Pouvez-vous identifier la tête manquante sur cette carte de hockey datant des années 1930 ?  Le logo sur l'uniforme nous indique bien pour quelle équipe évoluait ce joueur.  Si j'ajoute qu'il composait un solide duo offensif avec un certain Aurel Joliat, peut-être alors serez-vous en mesure de risquer un nom.  Ajoutons à sa description actuelle qu'il est un illustre membre du Temple de la Renommée et qu'il est décédé très jeune, trop jeune, suite à un incident qui s'est produit sur la glace et qui s'est mal terminé.  Il fut, après Newsy Lalonde et Georges Vézina,  l'une des  véritables premières superstars de l'équipe aux couleurs maintenant bleu-blanc-rouge.  

          Ce joueur qui a ouvert la voie aux Maurice Richard, Jean Béliveau et plus tard Guy Lafleur, vous l'avez maintenant tous reconnu, c'est nul autre que le grand Howie Morenz.  Cette carte qui l'illustre , et qui vaut dans les quatre chiffres, avec ce typique arrière-plan agrémenté d'étoiles, fait partie d'un set encore mal connu en raison de sa faible distribution et de sa rareté.  N'a pas la chance de posséder l'un de ces trésors quiconque appartenant au monde de la collection.  Elle a été produite suite à la saison 1933-34 de la Ligue Nationale de Hockey par la compagnie O- Pee Chee ( tiens ! tiens ! O- Pee Chee déjà à cette époque ? ) et on la reconnaît maintenant sous l'appellation de O-Pee Chee V 304 A.   

           Cette pièce mémorable appartient au premier contingent de cartes sportives produites à une époque où les compagnies de tabac, de caramel et de '' chewing gum '' se disputaient l'honneur de conquérir les premiers marchés de collectionneurs.   Imaginez !  Un marché déjà présent il y a près de cent ans alors que personne,  ou si peu,  ne prenait vraiment soin de les conserver pour l'éternité.   Le plaisir d'avoir en main un petit morceau de son idôlatrie suffisait et personne à cette époque n'entrevoyait l'avenir doré que ces petits bouts de carton connaissent aujourd'hui.  On les regroupait à l'intérieur d'un paquet attaché avec des bandes élastiques, on les faisait dormir dans une vieille boîte de souliers...ou on les jetait tout simplement après les avoir montrées à tout venant et après les avoir torturées de toutes les manières qui auraient pu gêner à ce moment, s'il avait été là, le marquis de Sade lui-même.  Résultat actuel :  les copies toujours en circulation et en bonne forme sont rares.  Très rares !  Et l'imprudence a duré longtemps.

          Si l'on fait le parallèle avec ce qui se passe aujourd'hui dans le même monde de la collection, on peut parler d'extrême différence dans la façon de préserver ses avoirs.  Nombreuses sont les manières de nos jours de leur fournir de la protection.  Disons seulement que le plastique, pour ne pas m'éterniser là-dessus, rend maintenant de précieux services à qui veut bien en faire des pièces durables que l'on consigne toujours avec la note bien contemporaine de '' pas touche ".  Que de les manipuler aujourd'hui devient un sacrilège.  On veut conserver son bien jusqu'à la mort et même pour après quand Ovechkin aura battu le record de buts de Gretzky.  S'il se rend là.

          Cette façon bien différente de percevoir les choses m'amène sur un tout autre terrain.  Les jeunes d'aujourdhui préfèrent le plus souvent détenir des souvenirs de ceux qu'ils ont vus jouer que de posséder des exemplaires, certes plus rares à cause du miracle moderne de la multiplication des pains, de ces vieux croutons que l'on ne pourrait comparer aux McDavid, Mathews, MacKinnon ou Pastrnak d'aujourd'hui.  Même une carte-recrue de Panarin, par cent fois, vaut à leurs yeux davantage que la carte-recrue de Dickie Moore par exemple.  Pourtant la deuxième est cent fois plus rare que la première.  Mais que faire, rétorquent-ils,  d'un souvenir de quelqu'un que l'on a même pas vu évoluer.  Voilà le noeud de ma question d'origine et le sens réel de ce que tous et chacun, jeunes et vieux, collectionneurs de longue ou de courte date, devraient à tout le moins se demander.

          Les cartes anciennes, souvent mal conservées, ont cet attrait d'être moins disponibles  et ainsi de valoir davantage sur la prémisse de la rareté réelle.  Cette rareté, au contraire des cartes modernes, n'est pas dûe à la volonté des producteurs d'avoir créés des pièces uniques dans le seul but de les rendre rares et attrayantes aux yeux des jeunes collectionneurs.  A l'époque, il n'y avait pas de cartes '' spéciales '' , qui affichant une relique de chandail ou de bâton, qui affichant une autographe certifiée, que les compagnies dissimulent aujourd'hui à la cache et de façon fort méthodique, dans les paquets de cartes modernes.  Cette rareté, au contraire de celle des cartes plus anciennes et d'avant ces procédés calculés, est une rareté provoquée.   Je dirais même irréelle pour appuyer sur la différence.  Les cartes O- Pee Chee d'aujourd'hui ne sont plus ce qu'elles étaient.  De même les méthodes de distribution et les genres de collections.  

          En conclusion, le collectionneur d'aujourd'hui, et quel que soit son âge, se retrouve devant deux possibilités.  Ou bien il s'amuse à ramasser la multitude de cartes modernes étalées facilement devant lui, avec par exemple un choix de 10 ou 12 cartes-recrues de Sidney Crosby, de Joe Sakic ou de Steve Yzerman, en se croyant ainsi détenteur unique d'un trésor facile à trouver; ou bien il s'intéresse à la rareté réelle en chérissant son acquisition d'une Howie Morenz ou même d'une Stan Mikita ou d'une Gordie Howe d'avant 1980 et peut se considérer ainsi comme un des rares à posséder un exemplaire presque '' one-of-a-kind ''.  Remarquez bien que le même collectionneur peut en même temps chercher son propre intérêt en se lançant sur les deux tableaux :  celui de la jeunesse d'hier et celui de la vieillesse d'aujourd'hui.