Un autre athlète de haut niveau a annoncé qu’il quittait son sport au cours du weekend. Les blessures, les séances de réhabilitation et les incalculables heures d’entraînement en solitaire auront eu raison de l’un des meilleurs quarts dans la NFL. Et si plusieurs athlètes font fi des effets à long terme des blessures, Andrew Luck a décidé de penser autrement. L’annonce de Luck nous rappelle aussi que ces athlètes ne sont pas indestructibles. Ils sont humains, comme vous et moi.

Pour lui, sa qualité de vie est plus importante que sa carrière professionnelle. Certains amateurs, dont des supporters des Colts, ont mis en doute son désir de vaincre et son amour du football depuis samedi. Pour Luck, il y a autre chose à prendre en considération.

 

 

La quart-arrière étoile des Colts d’Indianapolis, Andrew Luck, a surpris le monde du football samedi en annonçant sa retraite. Celui qui aura 30 ans le 12 septembre prochain, avait été identifié par la direction comme celui qui allait mener les Colts à la terre promise. Mais les blessures ont tout changé. Les Colts ont été incapables aussi d’entourer adéquatement leur joueur de franchise. Ces deux éléments ne peuvent être dissociés pour expliquer cette annonce.

Pour ce qui est de l’aspect financier de cette affaire, Mike Garafolo a écrit quelque chose de très intéressant sur Twitter. Le reporter de NFL Network a souligné que selon le propriétaire des Colts, Jim Irsay, Andrew Luck fait une croix sur une carrière qui lui aurait rapporté 500 millions de dollars avant d’accrocher définitivement ses crampons.

Le successeur de Manning

Lorsque les Colts ont choisi Luck au tout premier rang au repêchage de 2012, l’équipe et la vaste majorité des analystes voyaient en lui le digne successeur de Peyton Manning. À son année recrue, Luck a mené les Colts, qui avaient présenté un dossier de 2-14 la saison précédente, à une fiche de 11-5. À ses trois premières saisons, l’équipe a d’ailleurs pris part aux éliminatoires. Les succès au cours des éliminatoires ont cependant été rares. Mais on ne pouvait jamais prendre à la légère les Colts en raison de la présence de Luck. Il est bon de rappeler que Luck présente une moyenne de 275,2 verges/match en saison régulière en carrière. Tout était en place pour les 15 prochaines saisons.

Dany Trevathan et Demarcus Ware rabattent Andrew Luck au sol (novembre 2015)Source: Sporting News
Légende: Dany Trevathan et Demarcus Ware rabattent Andrew Luck au sol (novembre 2015)

Un alignement inadéquat

On a tendance à oublier à l’occasion à quel point il est important de bien entourer les joueurs vedettes. Pour les Colts, les difficultés de Luck ont été souvent reliées à la ligne offensive. En saison régulière, Luck a disputé 86 matchs. Il a été victime de 174 sacks du quart-arrière. Sachez que Peyton Manning a été rabattu au sol 92 fois lors des six saisons qui ont précédé l’arrivée de Luck à Indianapolis. Manning a donc eu un énorme avantage sur son successeur. Pour Luck,  c’était une question de survie à chaque match.

Un quart-arrière sans une ligne offensive adéquate ne peut rien faire. Brady, Brees, Roethlisberger, Rivers, Rodgers et Mahomes ne sont rien sans un minimum de travail de la part de la ligne à l’attaque. C’est la même chose pour l’attaque au sol. Cette attaque terrestre était tout aussi invisible que les joueurs qui devaient lui ouvrir le chemin. Mais pour un quart-arrière, la pression de ligne défensive peut avoir des répercussions négatives sur l’issu d’un match. Une interception, des passes incomplètes, des décisions hâtives peuvent mener à plusieurs défaites. Sur une longue période, c’est le moral qui en prend pour son rhume. En 2018, pour une des rares fois de sa carrière, Luck a pu profiter d’une excellente ligne à l’attaque. Cela lui a permis notamment de recevoir l’honneur du meilleur retour dans la NFL.

Andrew Luck face aux Titans du Tennessee (2018)Source: Indianapolis Star
Légende: Andrew Luck face aux Titans du Tennessee (2018)

La décision de Luck a de quoi faire réfléchir certaines équipes. Les Texans de Houston devraient prendre en note ce qui vient de se passer à Indianapolis. Deshaun Watson est lui aussi laissé à lui-même. Le quart-arrière été victime de 62 sacks du quart l’an dernier. À ce rythme, si rien ne change, il fera une annonce similaire à celle de Luck d’ici quelques années.

Les blessures

Cette ligne à l’attaque poreuse a bien entendu eu des effets sur l’état de santé de Luck. Lorsque vous êtes frappé comme Luck l’a été, vous êtes sujet aux blessures. Dans le cas du quart-arrière des Colts, les blessures sont devenues monnaies courantes.

Au fil des saisons, Luck a subi toute une panoplie de blessures. Il a notamment eu deux déchirures de cartilages à la cage thoracique, une déchirure partielle de l’abdomen et il s’est mis à uriner du sang suite à une lacération aux reins. Il a aussi eu une déchirure à l’épaule droite. C’est cette blessure qui l’a mis à l’écart du jeu pendant toute la saison 2017. Des blessures au mollet et à la cheville se sont ajoutées à cette liste au cours des dernières semaines. Il ne faut pas oublier également un nombre imprécis de commotions cérébrales.

Bo Jackson avec les Raiders de Los Angeles (1991)Source: Getty Images
Légende: Bo Jackson avec les Raiders de Los Angeles (1991). Une blessure a mis un terme à sa carrière à l'âge de 28 ans

Un autre qui doit quitter trop tôt

J’écrivais il y a quelques mois que le départ à la retraite de Rob Gronkowski était une tragédie pour les amateurs de football. Vous pouvez ajouter le nom d’Andrew Luck. Les blessures ont, tout comme Gronkowski, empêché Luck d’étaler davantage son talent. Il quitte en ayant eu probablement, statistiquement parlant, sa meilleure saison en carrière en 2018. Il a établi des marques personnelles pour le pourcentage de passes complétées (67,3%), et de l’évaluation des quart-arrière (QB rating; 98,7). Il a aussi lancée 39 passes de touchés, soit une de moins que son record personnel. Il n’a été victime que de 18 sacks du quart.

Comme Sandy Koufax, Bobby Orr, Bo Jackson, Gale Sayers, Rob Gronkowski, et une multitude d’autres athlètes avant lui, Andrew Luck se retire en raison des blessures. Il n’est pas le dernier.