Il faudrait être fortement influencé par des préjugés négatifs envers Marc Bergevin pour critiquer son dernier coup d’éclat. En mettant la main sur Tomas Tatar, Nick Suzuki et un choix de deuxième ronde au prochain repêchage en retour de son capitaine Max Pacioretty, le directeur général du CH a pu faire taire bien des détracteurs qui estimaient la valeur du tireur d’élite à une douzaine de rondelles.

Fidèle à son habitude, Bergevin a pris toute la planète hockey de court en transigeant son meilleur attaquant pendant la nuit de dimanche à lundi, sous les regards estomaqués des quelques partisans encore debout à 01 :05.

On peut certainement critiquer la gestion houleuse du dossier Pacioretty, qui avait déjà préparé ses bagages depuis le repêchage. Son agent, le très coloré Allan Walsh, a tenu des discours très divergents à ceux du Canadien pendant toute l’été, créant un climat fort instable à Montréal en attendant le camp d’entraînement.

Longue histoire courte : après l’annonce de sa toute nouvelle entente à Vegas, qui lui rapportera 28M$ sur quatre saisons, force est d’admettre qu’un divorce était imminent entre les deux partis. Dans une ligue où des agitateurs comme Tom Wilson peuvent toucher près de 5,2M$ par saison, on peut considérer le contrat de Max Pac comme une quasi-aubaine. Il est donc clair que les racines de cette bisbille épique n’étaient pas monétaires.

C’est une fin abrupte à Montréal pour Pacioretty, qui fut probablement le meilleur marqueur naturel qui a porté le bleu-blanc-rouge depuis Stéphane Richer, qui avait compilé deux saisons de plus de 50 buts à la fin des années ’80. Sans n’avoir évolué avec un véritable premier centre, l’Américain a figuré dans l’élite de la LNH pendant sept saisons. À défaut d’avoir suffisamment de caractère ou une assez bonne attitude, il a su remplir les filets adverses comme personne d’autre pendant son passage avec le Tricolore.

Trêve d’apologie pour le capitaine déchu, Marc Bergevin a réalisé une transaction intelligente et en symbiose avec le « retool » qu’il défend de main ferme à chaque conférence de presse.

Une banque d’espoirs regarnie

Avant le dernier repêchage d’entrée, bien des recruteurs plaçaient la banque d’espoirs du CH dans le dernier tiers du circuit Bettman, en grande partie en raison de son manque de profondeur à l’attaque. Trevor Timmins, recruteur en chef, n’a visiblement pas apprécié les critiques en sélectionnant une pléiade de centres offensifs, dont le premier choix Jesperi Kotkaniemi.

Le portrait s’annonce encore plus rose avec l’addition de Suzuki, qui devient possiblement le meilleur prospect de l’organisation. Les attentes pour ce jeune homme de 19 ans sont immenses : après avoir enregistré à sa fiche 196 points à ses 129 dernières parties dans l’OHL, il sera fort probablement l’une des pièces maîtresses de l’équipe canadienne au prochain Championnat du monde junior. On prône très souvent sa vision du jeu exceptionnelle, ses mains habiles et sa polyvalence. Il peut évoluer à toutes les positions offensives, ce qui facilitera la tâche de ses entraîneurs à son éclosion.

 

 

 

Plusieurs analystes couvrant les activités des Golden Knights le voyaient même se faufiler dans l’alignement partant de l’équipe finaliste dès cet automne.  Il ne serait donc pas surprenant de le voir au Centre Bell cette saison, vu le manque de talent flagrant qui sévit l’attaque montréalaise.

Avec Suzuki, Kotkaniemi, Ryan Poehling et Jacob Olofsson, l’avenir du CH passe maintenant par sa ligne de centre, pour la première fois depuis des lunes.

On peut donc questionner l’utilisation de Jonathan Drouin au milieu, lui qui sera définitivement muté à l’aile lorsque ce groupe aura éclos.

Tatar, sous-estimé ?

 À la surprise générale, l’architecte des Knights, George McPhee, a aussi inclus le Slovaque Tomas Tatar dans l’échange, seulement quelques mois après avoir sacrifié trois choix de repêchage de qualité pour l’acquérir des Red Wings de Detroit. L’expérience de l’ailier de 27 ans fut certes très décevante à Sin City après qu’il ait contemplé la finale de la Coupe Stanley du haut de la galerie de presse, et l’on semble avoir jeté la serviette bien rapidement dans son cas.

Tatar, détenteur de trois saisons de plus de 20 buts, aura assurément une place de choix dans le top 9 du Tricolore. Qui sait ce que ce spécialiste des tirs de barrage pourra offrir à Claude Julien en 2018-19, dans une saison sans grandes attentes ?

 

 

En mettant la main sur le choix de deuxième ronde des Blue Jackets dans la transaction, Timmins et son équipe auront au minimum dix sélections au prochain repêchage.

En théorie, Marc Bergevin aura donc sauvé les meubles in extremis avec cet échange intelligent. Les éléments obtenus pour Jeff Skinner et Evander Kane, deux attaquants similaires transigés dans la dernière demi-année, sont beaucoup moins attrayants que ceux acquis par le Canadien.

Il ne peut cependant plus se risquer à disputer des joutes publiques avec ses joueurs étoiles. Après les dossiers Subban, Radulov et maintenant Pacioretty, il aurait beaucoup à gagner à s’améliorer en gestion de crise. Déjà désavantagée par ses taxes provinciales et fédérales, la ville de Montréal devient de moins en moins attrayante pour les agents libres à chaque 1er juillet.

L’on peut maintenant seulement se demander qui sera le prochain vétéran liquidé par le CH : Paul Byron, Andrew Shaw, Jeff Petry… ? Les dés sont lancés.