraîner tout l’hiver. Je travaille. Je manquerais de temps », commente celui qui se retrouve dans les quatre meilleurs participants au Canada dans sa catégorie d’âge. Alors, on oublie un ironman ? « Oui, pour le moment mais peut-être un jour, j’en ferai un pour le plaisir. Cependant, je me connais bien, je ne suis pas du genre à me présenter sur une ligne de départ avec cette philosophie. Aussi, il faudrait que je m’entraîne entre 25 à 30 heures par semaine alors qu’en ce moment, j’en accorde entre 15 à 18. »

 

Éric adore jouer ce rôle qui lui permet de faire de belles rencontres.

 

Depuis six mois, il est le compagnon de l’excellente coureuse Nathalie Goyer. « C’est elle qui me motive à réaliser mon temps sous les trois heures au marathon. Elle m’en croit capable. Je vais l’essayer », spécifiant qu’il avait remisé cet objectif  depuis quelque temps déjà.

 Père de deux enfants, Philippe, l’un des meilleurs nageurs dans le 1500 mètres au Québec et Émile, 16 ans, qui lui est un artiste, il ramène un vieux souvenir de 2003 où il avait tenté de battre Nathalie Goyer sur un 10km sans en être capable. Il me montre une photo prise au cours de cette course pour témoigner de cette affirmation.

 Éric me réserve une anecdote savoureuse pour la fin de l’entrevue. Lors du dernier marathon de Montréal, il avait vendu une idée à l’organisation. Voilà pourquoi des lapins se promenaient ici et là lors du Salon qui a précédé le marathon. Éric s’est donc présenté le vendredi et le samedi, habillé en lapin, demeurant debout, presque immobile durant ces deux jours. Toutefois, la levée du corps fut pénible pour lui le dimanche matin. Il craignait le pire. Ne prenant aucune chance, il a téléphoné à l’un de ses amis, Alain Roy, lui demandant s’il pouvait se pointer au 21e kilomètre. Roy, qui jouait ce rôle lors du 10km la veille, a accepté. Heureusement, car Éric était bien heureux de le voir et l’a abandonné au 23e km, incapable de poursuivre.

 

Quand deux lapins fraternisent !

 

Il a dû marcher. Sa compagne Nathalie Goyer agissait comme lapin de 3h50. Il a décidé de l’attendre mais a baissé les bras au 35e km pour marcher. Malgré tout, il a franchi le fil d’arrivée en 4h, ce qui est excellent dans les circonstances.

 La preuve que même les meilleurs flanchent parfois.