Samedi soir, les amateurs de boxe se donneront rendez-vous à Atlantic City pour assister au duel Bivol-Pascal. Nous avons sollicité la participation de quelques-uns de nos précieux entraîneurs-collaborateurs. Aujourd’hui, l’entraîneur-chef du réputé club de boxe Champion, Rénald Boisvert, nous offre sa perspective sur certaines facettes du combat à venir.

L’opportunité de tenir un duel entre Dmitry Bivol (14-0-0) et Jean Pascal (33-5-1) s’est créée à la suite du retrait de Joe Smith Jr, un peu comme ce fut le cas pour Kolvalev – à la suite du retrait de Marcus Browne. Considérant la vaste expérience de Pascal et celle de son entraîneur Stephan Larouche, est-ce qu’une préparation d’environ cinq semaines est suffisante ?

Rénald Boisvert : Une préparation de cinq semaines en prévision d’un combat de cette importance n’est pas très longue. Pour un jeune boxeur, ce serait nettement insuffisant. Mais pour un boxeur expérimenté, la situation est différente. Cette préparation de cinq semaines peut suffire si ce boxeur était déjà en excellente condition au moment où l’annonce du combat de championnat a été faite. Or, Jean Pascal l’était assurément, puisqu’il devait affronter Gary Kopas au début novembre (ce combat n’ayant pas eu lieu en raison du décès du père de Jean). Ainsi, la mise en forme n’étant pas un problème, il reste la préparation dite «spécifique», c’est-à-dire la portion de l’entraînement qui doit varier selon le type d’adversaire. En raison de sa longue expérience, je crois que Jean Pascal a eu suffisamment de temps pour apporter tous les ajustements nécessaires en prévision de ce combat de championnat.

Dmitry Bivol est champion WBA depuis seulement un an. On l’a aperçu face à Trent Broadhust (KO1), puis pendant 12 rounds face aux expérimentés Sullivan Barrera (TKO12) et Isaac Chilemba (DU12). Malgré qu’il ait gagné presque tous les rounds de ces deux duels, avez-vous remarqué des faiblesses chez le Russe de 27 ans ?

Rénald Boisvert : Bivol a été très impressionnant contre Broadhust et Barrera. Tout semblait facile pour lui au cours de ces deux combats. Mais contre Chilemba, Bivol a montré certaines faiblesses. En fait, il a bien battu Chilemba. Néanmoins, Bivol n’a pas aussi bien paru dans ce combat que lors des précédents. C’est comme s’il n’avait pas trouvé toutes les solutions contre Chilemba. Au lieu d’augmenter le tempo de round en round, Bivol a plutôt ralenti. Il s’est contenté d’une victoire sans éclat. Il faut dire que Chilemba n’est pas un adversaire très orthodoxe pour un boxeur au style encore amateur. Bivol est excellent à longue portée, mais quelque peu brouillon à courte distance.

Les trois champions du monde à 175 livres (Stevenson, Beterbiev et Alvarez) sont très bien connus des Québécois. Côté forces et faiblesses, à quel niveau classes-tu Bivol par rapport aux trois autres ?

Rénald Boisvert : Bivol possède un énorme potentiel. Mais il doit attendre avant de se mesurer aux autres champions de la catégorie. Il a besoin de 3 ou 4 combats pour améliorer sa cohésion à courte portée. Ce ne sera pas facile. Même si plusieurs boxeurs amateurs parviennent à s’adapter rapidement au style professionnel, d’autres vont éprouver de grandes difficultés. Pour Bivol, cette transition est loin d’être accomplie. On devra lui opposer des adversaires qui le feront progresser sur cet aspect.

Dans le même sens, l’entraîneur de Pascal, Stephan Larouche, a déclaré: « On a affaire au boxeur (parmi les champions à 175 livres actuellement) le plus habile et le plus talentueux, mais aussi au cogneur le moins puissant. Bivol est certainement moins bon qu’il le sera dans un an ». Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

Rénald Boisvert : Oui, je suis d’accord avec Stephan Larouche. Bivol est certainement le plus talentueux parmi les champions de sa catégorie de poids. Par contre, sera-t-il meilleur dans un an? Tout probablement. Mais je n’en suis pas certain. La capacité d’adaptation d’un athlète n’est jamais automatique. Bivol devra être confronté à des sparring-partners qui le forceront à s’adapter au type de combat rapproché. Par exemple, à courte portée, il doit notamment parvenir à abaisser son centre de gravité et resserrer sa garde. Bivol doit vaincre ses hésitations au moment où il veut s’engager à courte distance.

Bivol et Pascal ont été des partenaires d’entraînement à la fin de 2015, alors que Pascal se préparait pour son second duel contre Kovalev. À l’époque, Bivol avait seulement 4 combats pros d’expérience. Qui est le plus avantagé par cette expérience qui remonte maintenant à trois ans ?

Rénald Boisvert : La question n’est pas simple. Depuis 2015, Bivol a certainement beaucoup évolué. Ce ne sera donc pas tout à fait le même boxeur qui sera devant Jean Pascal le 24 novembre prochain. Mais en raison de son expérience et de son intelligence, Jean Pascal devrait rapidement s’ajuster face à ces changements. Quant à Bivol, tout reposera sur ses facultés d’apprentissage. Puisque Jean Pascal n’aura pas changé autant que lui, Bivol est en principe avantagé sur ce plan, mais dans la mesure où il a lui-même progressé depuis trois ans. En réalité, cela devrait être le cas dans la mesure où il réussit à s’imposer physiquement et soutenir la pression sur le boxeur québécois.

Jean Pascal disputera samedi un 9e combat de championnat du monde. Par contre, dans les dernières années, sa fiche est légèrement au-dessus de 500 (4-3). Crois-tu qu’il ait été en mesure de rebâtir sa confiance au cours de la dernière année en dominant les Elbiali et Bossé ?

Rénald Boisvert : Jean Pascal est un doyen de la boxe. Même si ses victoires contre Elbiali et Bossé lui ont certainement redonné un nouveau souffle, notamment au plan mental, je suis convaincu que Jean Pascal a pleinement conscience que le prochain défi n’a rien à voir avec ses deux derniers combats.

Pascal est évidemment le négligé dans ce duel. À quel point accordes-tu au Québécois des chances de l’emporter? Peut-il voler assez de rounds pour remporter une décision ?

Rénald Boisvert : Non seulement Jean Pascal est le négligé dans ce combat, je crois aussi qu’il a été choisi par le clan Bivol pour faire progresser en expérience le jeune boxeur russe. Comme Chilemba, Jean Pascal possède un style quelque peu compliqué pour Bivol. D’ailleurs, les chances de l’emporter de Jean Pascal reposent principalement sur cet aspect. Mais en étant réaliste, le clan Bivol aura certainement bien préparé Bivol afin de contrer les tentatives du boxeur québécois visant à voler les rounds. J’aimerais bien croire que Jean Pascal réussira à voler la majorité des rounds. Mais ceci est davantage un souhait… 

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