C’était le 16 février 1985.  Le Forum était rempli à craquer. Les amateurs du Canadiens ne pouvaient manquer l’événement. Et s’ils étaient des milliers dans le vénérable amphithéâtre, ils étaient des centaines de milliers devant leur téléviseur. Guy Lafleur, l’idole de toute une génération, voyait son chandail prendre sa place parmi les immortels dans les hauteurs du Forum. Vous étiez dans les gradins ce soir-là? Étiez-vous à la maison, entre amis, à vous ressasser des souvenirs du Démon Blond? Quelle soirée!

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Difficile d’expliquer à la nouvelle génération d’amateurs l’impact de Lafleur sur la glace. Il est, à ce jour, le dernier des grands attaquants de l’histoire du Bleu-Blanc-Rouge. Il avait ce don de nous faire lever de notre siège dans les moments les plus critiques. C’était ça, Guy Lafleur!

Ceux qui sont dans la cinquantaine ont grandi avec ces images. Le tir foudroyant le long de la rampe, à l’entrée de la zone adverse. Il y avait aussi ces fameuses montées à l’emporte-pièce. La qualité de l’adversaire n’avait aucune importance pour lui. C’est justement cela qui faisait de lui un joueur si exceptionnel. Tout le monde se souvient de ce but face à Gilles Gilbert en demi-finale de la Coupe Stanley. C’était le 10 mai 1979, face aux Bruins de Don Cherry. Ses performances contre les Broad Street Bullies, de même que son opportunisme contre les Big Bad Bruins, font partie de la légende. Ce sont ces moments-là que les amateurs du Canadiens ont revu dans leurs souvenirs lors de cette soirée de février 1985. Ils savaient qu’ils assistaient à un moment historique. L’homme responsable de tant de victoires, de championnats, de soirées excitantes, de pièces de jeux qui défiaient la logique, les saluait pour une dernière fois.

Les spectateurs s’étaient levés en bloc à l’arrivée sur la glace de leur idole. Ils scandaient Guy-Guy-Guy!!! Et c’était plus que mérité. Certains ont sûrement eu des problèmes de voix le lendemain! Le regretté Claude Mouton avait dû attendre plusieurs minutes avant de poursuivre la cérémonie. Après avoir fait le tour de la patinoire, il s’était joint aux membres de sa famille au centre pour recevoir présents et honneurs. Le numéro 10 allait prendre sa place entre les 9 et 16 des frères Maurice et Henri Richard.

Il y avait pourtant quelque chose d’étrange à travers cette cérémonie. Guy Lafleur avait encore du hockey dans les jambes. Et sans connaître tous les détails à l’époque, les amateurs du Tricolore savait qu’il y avait probablement anguille sous roche. Le Canadien, qui avait pris un tournant défensif depuis l’arrivée de Jacques Lemaire à la barre de l’équipe, forçait-il Flower à la retraite? Depuis, Lafleur a déclaré maintes reprises dans diverses entrevues qu’il ne se sentait pas à sa place lors de cette cérémonie. Son retour au jeu le prouvera en 1988.

Le Canadien avait remporté le match du 16 février 1985. Il avait défait les Sabres de Buffalo, 4 à 3. C’est Mats Naslund qui avait inscrit le but vainqueur en prolongation.