Les spécialistes de la santé sonnent l’alarme par rapport aux nombreuses commotions subites dans le monde de la boxe. Si les études sur le sujet sont relativement récentes, les neuropsychologues dressent déjà un lien entre les multiples commotions et diverses maladies comme la démence et la sclérose latérale amyotrophique.

Le premier congrès international sur le thème des commotions cérébrales ne date que de 2001. « Nous n’avons donc pas beaucoup de recul par rapport aux études à long terme pour l’instant, mais plus les connaissances se développent, plus ça devient épeurant» a expliqué la neuropsychologue Geneviève Boulard.

Lorsqu’un boxeur est envoyé au tapis, c’est signe qu’il vient de subir une commotion ou qu’une multitude de coups fait en sorte que la motricité de son cerveau ne tient plus. Une fois au tapis, l’athlète détient 10 secondes pour se relever et poursuivre le combat.

Selon Mme. Boulard c’est là que le danger est décuplé par rapport aux autres sports de contact, car le boxeur est propice à subir plusieurs commotions dans un même combat. «D’un point de vue neuropsychologique c’est épouvantable, s’est-elle exclamée. À la suite d’une commotion, le cerveau qui subit des changements neurologiques et métaboliques est en pleine vulnérabilité. Si le cerveau continue par la suite à recevoir des coups, il ne récupère plus».

Or le corps humain ne peut encaisser autant de chocs cérébraux. «Lorsque l’athlète a subi aux alentours de quatre commotions ça devient alarmant, mais que c’est encore pire si elles sont rapprochées dans le temps» précise Mme. Boulard.

Si les effets immédiats résultant de commotions répétées sont connus de tous, les séquelles à long terme le sont moins. Mme. Boulard explique qu’au mieux le patient pourra avoir «des problèmes de concentration et de mémoire en plus d’avoir un comportement plus impulsif que la masse ». Il sera cependant plus à risque de développer diverses maladies lorsqu’il vieillira.

Démence pugilistique

Dans le monde de la boxe il existe d’ailleurs un terme précis pour les boxeurs au lourd passé cérébral, celui de démence pugilistique. La démence pugilistique est une atteinte cognitive et motrice tellement importante qu’elle amène l’individu à une perte d’autonomie, nommée démence.

La démence est une diminution irréversible des facultés intellectuelles qui altère la mémoire, la pensée abstraite, le jugement et la personnalité.

En plus de cette démence pugilistique, les boxeurs seraient plus propices à développer la Sclérose latérale amyotrophique (SLA), communément appelée la Lou Gehrig Disease. Des recherches menées par la Dr. Genge de l’Institut Neurologique de Montréal démontrent effectivement que plusieurs anciens joueurs de football ayant subits des commotions développent cette maladie. Il existerait donc un lien entre les coups à la tête et la SLA.

« Il s’agit d‘une maladie dégénérative qui touche certaines zones du cerveau et amène des troubles de fonctionnement musculaire » a expliqué le docteur Germain Thériault. Une fois cette maladie diagnostiquée, le patient mourra à l’intérieur de cinq ans.

Casques protecteurs

Selon le Dr. Thériault, spécialisé en médecine sportive, la boxe se doit d’adopter de nouvelles approches. «Le débat n’est pas d’interdire les sports de combat. Prenons par exemple le Taekwondo où les combattants ont une protection au niveau de la tête qui réduit les risques de commotions. Devrions-nous obliger les boxeurs à porter de tels casques? » s’est questionné Dr. Thériault.

Selon lui l’avenir de ce sport passe aussi par un meilleur encadrement des athlètes auprès des autorités médicales.

Mme. Boulard se fait toutefois sceptique à ce sujet «si nous faisions partie des comités, leur sport arrêterait probablement…Je n’ai vu que deux boxeurs en consultation durant ma carrière, explique-t-elle. Chacun présentait des séquelles neurologiques, j’ai demandé aux deux d’arrêter». L’un d’eux qui n’avait que 17 ans n’a pas écouté Mme. Boulard.

«Je ne sais pas ce que ce petit gars pourra faire de sa vie, se désole la neuropsychologue. Maintenant qu’il a ces séquelles il ne pourra plus travailler. Il a des problèmes de concentration et de mémoire. Je m’inquiète beaucoup pour lui.»

Le rôle de la Régie

Au Québec, c’est la Régie des alcools des courses et des jeux (RACJ) qui supervise les sports de combat. « La RACJ a comme mandant d’assurer la sécurité du combattant et de conserver l’intégrité du sport » a résumé Réjean Thériault, directeur des communications à la RACJ.

La Régie se charge donc d’engager deux médecins, un par boxeur, et un arbitre qui supervise le combat. Si le médecin de coin craint pour la santé du boxeur, il arrêtera le combat. Il en va de même pour l’arbitre s’il juge qu’un des deux boxeurs encaisse trop de coups.

La RACJ effectue aussi des tests médicaux avec les boxeurs avant d’accepter un combat. «Si un athlète est mis K.-O. ou que la Régie juge qu’il a encaissé un trop grand nombre de coups lors de son dernier combat, elle l’obligera à passer des tests neurologiques et un taco avant de pouvoir combattre à nouveau» a expliqué Thériault.

Un suivi toutefois jugé inutile par la neuropsychologue Geneviève Boulard. «Les résultats d’un examen neurologique ou d’un taco seront normaux dans presque tous les cas de commotions cérébrales, déplore-t-elle. La résonnance magnétique ne les détecte tout simplement pas. Ces tests ne servent donc pratiquement à rien».

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