Assis sur les bancs d’école, il s’imaginait un jour enfiler son équipement de gardien de but pour une équipe de la Ligue Nationale de Hockey. Il lui arrivait souvent de dessiner l’effigie des BlackHawks de Chicago, regardant vers le ciel, tout en rêvant.

 Persévérant, discipliné, déterminé, il y a cru longtemps, atteignant le circuit Courteau et même des formations de hauts niveaux pour terminer sa carrière dans la Ligue Semi-professionnelle avec Pont Rouge. Âgé aujourd’hui de 47 ans, Cédric Morisset s’est déniché une nouvelle passion, histoire d’apporter une compensation au hockey et cela même s’il avouera n’avoir jamais fait véritablement son deuil de cette aventure, tout en précisant qu’il l’a bien sûr acceptée.

 La course à pied meuble aujourd’hui ses journées et c’est le cas de le dire. En fait, sur le site runeveryday.com, il occupe le 132e rang au monde après trois années et seize jours de façon consécutive avec au moins un entraînement par jour, minimum de trois kilomètres et maximum de huit. « Une vraie folie », s’exclame-t-il, lorsque rencontré dans un magasin MEC sur le boulevard l’Acadie à Montréal.

 

Cédric (à droite) avec les Hounds de Notre-Dame en Saskatchewan en 1994 à l'époque où il rêvait d'une carrière comme gardien de but, en compagnie de François Morin de la Beauce, les deux seuls francophones avec cette équipe.

 

En fait, Cédric court depuis toujours. Il se souvient que du temps où il jouait au hockey, il se préparait pour le camp d’entraînement grâce à la course à pied. On devine qu’il s’agissait de courtes distances et encore moins de façon régulière.

 Or, un certain soir de party du temps des Fêtes très bien arrosé, en compagnie de son ami Luc Fournier, ils décident de se lancer un défi, de courir le demi marathon de Québec au mois d’août suivant. « Tout en douceur, car nous voulions être en mesure de déguster un cheeseburger quand nous en aurions le goût », ajoute-t-il avec un ton d’humour.

 Ce dernier participe par la suite à diverses courses mais commence à trouver le tout redondant. Le soir du 24 novembre 2016, il est couché avec sa compagne et va sur les réseaux sociaux. Il trouve un site qui invite les gens à courir 40 jours consécutifs. Nathalie le regarde et lui lance : « Tu ne pourrais jamais remplir ce mandat ! Tu vas te blesser».

 Source: Photo: Alain Denis

Cédric entouré de ses enfants Antoine et Rose et de sa compagne, Nathalie.

 

« Je me considérais déjà comme un imposteur dans la course à pied et je ne peux te donner les raisons. Alors, elle venait de me piquer et pas question de décliner. Et justement, je me suis blessé à un genou ! Elle avait raison. Elle m’a dit d’arrêter. Mais avec mon entêtement légendaire, j’ai poursuivi et le 27 décembre, je me suis levé le matin et comme par miracle, le mal avait disparu. Je me suis auto-guéri. »

 Cédric a alors vécu un effet boule de neige. Après 40 jours, pourquoi pas 50 ? Puis après 50, pourquoi pas 100 jours ? C’est à ce moment qu’il découvre le site runeveryday.com sur lequel on comptabilise les journées consécutives. Alors, vous pouvez vous imaginer toutes les acrobaties qu’il a dû faire pour conserver cette séquence actuelle inédite ?

 Directeur régional pour tout l’Est du Canada chez Golf Town, il est appelé à voyager régulièrement. Il ne compte plus les journées où il a dû courir dans les aéroports. Gastroentérite, grippe, travail, maladies, il doit souvent courir au milieu de la nuit et écourter ainsi ses heures de sommeil ! « C’est devenu un mode de vie, comme me brosser les dents à tous les jours ! »

 

Impossible de feiner cette cadence car il a su vaincre plusieurs obstacles au cours des trois dernières années.

 

Il a même réussi à convaincre Jérôme Guérette, un vieil ami, à le suivre dans sa folie et le voilà rendu à plus d’un an à courir à tous les jours. Wow ! Pour ce qui est de Luc Fournier, il a préféré s’orienter vers les triathlons, une discipline où il a trouvé le bonheur et dans laquelle il performe.

 Père de deux enfants, Antoine, 14 ans et Rose, 11 ans, ceux-ci pratiquent plusieurs sports. Il fut une inspiration pour sa compagne qui a perdu 100 lb avec l’activité physique. « Je suis content, je laisse ma trace. On s’interroge parfois à savoir pourquoi nous sommes sur la terre, quelle est notre mission ? Je crois sincèrement que j’ai trouvé une façon d’influencer les gens positivement car je reçois de nombreux témoignages à cet effet. »

 Cédric n’a pas encore couru un marathon. Il devait participer à celui de Chicago il y a quelques années mais a dû abdiquer à cause d’une blessure. Il a tenté sa chance à nouveau pour 2020 mais n’a malheureusement pas été choisi. Il aspire une place pour New York car pour son premier, il aimerait qu’il soit significatif, qu’il soit l’un des majeurs.

 

Cédric en compagnie de ses amis Luc et Rémi.

 

Mais qu’est-ce qui pourrait mettre un frein à cette séquence inouïe ? « Il faudrait que je me fasse frapper par une automobile ! », lance-t-il comme réplique. J’espère qu’il prend soin de regarder de chaque côté de la rue avant de traverser !