La musique vient brouiller notre entretien dans le petit café rue Saint-Charles à Longueuil. Je dois prêter une oreille attentive à ce qu’elle me dit puisque sa voix tout en douceur n’arrive pas complètement à percer ce tintamarre. À un certain moment, Caroline Côté relève cet aspect. Elle me rassure sans le savoir car je croyais éprouver des symptômes de surdité !

 Impressionnée par mes 100 marathons, elle me questionne. Elle veut savoir. Je tente de résumer car après tout, c’est moi qui dois poser les questions !

 Réalisatrice de documentaires, elle a attiré notre attention par la récente publication de son livre : Dépasser ses limites. Ultra marathonienne, elle se raconte péniblement, assise devant moi. Je la sens inconfortable. Se penchant régulièrement la tête vers l’avant en se passant la main dans les cheveux pour les relever, elle affiche une certaine timidité via un tel comportement. Elle se qualifie d’intravertie.

 

Caroline est fière d'avoir initié sa mère à la course à pied.

 

Seulement 33 ans mais un grand nombre d’expériences à son dossier réalisées au cours des dernières années. Des changements majeurs dans son existence qui tracent présentement sa destinée. Rien ne la prédisposait à courir des longues distances.

 Elle raconte. « Vers 10-12 ans, je me retrouvais souvent en visite chez mes cousines à La Malbaie. Nous allions dans le parc des Hautes-Gorges. Elles m’invitaient à faire des feux en forêt, sur la crête des montagnes. On voyait des animaux. Liberté ».

 Née le 11 septembre 1986 à Longueuil, elle a étudié en info-graphisme, publicité et communications, n’arrivant pas exactement à découvrir dans quelle branche se diriger « Je ressentais le besoin de revenir vers l’évasion. » Confortable à courir 20km sur la route, elle s’inscrit en 2013 à l’Harricana. Inexpérimentée, c’est la catastrophe. « J’ignorais même à cette époque l’existence des électrolytes ! ».

 

La course à pied dans les montagnes... pour revenir sur son passé.

 

Vers l’aventure, l’orgueil devient responsable du fait qu’elle arrive toujours à franchir le fil d’arrivée. Malgré cette incertitude qui plane toujours au dessus de sa tête, elle participera à un 150km en Guadeloupe prochainement en plus d’une expédition sur le 3e plus grand glacier au monde le 21 juin avec son copain.  « Je sais aujourd’hui que la ligne est mince entre le plaisir et le désagrément. La découverte de la nouveauté à chacune de mes excursions me pousse à continuer », souligne celle qui doit courir régulièrement afin de conserver cette lumière lui permettant de poursuivre.

 En quête de chercher ses limites, elle enligne les ultras du Guatemala, de la Martinique, Bear Mountain, Québec Méga Trail, etc., au cours des dernières années. Tout comme moi, elle ne porte pas de montre afin de conserver son loisir intact. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le trail lui permet de s’évader, d’établir des projets. « Dans le bois, c’est un travail d’équipe. Quand tu vois un sourire dans la face d’un coéquipier, tu ne doutes pas de sa sincérité. »

 

Des aventures à couper le souffle pour Caroline et c'est loin d'être terminé.

 

Le sens de la légèreté pousse son corps à s’habituer aux exigences des épreuves. C’est à ce moment que le nom de Florent Bouguin surgit. Elle le connaît. Elle a couru avec lui. Elle l’admire. « Je crois qu’il change la façon de courir en général. Il va chercher la spiritualité et par conséquent, la base du trail devient sa colonne vertébrale. Je l’ai déjà vu terminer une épreuve. J’avais l’impression qu’il venait de sortir d’une guerre ! »

 Cette confrontation avec les éléments extrêmes lui procure un laissez-passer pour vivre pleinement. « On devient une meilleure personne de cette façon, plus authentique, sans véritablement cacher ses faiblesses », aborde celle qui vit actuellement avec Vincent Colliard, un explorateur polaire qu’elle vient d’initier à la course à pied.

 Justement, cette union leur a permis de développer un système plus efficace dans chacun de leur milieu. Puis, elle glisse un mot sur le fait qu’elle a fréquenté pendant un an le talentueux Mathieu Blanchard. Elle en conserve de très beaux souvenirs et ajoute qu’elle a beaucoup appris durant ce passage de sa vie.

 

Son copain Vincent Colliard pour qui elle voue beaucoup d'admiration

 

Pourtant, ses parents ne lui ont jamais fait pratiquer un sport au cours de sa jeunesse. « Je suis contente d’avoir grandi dans un tel encadrement, ne jamais penser à la performance comme ça se produit trop souvent à bas âge dans plusieurs familles. »

 Pour la publication de son livre aux éditions Goélette dans lequel elle raconte ses aventures, elle dira qu’une personne près de cette maison d’édition avait été attirée par son défi de marcher de Natashquan jusqu’à Montréal, ce qui avait nécessité un périple de 74 jours, il y a quelques années.

 Quand je lui ai mentionné qu’elle me paraissait bohème, elle a quelque peu penché la tête, esquissant un petit sourire en coin, sans dire mot. « Je préfère courir que de parler. Jeune, je bégayais, j’étais très timide. »

 

Son virage vers la course à pied lui aura permis de s’émanciper, de sortir de sa coquille, provoquant un épanouissement qui n’a assurément pas fini de grandir.

 Elle m’a demandé de lui donner des nouvelles après mon 101e marathon.