Suite à une nuit de travail comme briqueteur sur la construction dans une usine et seulement quelques heures de sommeil dans le corps, il semblait dispos au moment de l’entrevue en fin d’avant-midi. Samuel Théroux entreprend une nouvelle vie. Il accepte de nous raconter, conscient que son témoignage en rassurera plusieurs.

 Car il n’est pas du genre à s’étaler. Intense mais discret, il se découvre présentement et s’aperçoit de tout le potentiel qui sommeillait en lui. Malgré ses 28 ans, son histoire ressemble peut-être à plusieurs mais le talent dont il dispose le diffère.

 Janvier 2017, il réalise qu’il se dirige à sa perte s’il conserve le même rythme. « Depuis l’âge de 20 ans, je sais que j’ai un problème de consommation et lorsque tu commences à boire seul dans ta chambre…. ». Justement, il trime à un « shutdown », isolé en Gaspésie quand le réveil se fait sentir. Lui qui se plaisait à virer des brosses avec ses chums, le contrôle devenait pénible. « Si on me présentait une caisse de bières, il fallait que je la vide ! ».

 

Un gars talentueux et surtout très déterminé.

 

Sans compter la cigarette, il s’apercevait que son entourage paraissait ennuyé par son comportement. « Je tirais du jus à mes parents. Je fonctionnais tout croche. Je me suis dit que si à 30 ans, je n’ai rien fait pour me redresser, ça deviendra de plus en plus difficile à me motiver. Il ne faut pas attendre de toucher le fond pour réagir. »

 Il amorce la course à pied. L’aisance qu’il constate le motive à poursuivre. L’intérêt s’installe. Son frère David boxe déjà depuis quelques années. On l’a vu à l’échelle provinciale sur des programmes de prestige. Les deux démontrent une intensité hors du commun. « À une certaine époque, je me suis mis à m’intéresser à la pêche. Je me suis acheté un équipement qui vaut entre 5,000$ à 10,000$ ! Ça peut te donner une idée. » Alors, quand il entame un virage, tassez-vous !

 Il raconte que quand il buvait, il manquait de confiance, ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui. « Je me suis renforcé dans la tête. » Toutefois, il lui faut un objectif, un événement où il pourra se surpasser.

 

Loin d'avoir atteint son maximum athlétique.

 

Sans le dire à personne, l’athlète de 135lb s’inscrit à l’ironman de Tremblant l’an dernier. « J’étais gêné d’en parler car je n’avais aucune idée de ce j’allais vivre. » Il se trouve un instructeur, Dany Gignac, dans le but de le guider, de le conseiller. Après ses 25 premiers mètres dans la piscine, il peine à retrouver son souffle. Il devra en traverser 3800 à l’ironman.

 Il s’inscrit au marathon des Érables. Il vomit dans les derniers kilomètres et souffre même d’étourdissements. Finalement, il croisera le fil d’arrivée en 3h20 ! À Muskoka en Ontario, il termine 9e dans sa catégorie d’âge lors d’un demi-ironman avec 4h48. Voilà la cloche qui retentit !

 

David Théroux, le frère de Samuel, réputé boxeur au Québec.

 

À Tremblant, pas question de terminer en chaise roulante et il ne veut pas marcher pour le marathon car il se dit qu’un gars de son âge n’a pas le droit. Ordinaire pour la nage, il saute sur son vélo, conservateur. Ça va payer puisqu’il conclura le 42km en 3h35, ce qui lui concèdera un temps global de 10h48, 18e dans son groupe d’âge. Voilà des résultats impressionnants suite à une préparation éclair ! « J’ai pris ça au sérieux. J’ai travaillé fort ». On le croit puisque son métier exige continuellement des efforts physiques, du début jusqu’à la fin. Être en mesure de s’entraîner sur une base régulière exige une discipline très rigide et une grande force de caractère. Deux jours plus tard, il se sentait frais comme une rose. Wow ! Quelle récupération !

 

Samuel est conscient que la partie ne sera jamais  gagnée.

 

Maintenant sous la gouverne de Marc Flageole, il se prépare pour un demi-ironman en mars en Nouvelle-Zélande. « Sans venir fou, je sais que j’ai du potentiel. Je ne regrette rien de mon passé même si j’ai perdu du temps. Je regarde maintenant vers l’avenir», relate celui qui prendra part au demi et complet ironman à Tremblant cette année.

 « Qui sait, je peux peut-être accéder à un podium dans ma catégorie d’âge et même me rendre au championnat du monde à Hawaii ! Les ultras m’attirent aussi ». Actuellement célibataire, forcément, celle qui entrera dans sa vie devra comprendre son désir de réaliser ses objectifs.

 Mais il y a cette épée de Damoclès qui se retrouve au dessus de sa tête. « En ce moment, tout fonctionne rondement mais un jour, je devrai subir un premier test. Une malchance, une blessure, une période sombre, si mes chums me rappellent, je devrai décliner. Car j’ai enfin déniché ma passion et je ne veux rien perdre de cet investissement. Ma ferme intention est de continuer à vivre de cette façon. »

 

Alors, plutôt que d’opter pour les AA, il s’est lancé à fond dans son travail et au lieu de se retrouver dans un meeting, il est parti courir.

 « Je suis fragile. Je connais mes défauts. Ça me trotte toujours dans la tête, mais ma passion, je dois m’en occuper. »