« J’ai fait un pâté chinois végétarien et une salade verte. Est-ce que tu veux venir souper ? »

 Déjà, sans la connaître, je percevais un geste d’une grande charité, d’une grande douceur. Je devinais que j’allais découvrir une personnalité unique. « J’ai de la difficulté à m’imaginer dans ce milieu.» Inconfortable dans toute la reconnaissance qu’elle reçoit présentement depuis sa récente victoire au marathon de Longueuil, elle tient à rester les deux pieds sur terre.

 Alex Castonguay précisera à plusieurs reprises durant notre échange qu’elle court toujours pour le plaisir, qu’il s’agit simplement d’un mode de vie.

 Née un 6 février à Montréal, cette charmante coureuse s’adonne à la course à pied depuis six ans mais disons que les deux dernières années furent prises plus sérieusement. Ex-joueuse de soccer, sa rapidité ressortait mais se perdait parmi le lot.

 

Alex court vraiment pour le plaisir.

 

Sur un coup de tête, elle dit commettre l’erreur de sa vie avec une participation au marathon de Montréal en 2013 alors qu’elle n’est pas prête. Elle souffre le martyre et termine en 4h13. Or, tout indique que cette expérience ne l’a pas tellement traumatisée car elle revient à la charge trois ans plus tard et termine ce même événement en 3h16 !

 C’est à ce moment que Karl Hébert l’a remarque. Cette démarche de sa part provoquera un grand changement dans la vie d’Alex.

 « Karl m’a tout enseigné dans la course à pied. Il m’a fait réaliser mon potentiel. » En 2017 à Boston, elle termine au premier rang chez les Québécoises présentes avec un 3h04. Insatisfaite, car elle visait un meilleur temps. 

 Septembre 2017, elle veut gagner le marathon de Montréal. Il sera annulé à cause de la célèbre canicule. Elle se rabat sur le demi. Elle vivra le point tournant de sa carrière ! En présence des membres de sa famille et plusieurs de ses amis, il se passe quelque chose de mystérieux vers le 5e km. Soudainement épuisée, elle souffre de nausées. Elle abandonne en se posant plusieurs questions.

 

L'arrivée de Zoé a complètement changé sa vie.

 

Dans l’après-midi, elle se rend à l’hôpital afin de passer des tests. Elle recevra la plus belle médaille de sa carrière en apprenant qu’elle est enceinte. Zoé a célébré son premier anniversaire de naissance le 1er juin dernier. Alex continue à courir jusqu’à la 30e semaine de grossesse. « Ça m’apportait du bien-être jusque-là mais par la suite, j’ai dû arrêter. »

 Elle reprend l’entraînement intensif en octobre 2018. Afin de ne pas nuire à la vie familiale, Alex doit se lever dans la nuit pour courir, avant que son copain quitte pour le travail. « La course m’avait tellement manqué que j’étais motivée et je le suis encore davantage aujourd’hui. »

 La preuve est qu’elle obtient trois records personnels en ce début de saison avec cette victoire sur marathon en 2h48, un 5km en 17:28 et le demi-marathon de la Banque Scotia en 1h19.

 

 

Rapidement, Alex Castonguay s'est imposée sur la scène de la course à pied au Québec.

 

Souvent elle doit se rendre en courant jusqu’au premier métro à partir de sa résidence de Boisbriand à son travail pour une compagnie consultante en produits pharmaceutiques, ce qui totalise une distance de 15km. Les dimanches sont réservés à la préparation des repas pour la semaine, une méthode qui plaît bien au papa David Lalonde-Séguin.

 Celui-ci courait lorsqu’il a rencontré Alex. « Je courais plus que maintenant et plus qu’elle. Mais c’est dur pour l’orgueil de la voir performer », lance-t-il avec un sourire en coin, très fier des prouesses de sa compagne. De ce fait, David comprend les sacrifices qu’Alex doit faire et collabore entièrement à la structure de ses entraînements. Ils prennent les moyens pour ne pas déranger le nœud familial car on devine qu’avec un enfant, tout a changé.

 « Je suis choyée de voir ce que je peux faire dans ce sport. On parle d’un dépassement de soi. Je m’entraîne comme tout le monde et ça restera toujours un loisir à mes yeux. Voilà pourquoi ça devient surréel d’accéder à des privilèges semblables. J’adore ce milieu car je me suis fait tellement d’amis », explique celle qui cherchera à obtenir un 2h45 à Toronto cet automne.

 

Le plus grand des respects envers Karl Hébert.

 

Alex évite de se projeter à long terme. « J’y vais saison par saison. Sauf qu’assurément, j’ai d’autres projets pour des enfants. Je sais également que je vais courir toute ma vie et ce même après cette étape festive que je traverse actuellement au niveau des performances. Alors, la famille passera toujours avant tout. »

 On sent que ce qu’elle a vécu à Longueuil l’a impressionnée. « Je n’y allais pas nécessairement pour gagner le marathon. Je tenais à abaisser mon temps personnel. Les deux boucles du parcours, j’ai trouvé ça intéressant car elles permettaient aux coureurs de m’encourager lorsqu’ils me voyaient. Je te dirais que ce fut positif à mon égard. »

 Elle a bien récupéré de cette prouesse mais se sentait davantage courbaturée trois jours après le marathon suite à une séance de yoga ! « Je ne suis vraiment pas souple ».

 

 

Le meilleur reste à venir pour Alex. 

 

En terminant, elle a voulu rendre hommage à son coach. « Je l’adore. On parle d’un bon vivant, toujours positif, toujours présent pour m’écouter. Il a un grand cœur. C’est un coach mais c’est également un ami. Peu importe le moment de la journée, je peux toujours communiquer avec lui. »

 Yessssir !