Choqué.

 Telle fut ma réaction lorsque j’ai visionné les images des derniers moments de Cullum Hawkins, 25 ans, un coureur britannique, qui participait au marathon des Jeux du Commonwealth dimanche dernier et qui s’est effondré sous la fatigue et une chaleur suffocante qui frisait les 30 degrés Celsius à Gold Coast en Australie.

 J’ai sûrement fait une hausse de pression !

 Hawkins menait la compétition avec deux minutes d’avance sur son plus proche rival quand on le voit vaciller et s’écrouler à quelques reprises avant de se retrouver définitivement au sol sans pouvoir se relever. À un certain moment, il se cogne la tête sur une barrière !

 On a alors blâmé l’inertie des spectateurs qui ne l’ont pas aidé. On en voit même un qui l’a repoussé vers la route afin qu’il puisse continuer à courir. Bravo mon champion !

 Également, il fut question de la lenteur de l’équipe médicale à se rendre sur les lieux.

 

Vraiment désolant de voir des scènes semblables.

 

Je comprends très bien ces deux points mais ce qui me révolte davantage, c’est de voir un athlète persister de la sorte à vouloir terminer à tout prix, au détriment de sa vie. Je m’interroge vraiment à savoir quel sorte d’exemple une telle scène vient nous démontrer.

 Du courage ? De la détermination ? Mon œil !

 Je crois que dans un cas semblable, les limites du raisonnable furent dépassées. Je ne trouve rien de courageux à jouer avec sa vie pour une compétition, peu importe l’importance que l’on peut lui accorder. Et on repassera pour la détermination. Je ne vois aucune détermination à insister de la sorte quand on sait très bien qu’il finira par échouer de toute façon.

 Difficile de faire comprendre les risques qui peuvent devenir fatals à des gens qui veulent offrir l’image du surhomme. J’ai personnellement assisté à des scènes semblables chez les amateurs comme moi depuis que je cours et qui ont mal tourné. Le décès du pompier Maxime Fournier m’avait foudroyé lorsqu’il s’était effondré tout près de moi.

 

Heureusement pour lui,  tout est rentré dans l'ordre par la suite. Gardera-t-il des séquelles pour l'avenir ?

 

Et je ne suis guère mieux. Car n’oubliez pas que notre corps nous envoie des signaux avant de le rendre au bout de sa corde.

 J’ai déjà joué avec le feu lors du marathon de Montréal il y a quelques années. Je voyais que ça ne fonctionnait pas comme à l’habitude. Au lieu de me retirer, j’ai insisté. Une fois rendu au fil d’arrivée dans le stade olympique à l’époque, je me suis écrasé et j’ai dû passer plus d’une heure sur une civière. Bravo mon idiot !

 J’ai été chanceux de m’en tirer. Je me suis juré que plus jamais je revivrai cette absence de raisonnement.

 

 

Cullum Hawkins dans des jours meilleurs.

 

Je n’ai pas fait preuve d’une grande intelligence, mené par un égo de vouloir finir à tout prix, dans un état précaire. Ma fille ainée Marie-Ève présente lors de cet événement, ne s’est pas gênée pour me vilipender et avec raison. Quel exemple minable je venais de lui offrir, elle qui assistait pour la première fois à l’un de mes marathons.

 Voir Hawkins jouer avec sa vie de cette façon, ça donne une vidéo spectaculaire sur les réseaux sociaux et qui recueillera assurément beaucoup de vues. Vrai qu’aujourd’hui, avec cette facilité de rapporter tout rapidement ce qui survient sur la planète, de telles séquences attirent l’attention et provoquent de la controverse.

 

Le règlement stipule que l'on ne doit pas toucher au coureur car il peut être disqualifié. Ça n'a aucun sens !

 

Faut croire que c’est venu me chercher droit au cœur mais sûrement pas avec l’effet escompté.

 Je n’accepterai jamais de regarder un être humain incommodé volontairement sans réagir, particulièrement dans un milieu que j’affectionne, car je calcule que son insouciance aurait pu lui coûter la vie. En passant, il reposait hors de danger à l’hôpital aux dernières nouvelles.

 Voilà, il fallait que ça sorte. Ça fait du bien.