Le texte suivant est une opinion personnelle de l’auteure.

Tout n’est pas que tennis dans la vie, même Tennys… Sandgren. L’Américain de 26 ans a en effet défrayé les manchettes pour ses performances aux Internationaux d’Australie, où il a, pour la première fois, non seulement remporté un match de Grand Chelem, mais a également atteint les quarts de finale. Il s’agirait là d’une magnifique histoire, si ce n’était de ce qu’il est, chose que je sais depuis longtemps: un sympathisant du courant de la « droite alternative » de nos voisins du Sud.

Pour moi, tant qu’il était dans les bas-fonds du circuit de l’ATP et disputait des tournois Challenger, il demeurait dans un relatif anonymat qui ne nécessitait rien d’autre que, pour moi comme pour plusieurs, le voir perdre rapidement et rester dans les cales du circuit.

Cependant, Sandgren a connu, à Melbourne, un tournoi fulgurant, rendant impossible le silence de tous ceux qui étaient au courant tant de ses convictions que de ses opinions.

LA « QUESTION QUI TUE »

Suite à sa victoire face à Dominic Thiem, un journaliste a enfin pu poser à Sandgren la fameuse « question qui tue ». Le journaliste britannique Simon Briggs lui a ainsi demandé: « La montée de votre profil a attiré l’attention sur vos sorties dans les médias sociaux, qui incluent quelques figures politiques qui pourraient être considérées comme étant hors du courant dominant, par exemple John 15, Nicholas Fuentes qui, je crois, étaient présents au rallye nationaliste de Charlottesville. Croyez-vous que vous devriez vous préoccuper d’y relier vos réseaux sociaux? »

La discussion était lancée. Toutefois, l’Américain s’est bien défendu d’être relié à quoi que ce soit, affirmant que mettre un tweet favori n’est pas l’endosser, que de suivre quelqu’un sur Twitter n’est pas être en accord avec lui, et que c’était, en fait, ridicule, qu’il ne fait que trouver que « certains de leurs contenus sont intéressants » et qu’il était simplement « un chrétien convaincu », qui « supporte et suit les enseignements du Christ ». (L’argumentation complète est disponible dans la transcription de la conférence de presse.)

UNE CONSTANTE QUI DÉRANGE

Si ce n’était que pour des favoris, il pourrait en être autrement. Toutefois, les internautes s’en sont donné à cœur joie suite à ces déclarations, fouillant dans les tweets du joueur pour démontrer une constante dans son comportement: il ne faisait pas que partager ou aimer des tweets de la « droite alternative », il en tenait également les propos… et la philosophie raciste, homophobe et misogyne.

En voici quelques exemples:

It’s really important (and appreciated) that that the likes of @laurarobson5 @DarkoGrncarov @Liambroady speak up as allies for the LGBT+ community. Especially when other players are ignoring things like this are on Twitter (as well as Margaret Court spouting hate) pic.twitter.com/hSGa9rimBB

— Mmm-caramel-WOW (@vamosanyone) January 22, 2018

 

He’s definitely not above racist jokes! pic.twitter.com/GaTOgEGlw3

— Ida  (@dropshotsgalore) January 23, 2018

 

I don’t even know what to say. pic.twitter.com/rMWgiFmBD6

— Ida  (@dropshotsgalore) January 23, 2018

 

Let’s talk about his support for Alex Jones, a well-known conspiracy theorist who believes in “white genocide” and thinks autism is caused by vaccines. pic.twitter.com/9MSlvRODR7

— Ida  (@dropshotsgalore) January 23, 2018

 

Or Ben Shapiro, another alt-right conspiracy theorist. pic.twitter.com/v7kSfMof9I

— Ida  (@dropshotsgalore) January 23, 2018

 

Il s’en est même pris à Serena Williams:

He talks about patriotism and America’s greatness, yet disrespects the best tennis player to come out of our country. I wonder why… pic.twitter.com/1r3HzwNZkM

— Ida  (@dropshotsgalore) January 23, 2018

 

Si je ne reproduis ici que des captures d’écran, c’est parce que Sandgren a, suite à ses déclarations en conférence de presse, complètement effacé tous ses tweets à l’exception d’un seul. Néanmoins, ce très mauvais geste de relations publiques est arrivé trop tard. De nos jours, les gens préfèrent les captures d’écran; elles sont plus durables.

SANDGREN S’EN PREND AUX MÉDIAS

Ce mercredi, suite à sa défaite face à Chung Hyeon, Tennys Sandgren a commencé sa conférence de presse en lisant un long communiqué sur son téléphone portable, dans lequel il s’en prend directement aux médias:

« Vous cherchez à mettre les gens dans ces boîtes afin que vous puissiez ordonner le monde selon vos idées préconçues déjà assumées. Vous dépouillez l’individualité au profit de la diabolisation via la collectivité.

« Avec certains de vos abonnés et certains favoris sur Twitter, mon destin a été scellé dans vos esprits. Afin d’écrire une histoire audacieuse, de créer une couverture sensationnaliste, il y a peu de chemins par lesquels vous ne passeriez pas afin de m’identifier comme l’homme que vous voudriez désespérément que je sois.

« Vous préféreriez nourrir les machines de propagande plutôt que de rechercher l’information sous une multitude d’angles et de perspectives tout en ayant la volonté d’apprendre, de changer et de grandir. Vous déshumanisez avec de l’encre et du papier et mettez les voisins les uns contre les autres. Ce faisant, vous pourriez en fait vous apercevoir que vous précipitez l’enfer que vous désirez éviter, l’enfer que nous désirons tous éviter.

« C’est ma conviction profonde que la plus haute valeur doit être placée dans la qualité de chaque individu, sans égard au sexe, à la race, à la religion, ou à l’orientation sexuelle. C’est mon devoir de continuer sur cette route dans le but de devenir le meilleur individu que je puisse être et d’incarner l’amour que le Christ a pour moi, car je réponds de lui et uniquement de lui. »

UNE DIATRIBE QUI FÂCHE

Cette longue diatribe m’a laissée à la fois perplexe (car il a tenu les propos qu’il a tenus et par la suite effacés), amusée (parce qu’il a utilisé une technique connue de la « droite alternative », la victimisation) et profondément furieuse (parce qu’il s’en est pris, encore une fois comme les tenants du courant dont il cherche désespérément à se dissocier, aux médias, qui n’ont pourtant fait que leur travail).

Toutefois, contrairement à plusieurs, je ne chercherai pas à excuser Tennys Sandgren de quelque façon que ce soit. Il aura le jeu qu’il aura sur un terrain de tennis, les propos qu’il a tenus, en tant qu’individu, n’ont pas leur place dans la société actuelle.

Certes, il a, comme nous tous, le droit à son opinion. Par contre, nous avons aussi, comme individus faisant partie de cette même société, le droit d’exposer ses vues et de les critiquer.

Il n’en reste pas moins que s’en prendre aux médias, qui ont, somme toute, été dans plusieurs cas plutôt complaisants, voire indulgents, envers lui, était une grave erreur, la même que le Président qu’il adule utilise depuis son entrée en fonction. La même qui entache grandement le pays qu’il dit s’évertuer à défendre.

Par conséquent, je ne dirai que ceci: au lieu de chercher à blâmer les médias pour avoir fait leur travail, Tennys Sandgren devrait se regarder longuement dans le miroir. Un examen de conscience, pour lui, s’impose. Effacer le passé, en cette ère où tout est conservé, est impossible. Ce qu’il lui faut, maintenant, c’est d’assumer ce qu’il a fait et les conséquences de ses gestes et propos.

Originalement paru sur : Surlebanc.ca

Crédit article : Caroline Paquin