Depuis quelques années, le mot tanking est devenu tabou au sein de la communauté sportive nord-américaine. Maudite soit cette technique tout droit sortie des enfers! Condamnons les organisations qui useront de cette fourberie! Cependant, la réalité est toute autre. Le tanking n’est pas nécessairement mauvais. Peut-être pour le portefeuille des proprios, mais pas toujours pour l’avenir sportif d’une franchise.

Le très bon Alexandre Pratt écrivait cette semaine dans la Presse un texte sur le repêchage et cette tendance qui pousse les équipes à se laisser glisser volontairement au classement pour obtenir des choix d’une meilleure qualité. Et disons qu’il était et est toujours loin d’être en faveur de cette philosophie, qualifiant même les propos du propriétaire des Mavericks de Dallas dans la NBA, lui qui avait affirmé lors d’un meeting avec quelques joueurs que la défaite était leur meilleure option, de choquants et antisportifs. Même qu’il proposa diverses alternatives pour remédier à la situation dont celle d’abolir, mettre un terme, signer l’arrêt de mort du repêchage tel qu’on le connait.

Bon, bon, bon.

Impossible pour moi d’être en accord avec M. Pratt sur ce point-ci.

Le tanking, si bien utilisé, peut être bénéfique pour une organisation. Mais, il y a des risques liés à cette pratique et il y a quelques nuances à apporter. Le tanking, d’accord, mais pas n’importe comment.

Lorsque l’on veut bâtir une équipe aspirante et éventuellement championne, on a besoin d’un peu de tout, mais surtout de joueurs qui prendront sur leurs épaules les rennes de l’attaque, qui serviront de généraux à la défense et qui viendront boucler la boucle dans les filets. Certes, ces joueurs sont difficiles à dénicher. Très souvent, c’est par le repêchage que ces dits joueurs viendront se greffer à l’effectif. Malheureusement, pour une équipe qui stagne sans cesse, se faisant éliminer année après année en 1ère ou 2ème ronde et qui, par la suite, est forcée à sélectionner en fin de premier tour, il est excessivement compliqué d’acquérir ces joueurs manquants. C’est pourquoi il existe le tanking ou le virage jeunesse comme je préfère l’appeler. L’idée n’est pas d’envoyer l’entièreté de ton effectif et de ton staff à l’abattoir. Simplement de jeter le bois mort et de renflouer ta banque d’espoir. Avec la nouvelle génération de jeunes hockeyeurs qui déferlent sur la LNH, les franchises n’ont plus à attendre aussi longtemps pour que leurs jeunes protégés aient un impact significatif dans l’alignement.

En tant que partisan, je préfère de loin voir mon équipe favorite se manger une belle grosse claque en pleine figure pendant deux ou trois saisons pour qu’ensuite, elle puisse s’établir comme une puissance du circuit pendant plusieurs années, voire une décennie.

Mais pour réaliser l’exploit, il faut s’investir à fond, ne pas faire les choses à moitié. Tu ne peux pas te prendre une claque à moitié. Tu te la prends ou pas du tout.  Une équipe comme les Maple Leafs de Toronto ont longtemps procédés de cette manière. Avant l’arrivée de Brendan Shanahan en 2014-2015, l’équipe croulait dans les bas-fonds de la ligue, mais refusait d’amorcer une vraie reconstruction. Le résultat? Entre 2005-2006 et 2013-2014, ils ne participèrent aux séries éliminatoires qu’à une seule occasion. Mais, lorsque Shanahan est arrivé à la présidence du club, les choses ont drastiquement changés. Lui et Lou Lamoriello furent clairs : la reconstruction était de mise et les Maple Leafs allaient encore connaitre quelques saisons difficiles. Dès lors, les deux hommes firent les transactions nécessaires, eux qui envoyèrent Phil Kessel à Pittsburgh et Dion Phaneuf à Ottawa. Après quelques bons repêchages qui rendirent possible les venues des Marner, Nylander et Matthews, l’équipe semble désormais sur la bonne voie pour connaître du succès pendant longtemps. Entre 2015 et 2019, il se passa quatre ans. Donc, quatre années pour rebâtir un club qui partait à la dérive. Pour bien des équipes cependant, le calvaire ne durerait pas aussi longtemps. Une équipe comme le Canadien, les Hurricanes de la Caroline ou même les Ducks d’Anaheim devraient subir les contres-coups d’un tel virage pendant une ou deux saisons, tout au plus.

Évidemment, et comme le mentionne Alexandre Pratt dans son billet, rien n’équivaut un bon directeur-gérant. Tu peux bien reconstruire ou pas, sans un bon manitou, tu n’iras pas loin!

Lien de l’article d’Alexandre Pratt : http://plus.lapresse.ca/screens/784cace0-d5d6-440f-8117-ff65bf81fe3f__7C___0.html?utm_medium=Twitter&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen

Source photo : NHL.com