Plusieurs mois après la tragédie, l’émotion palpable dans l’expression de Dominique Alain procurait une conversation qui laissait présager une lueur d’espoir. D’ailleurs, voilà pourquoi elle a accepté de revenir sur le sujet, afin de lui donner un sens, un accident lourd de conséquences.

 Nous sommes le 29 mars 2019, dans la région de Mansonville en Estrie où Dominique rend visite à une amie. Celle-ci décide de partir à la marche dans un sentier avec son chien et celui de Dominique. Cette dernière voit une belle occasion de faire son jogging. Quelque temps après son départ, elle passe devant une maison et entend clairement des chiens aboyer. Ils sont à l’intérieur de la maison.

 Au retour, elle emprunte le même chemin et lorsqu’elle se présente tout près de cette même résidence, elle aperçoit trois chiens mastodontes (Pitbull-Labrador) se ruer littéralement sur elle. « Quelques instants auparavant, je sentais qu’il allait se passer quelque chose. »

 

Une photo prise à l'hôpital quelque temps après l'accident démontre l'état lamentable dans lequel elle s'est retrouvée.

 

Heureusement, il fait froid et Dominique est habillée chaudement. Les chiens parviennent quand même à déchiqueter ses vêtements et à lui dévorer les muscles inférieurs de ses deux jambes et de ses deux bras. « Honnêtement, je pense que si cette attaque était survenue durant l’été, je serais assurément morte aujourd’hui ».

 Elle essayait de se défendre. Elle n’a jamais perdu conscience. Elle souhaite alors qu’une automobile passe sur le chemin. Puis, elle entend un sifflet. Graduellement, les chiens se retirent. Elle tente de se relever. Impossible, trop hypothéquée, il lui faut immédiatement de l’aide. « J’étais tellement sur l’adrénaline que je n’ai ressenti aucune souffrance. Je voulais survivre. »

 Transportée d’urgence à l’hôpital, elle passera 13 heures sur la table d’opération. « Les chirurgiens étaient épuisés et en sueur après tout ce temps. J’ai dû recevoir sept pintes de sang. Mélissa Harrison de Mansonville, une proche aidante, l’a accompagnée dans l’ambulance, question de garder Dominique éveillée.

 

Dominique et son mari Léo Joy ont dû traverser une période extrêmement difficile, on le comprendra.

 

Actuellement, cette joggeuse milite en compagnie de Geneviève Piacentini et Lise Vadnais, des personnes concernées par des attaques pareilles, afin de mettre de la pression sur le gouvernement pour faire adopter la loi 128, un projet de règlement sur les chiens dangereux qui rendra davantage les propriétaires responsables. Le dépôt de cette loi doit se faire cet automne.

 Pour le moment, Dominique doit prendre une pause pour la course à pied car elle peut difficilement marcher longtemps.

 Installée aux États-Unis pendant 25 ans à cause du travail de son mari qui possède une compagnie maintenant installée au Vermont dans les lentilles de remplacement pour les lunettes de performance sportive, le couple a décidé de s’établir au Québec. Lui, un Américain et elle, une Québécoise, résident maintenant à Mansonville. « Léo attend sa citoyenneté canadienne. De mon côté, je tenais à me rapprocher des membres de ma famille. Le Québec, c’est chez-moi. » Mère de deux enfants, Alexandre, 30 ans et Thomas, 26 ans, l’un vit au Colorado et l’autre dans le New Hampshire, il serait très étonnant de les voir s’installer au Québec, eux qui ont vu le jour au pays de l’Oncle Sam.

 

Symboliquement, Dominique a participé récemment à une course dans sa région. On la voit en compagnie de Gilles Bélanger, député de la CAQ, son mari ainsi que Christine Labrie, député de Québec Solidaire à Sherbrooke.

 

Cette femme qui a célébré son 56e anniversaire de naissance le 17 août dernier, a débuté la course à pied à l’âge de 30 ans, elle qui à cette époque, considérait qu’elle mangeait trop de crème glacée ! Avec l’achat d’un chien épagneul breton, Maya, elle doit l’activer et du même coup, cet aspect contribue à l’inciter à ne pas abandonner la course à pied.

 Présentement, à raison de trois jours par semaine, elle doit se rendre à un centre de réadaptation et reçoit encore de l’aide psychologique. « C’est encore très difficile. Sans l’amour de mon mari, mes enfants, les membres de ma famille, la communauté, je ne serais pas rendue où j’en suis actuellement. Mon mari a pleuré pendant trois semaines après l’accident. Quand tu penses que tu risques de mourir, c’est un choc terrible. »

 Elle veut reprendre le ski de fond classique, la marche en sentier ainsi que la course à pied. Mais, il lui faudra du temps et encore beaucoup de patience. La semaine dernière, en visite chez son frère, elle y est allée d’une promenade sur un sentier où les chiens étaient permis. On pouvait sentir sa fragilité à l’approche d’une bête qu’elle ne connaissait pas. On se rend compte que l’insécurité la tenaille toujours.

 

Elle regarde maintenant vers l'avenir....

 

Depuis, les trois chiens ont été euthanasiés et il aura fallu l’intervention d’une journaliste de Radio-Canada pour faire bouger les choses. Pourtant, malgré plusieurs plaintes ainsi qu’une attaque avant la ruade de ces chiens sur Dominique Alain, la SQ ne pouvait reconnaître cette agression. « Il ne doit pas exister de tolérance sur ce genre d’attaque et la loi doit être adoptée », clame Dominique.

 Je pensais alors à mon comportement quand je vois un chien que je ne connais pas. Je les aime tellement, je les trouve tellement beaux que je n’hésite jamais à les flatter. Dorénavant, je pense que je vais tenter de mieux me contrôler !