Difficile de comprendre les personnes qui racontent qu’elles ne disposent pas de temps libre pour courir. À la suite de ma récente intervention, je prône la phrase émise par l’ex-coach des Canadiens de Montréal Michel Therrien qui disait : No Excuse !

 Stéphanie Philibert est mère de 13 enfants. Oui, vous avez bien lu, 13 enfants et elle court sur une base régulière.

 Rapidement, je ne lui ai même pas laissé le temps de s’asseoir lorsque je l’ai rencontrée à son domicile à Princeville que je lui demandais : Où trouves-tu le temps de courir dans une journée ? Elle m’a souri et a répondu tout simplement: « Durant la nuit ! »

 En effet, cette mère de famille qui a fait les manchettes des journaux, qui a attiré l’attention des médias télévisés et radiophoniques en avril dernier, se lève aux petites heures du matin, on parle de 4-5 heures,  pour courir. « Et je ne veux pas que personne m’accompagne. Ces moments, je les réserve pour moi. C’est sacré. Voilà l’unique geste que je pose à mon égard. Je suis tellement près de la famille que je ne dispose pas d’autres loisirs pour penser à moi. Au début, mon chum se disait frustré par cette attitude mais il a finalement compris », explique cette serveuse dans un restaurant de Victoriaville.

 

On s'en doute bien, Stéphanie adore les enfants.

 

Inévitablement, pour conserver un tel rythme, Stéphanie doit se discipliner et se coucher aux alentours de 20h30. Ses trois premiers enfants sont issus d’un autre père. Le plus vieux a 22 ans. Le couple vit ensemble depuis 17 ans. Celle qui fêtera son 43e anniversaire de naissance le 15 août court depuis 5 ans. « Je m’entraîne depuis l’âge de 14 ans. J’ai toujours fait de la musculation et des entraînements de boxe pour mon cardio. »

 Originaire de La Tuque, elle est établie à Princeville depuis 16 ans. C’est à Trois-Rivières que le couple a vu le jour. Pourquoi la course à pied ? « Je voulais suivre la mode. C’est l’fun ! Je suis dehors, j’ai dû m’habituer. » Toutefois, elle priorise les courses à obstacles lorsqu’elle s’inscrit à des événements.

 Enceinte, elle n’arrête pas l’entraînement mais pas de course à pied. « Je trouve ça trop violent pour une femme enceinte. Considérant que je suis extrême, je préfère m’abstenir. » Pour accoucher, on doit la provoquer. « Il faut croire que je suis trop bien quand je suis enceinte », dit-elle en riant.

 

Il y a de l'action dans la maison ! Ça fait du monde autour de la table.

 

Dans le bois, elle se retrouve dans son élément. Elle a déjà pris part à 12 courses à obstacles dans la même année. « J’adore l’adrénaline qu’on y ressent », commente celle qui court en moyenne 50km par semaine.

 Les sorties de 10km sont régulières et pas question d’augmenter cette distance. « Si je dépasse cette ligne, je n’aimerai pas ça. Je préfère m’orienter sur la vitesse. Toutefois, si c’est une course à obstacles, je pourrais faire exception et franchir la barre du 10km ».

 Durant la semaine, dix enfants se retrouvent autour de la table. Les deux plus vieux ont quitté et l’une des filles fréquente l’université Laval à Québec. Elle revient pour le week-end. Et ne tombez pas en bas de votre chaise car Stéphanie prendra les mesures nécessaires pour en avoir un 14e cet automne !

 

 

Stéphanie aime particulièrement les courses à obstacles.

 

Vous serez étonné d’apprendre que la patience n’est pas sa qualité première. « Mon chum m’est supérieur à ce niveau ».

 Pas toujours facile avec une telle famille. Elle parle de l’un de ses garçons qui a dû traverser une période difficile. « Il a dû vivre quatre ans dans un centre jeunesse. Aujourd’hui, il nous remercie de la décision que nous avons prise pour lui. »

 Les enfants jouent souvent à l’extérieur. « Ils n’ont pas le choix de se partager l’ordinateur ou les jeux vidéo. Du même coup, ça les incite à jouer dehors. »

 De nature angoissée, Stéphanie évacue son stress via la course à pied. « Psychologiquement, courir m’aide énormément. Je suis plus énergique pour accomplir les tâches ménagères. Pas question de courir avec de la musique. Cela m’empêcherait de penser. Je veux le silence car j’entends régulièrement du bruit toute la semaine. »

 

Une simple sortie aux pommes demande toute une planification pour le couple. 

 

Pendant toute la durée de l’entrevue, il y avait Léo qui ne cessait de japper dans une chambre. Un Bouvier Bernois, mon chien préféré, je tenais à le voir. Lorsqu’elle l’a sorti, il a continué à japper comme s’il voulait me démontrer qu’à cause de moi, il avait dû passer tout ce temps enfermé.

 « Il est bizarre. Habituellement, il n’a pas ce comportement », a ajouté Stéphanie.

 Lui aussi à l’habitude de l’esprit de famille. Faut croire que bien dompté, il a voulu manifester son mécontentement.

 Je lui ai donné raison.