« Je ne me plaindrai pas mais disons que je suis aussi bon que ma dernière course. Alors, assure-toi de battre le fer quand il devient chaud. »

 À quelques heures avant de prendre l’avion pour l’Arizona afin de parfaire son entraînement en altitude, Charles Philibert-Thiboutot me faisait la jasette au Caffe Italia, là où semble-t-il, on sert le meilleur café à Montréal !  

 Résident de la vieille capitale, il doit venir à Montréal au moins une fois la semaine, question de rester en santé et de voir sa physiothérapeute. « Je suis assez fragile. Je dois être à l’écoute de mon corps car ce n’est pas long que les maux de dos surgissent.»

 Depuis une séance de vitesse en entraînement en 2015, Charles procède à des exercices neuromusculaires. Il vivait alors ses meilleurs moments. « Grâce aux traitements, on m’a remis plus droit, je bénéficie maintenant d’une biomécanique améliorée.

 

Charles a fait les sacrifices nécessaires pour en arriver là où il se situe aujourd'hui.

 

L’hiver 2016, il l’a traversé sans courir. Un passage de quelques semaines à Vancouver afin d’y recevoir des traitements spécifiques, s’avère à ce moment indispensable. Après les Olympiques de 2016 où il atteint la demi-finale, un ralentissement et une baisse normale d’intensité devaient occasionner son lot d’inconvénients. Il ne compte plus les allers-retours à Vancouver en 2017 dans le but d’apporter une solution.

 Il dit avoir traversé alors des symptômes de dépression. « Je me levais le matin et je souffrais. Je courais et après, je ressentais des douleurs partout. À l’aube des Olympiques, ton état physique et psychologique atteignent le maximum mais quand tu reviens, c’est la chute. »

 Les prochains Olympiques, ceux de 2020 à Tokyo, il y croit. « Si je reste en santé, je vais y retourner. J’ai battu des gars qui ont gagné au championnat du monde. Je désire le faire pour mes proches, ceux et celles qui m’entourent, me soutiennent. »

 

Charles en compagnie de sa fiancée Béatrice Deschênes-St-Pierre.

 

Charles a appris avec le temps. Plus question de refouler ses émotions. Il devient nécessaire qu’il s’exprime quand ça ne roule pas à son goût. « Je possède le « peut-être » d’une participation aux Olympiques. C’est mon héritage. »

 Forcément, il doit mettre des projets de côté. Fiancé à Béatrice Deschênes St-Pierre qui étudie présentement dans la recherche en médecine, la vie de couple est mise à l’épreuve et les enfants, ils naîtront plus tard. « L’année 2017 m’aura permis de me regarder dans le miroir. Par le passé, nous voulions progresser trop vite. Je pense m’être sorti de ce cercle vicieux. Je souhaite bénéficier de six mois sans aucune blessure pour battre mon record personnel sur 1500mètres. À 28 ans, je pénètre dans la zone payante. Quand je saute sur une piste, je me revois à 10 jours des Olympiques de 2016 et je vis l’apothéose que cette expérience m’a procurée.»

 Il court deux fois par jour et avec l’hiver que nous traversons, il solidifie son mental. Un dix km dans les quarante minutes avec le vent, le froid et la neige glissante, il faut nécessairement qu’il considère de tels facteurs. « Ce n’est pas vrai que je fais tout cela pour rien. Je fais de la projection », exprime celui qui se retrouvera sûrement au championnat du monde en octobre prochain au Qatar. « Tu sais, mes meilleurs jours au 1500m sont à venir ! »

 Source: Asic

On imagine que la pression peut devenir très fort pour lui lors de certaines compétitions.

 

Physiquement, il a grandi tardivement car durant sa jeunesse, sa petite taille l’empêchait de performer au basketball. « Mon professeur d’éducation physique m’a obligé à faire du cross country lors de ma poussée de croissance. On m’a tordu le bras, voilà pourquoi j’ai atteint les olympiques ! C’est ce que je raconte quand je dispense des conférences dans les écoles. »

 Leader, facile d’approche, de l’entregent, adepte des arts et de la musique, l’aspect social prend beaucoup de place chez lui. « Je n’ai plus 20 ans », s’esclaffe-t-il. Alors, les sorties tardives avec les copains, il y songe deux fois avant d’accepter.

 Diplômé en administration et détenteur d’un certificat d’études supérieures spécialisées en relations publiques, il considère qu’au Québec, le climat favorable envers les élites contribue à sa progression. « Les Québécois sont fiers de leurs athlètes et je peux te dire que la situation diffère dans les autres provinces du Canada. »

 

Un athlète élite, l'un des meilleurs au monde,  ne peut se permettre de relâcher.

 

Il a paraphé une entente jusqu’en 2020 avec Asics et représente l’unique athlète de demi-  fond dans le monde soutenu par cette marque de commerce. Polar et Sportium y vont également de leur contribution. Le gouvernement canadien lui remet 21,000$ et celui du Québec, 10,000$, le tout non imposable, à condition bien entendu de justifier avec des performances. Par exemple, il me confiait que la semaine précédente à notre rencontre, il avait pris part à deux courses qui lui ont procuré un revenu de 13,000$ !

 « Je ne m’endette pas mais la ligne est mince. Voilà pourquoi je dois tout faire pour chasser les blessures. Sans celles-ci, je pourrais faire au dessus de 100,000$. Au début, tu dois payer tes voyages, ton hôtel mais si tu amasses des résultats, on commence à te payer l’avion, puis par la suite, le logement et finalement, pour une présence à une épreuve, on peut  te remettre jusqu’à 2000$ ! »

 Charles Philibert-Thiboutot, on doit le gérer comme un business. « Il faut être proactif dans la société et je suis conscient que les gens veulent des résultats. »

 

Sous la gouverne de Félix-Antoine Lapointe, 31 ans, qui dirige l’Équipe du Québec, Charles se sent bien, sauf qu’il attend toujours cette formule magique qui lui permettrait de rester en santé.

 Au terme de notre rencontre, il se disait déçu. « Moi qui croyait que tu allais goûter au meilleur café à Montréal, tu n’a rien pris ! » Désolé mon Charles, mais je bois rarement du café durant le jour. Tu sais, je n’ai plus 20 ans !!!!