Un geste d’une grande charité humaine m’a attiré vers André Bouffard. Remettre une somme de 3320$ au Book Humanitaire, voilà une démarche individuelle de sa part qui a ravi Rachel Lapierre, responsable de cet organisme ainsi que plusieurs autres adeptes de la course à pied.

 Or, je ne m’attendais vraiment pas à constater ce tableau des péripéties qui l’ont incité à vouloir courir. Rocambolesque, je vous le dis.

 Natif de Sept-Îles, à l’âge de 18 ans, en 1978, il vérifie le rendement d’un Jeep non loin de la résidence de ses parents, sise sur le bord de la mer, question de voir s’il répond bien aux exigences d’une éventuelle compétition motorisée dans les bois.

 

Un geste d'une grande charité de la part d'André qui a remis une somme de 3320$ au Book Humanitaire, un organisme qui vient en aide aux démunis dont la responsable est Rachel Lapierre.

 

Un gave accident survient. Il se fracture le cou. Il se retrouve au sol sans pouvoir se relever. Il ne perçoit plus aucun son. De nombreuses personnes entourent la scène. La marée monte rapidement. On doit absolument le relever pour éviter qu’il soit inondé. On l’installe dans une auto pour le ramener chez ses parents. Il souffre énormément et dans cette douleur, il parvient à destination.

 Ses parents le conduisent immédiatement à l’hôpital. On le retourne à la maison dans les quelques heures qui suivront. Il ignore toujours sa fracture. Au bout de deux semaines, supplice intense, il retourne à l’hôpital où on lui dira qu’il s’est infligé une fracture au cou.

 On lui conseille de se rendre à l’hôpital Sacré-Cœur à Montréal. Il prend l’avion. Lorsqu’il se présente au comptoir du centre hospitalier, le personnel est éberlué. On lui recommande de ne plus bouger. Quelques heures plus tard, on l’opère. « Vous avez été très chanceux monsieur car vous auriez pu vous pencher pour attacher les lacets de vos souliers et devenir paraplégique ! »

 Incroyable !

 

Courir représente une victoire aux yeux d'André.

 

André m’a fait voir une radiographie prise de son cou suite à son intervention chirurgicale où on peut remarquer les fils métalliques qui s’entrecroisent et qui retiennent les os. Durant deux ans et demi, il a dû porter un appareil, jour et nuit, pour lui tenir le cou. Par la suite, il s’est retrouvé sans aucune masse musculaire. Son dos n’arrivait plus à supporter sa tête. Il a dû réapprendre à marcher. Cet électricien est retourné au travail mais en 1991, la médecine l’a déclaré invalide en lui disant que tout ce qui lui restait à faire était de se bercer !

 N’écoutant que son courage, il est retourné aux études en informatique. Sa persévérance fut récompensée car en 1996, il a remporté un prix provincial remis par la Fédération informatique du Québec qui lui a valu beaucoup de reconnaissance. Il venait de créer un logiciel qui n’existait pas encore au Québec. Voilà ce qui l’a inspiré à fonder sa propre compagnie qui jusqu’à maintenant, a développé une trentaine de logiciels.

 Mais comment expliquer qu’il puisse courir présentement ?

 

André a procédé lentement dans sa période d'adaptation et les randonnées ont marqué les débuts de son redressement.

 

Jadis, avec un poids de 210lb, André n’avait jamais pratiqué de sport dans sa vie. Un vrai sédentaire qui a commencé à s’intéresser à des randonnées tardivement. À maintes reprises, il rappelait à sa compagne qu’un jour, il gravirait le Kilimandjaro. À un certain moment, elle lui a dit : « Arrête d’en parler et fais-le ! » Dix mois plus tard, en 2013, il réussissait cette ascension où il a recueilli 15,000$ pour la recherche sur le cancer. Dans sa préparation, il courait sur un tapis roulant. « Je l’ai même appelée pour qu’elle (sa femme) vienne me voir. J’étais certain qu’elle ne me croirait pas. »

 André regardait les autres courir et considérait que ça ne lui revenait pas à cause de son passé inactif. « La gêne me hantait. »

 Avant de courir, il souffrait de douleurs persistantes au dos et depuis trois ans, il ne prend plus aucun médicament pour la douleur. Or, tout ne s’arrête pas là, malheureusement.

 

Il a même poussé l'audace en sautant en parachute.

 

En 2005, lors d’une balade en moto, il se voit à nouveau impliqué dans un grave accident. Bilan : Multiples fractures. La bonne nouvelle est que son cou n’a subi aucun choc sérieux. « Je ne ressens plus aucun malaise suite à mes deux accidents. Mon seul handicap est que je ne peux plus tourner mon cou », raconte ce membre des Godasses du Nord, que nous avons rencontré dans un café à Saint-Jérôme.

 Comment lui est venue l’idée de courir pour le Book ? André me regarde, sourire en coin et me sort une feuille de papier sur laquelle on retrouve mon article publié sur le rds.ca où je parlais d’un projet de jeunes étudiants qui avaient décidé de s’impliquer pour cette cause via la course à pied. « Voilà ce qui m’a convaincu, c’est ton article ».

 Wow ! Quelle sensation pour l’auteur de ces lignes.

 

L'histoire d'André représente une belle source d'inspiration, tant sur le plan sportif que dans la vie de tous les jours.

 

Depuis 2015 que le désir de courir un marathon lui trotte dans la tête. Blessé en 2015 et 2016 en voulant trop s’entraîner avec l’objectif de se qualifier pour Boston, il a compris qu’il faisait fausse route. L’an dernier fut consacré à se bâtir une endurance fondamentale. Son premier marathon, il va le courir en octobre avec celui du Petit Train du Nord. À cet effet, il raconte une anecdote savoureuse.

 « Ma conjointe ne cessait de me répéter que la course à pied prenait trop de place dans ma vie l’an dernier. Quand je lui ai parlé de prendre part à un marathon en 2018, elle démontrait énormément de réticence. Elle ne voulait pas que je m’inscrive. Le 24 décembre dernier, elle m’a remis un cadeau dans lequel j’ai retrouvé mon inscription au Petit Train du Nord. Elle m’avait déjà inscrit lorsque je lui parlais que je voulais le courir. Je peux te dire que j’ai versé quelques larmes. »

 Toujours aussi discret, André ne s’est jamais découragé au travers les épreuves. « Tu sais, nous possédons chacun notre petite histoire. Je fais confiance à la vie et je crois sincèrement qu’elle a été bonne pour moi », explique le père de Geneviève, 31 ans et Charles-André, 27 ans, qui partage sa vie depuis 41 ans avec la même dame, une amie d’enfance qu’il a croisée à 17 ans. N’est-ce pas magnifique ?

 

Le courage et la persévérance de cet homme méritaient d'être soulignés.

 

Il estime qu’un défi représente un incitatif pour courir. Il ne cache pas son admiration pour des coureurs tels Michel Villeneuve ou Roland Robichaud qui représentent de belles sources d’inspiration à ses yeux.

 « Honnêtement, je ne réalise pas vraiment par où je suis passé. Je suis vivant et j’apprécie la vie. »

 Avouez qu’il s’agit d’une belle démonstration de résilience.