L’arrivée d’Antonio Brown avec les Raiders n’est pas fidèle au scénario d’une équipe en reconstruction. En échangeant des joueurs étoiles l’année dernière, l’équipe a démontré son intention de bâtir pour l’avenir. Si Oakland pouvait batailler pour le Super Bowl, on regarderait ce dossier d’une manière différente. Mais ce n’est pas le cas. Dans les circonstances, on peut se poser des questions sur les motivations derrière une telle acquisition.

 

 

Si John Gruden voulait un coup d’éclat, il a réussi. Oubliez Buffalo, San Francisco, Indianapolis, Miami, Green Bay, Tennessee ou la Nouvelle-Angleterre. Toutes ces équipes qui aspiraient à mettre la main sur le receveur des Steelers ont vu les Raiders remporter le «Derby Antonio Brown». Les Raiders ont cédé deux choix au repêchage pour mettre la main sur Brown. En d’autres mots, l’équipe de Mark Davis préfère un receveur au passé rocambolesque qui aura 31 ans la saison prochaine, à un receveur de 24 ans (Amari Cooper) trois fois choisi pour le Pro Bowl. Cette annonce a de quoi surprendre.

La nouvelle combinaison Derek Carr-Antonio Brown sera à surveiller à compter de la saison prochaine, si le receveur est heureux. C’est connu, le moral de Brown passe par non seulement ses statistiques personnelles, mais aussi le traitement que l’équipe lui réserve. Et c’est là que son acquisition est surprenante. Une équipe en reconstruction recherche de jeunes joueurs pouvant être modelés à un système, une façon de faire, ou encore un idéal collectif. Antonio Brown ne répond absolument pas à une quelconque philosophie du bien-être collectif, où les résultats de l’équipe prime sur tout.

Avec les Steelers, Antonio Brown évoluait dans un système où son talent était maximisé. Et malgré cela, il a trouvé le moyen de chialer, de rouspéter, de pointer du doigt l’entraîneur-chef pour certaines décisions et même d’abandonner ses coéquipiers en fin de saison. Est-ce que les Raiders veulent ce genre d’exemple pour les jeunes joueurs qui vont se greffer à l’équipe via le repêchage? Si l’on se fie au plus récent geste posé par la direction de l’équipe, il semble que oui. Brown a inscrit 15 touchés la saison dernière. Il a capté plus de 100 passes et accumulé au-delà de 1000 verges pour une sixième saison de suite; un record de la NFL. Mais ce n’était pas assez. Il s’est senti trahi lorsque ses coéquipiers ont élu JuJu Smith-Schuster à titre de joueur par excellence de l’équipe en 2018.

John  Gruden est le véritable patron à Oakland. Il a manœuvré pour écarter du processus décisionnel Reggie Mackenzie dans les dossiers Kahlil Mack et Amari Cooper. MacKenzie a depuis quitté les Raiders. Le nouveau directeur-général, Mike Mayock, ne devrait avoir qu’une influence limitée dans les prochaines décisions football. Vous avez le droit de penser le contraire. Vous pouvez croire en l’autorité de Mayock. Mais je voudrais simplement rappeler que Gruden a signé un contrat de 100 millions de dollars garantis en 2018. Ce contrat de dix ans lui donne une sécurité d’emploi béton. C’est son équipe, son show.

L’arrivée d’Antonio Brown est un bémol au plan de Gruden. À quoi bon se départir de valeurs sûres (Mack, Cooper) en échange de choix au repêchage, si en contrepartie on met sous contrat un joueur comme Brown? N’aurait-il pas été mieux de garder le cap, et attendre le repêchage qui renferme d’ailleurs plusieurs receveurs très intéressants? Pourquoi consentir des choix au repêchage, en plus d’une nouvelle entente de 50 millions de dollars, dont 30 garantis? Après plusieurs années difficiles, les Raiders tentent d’établir une nouvelle culture gagnante. Il est vrai que Brown aidera l’équipe dans la colonne des victoires. Mais n’oublions jamais que le joueur étoile arrive avec son talent, et beaucoup de bagages hors-terrain. Et à 31 ans, Antonio Brown ne changera pas son attitude.