Doué d’une facilité déconcertante en apprentissage, l’avenir s’annonce florissant pour François Desjardins-Turcotte. Assurément, il signera une carrière digne de son talent. Diplômé de l’université de Sherbrooke en droit, il devient notaire.

 Au bout de trois ans de pratique, il abandonne. Visiblement malheureux, il frise le burn-out, même s’il ne se doute de rien. « Le défi me poussait vers cette carrière. Cette chance de me distinguer à l’école s’est finalement transformée en malchance. Moi, si quelqu’un me dit que le chemin sera difficile, je suis là pour l’affronter. »

 La routine finira par le tuer. Il décide d’entreprendre un voyage à vélo en Europe pour une durée de trois mois où il se promènera en France, en Espagne, au Portugal et au Maroc. « Je voulais vivre une aventure, je ressentais le besoin d’évacuer. J’ai croisé un gars qui détenait une prescription du médecin qui lui conseillait ce genre d’excursion. Je me suis immédiatement reconnu. » Dès lors, l’athlète à la chevelure longue, qui a célébré son 30e anniversaire de naissance le 6 janvier dernier, savait qu’il se trouvait au bon endroit.

 

La côte Ouest des États-Unis offre des endroits magnifiques.

 

Il rencontre Brittany, qui plus tard, deviendra sa copine. Il l’a rejoint à Jasper en Alberta où il déniche le job de rêve, un emploi saisonnier. Il devient capitaine de bateau et guide touristique sur un lac entouré de glaciers, montagnes et d’animaux sauvages. De sa chambre, il voit un sentier qui mène dans la forêt. Que demander de mieux ?

 Lorsque nous l’avons rencontré, il était de passage à Montréal, histoire de visiter les membres de sa famille. L’hiver dernier, il s’est rendu en Asie du Sud,  soit au Vietnam, Laos et Cambodge, un périple en sac à dos. Une idée lui est venue, Il pourrait voyager en courant ? Au Laos, sa participation à un 35km l’a éveillé. On lui a offert de le reconduire une douzaine de fois pendant qu’il courait sous une chaleur torride et une humidité exceptionnellement haute. Il n’en revenait pas de la reconnaissance des gens.

 Il fait l’achat d’une poussette de bébé dans le but de transporter son équipement qui pèse aux alentours de 50lb. Octobre dernier, il part de Victoria pour se rendre via la côte Ouest américaine, à la frontière mexicaine, ce qui totalise 2600 km. « Alors, pourquoi ne pas entreprendre cette mission pour une raison plus grande que moi ? Je suis chanceux, je suis en santé, même si j’ai déjà éprouvé des problèmes asthmatiques. Je voulais trouver une cause. Mon meilleur ami, Sébastien Hamelin m’a parlé de sa nièce, Laurence, 12 ans, atteinte du syndrome de Williams, une maladie excessivement rare, 1 sur 20,000 personnes au niveau mondial en souffre. Laurence doit lutter contre des problèmes d’ordres cérébraux et cardiaques. »

 

À trois reprises, il a couru le marathon de Montréal mais il préfère l'aventure.

 

La sœur de Sébastien, la mère de Laurence, occupe la présidence de la Fondation qui vient de naître. Pratiquement sans le sou, on cherche justement une façon d’amasser des fonds. François estime qu’il va courir 5,000 km pour son défi, donc, il tentera de recueillir 5,000$ !

 « Là, je ne peux plus m’arrêter. J’assume. Je sais que je réussirai. » Une fois rendu au Mexique, il prendra l’avion vers la Floride pour remonter la côte Est et conclure le voyage à Montréal. Au moment d’écrire ces lignes, il avait recueilli la moitié du montant espéré.

 À Jasper, il travaille pour la compagnie américaine Pursuit, qui œuvre dans le tourisme. On lui propose de courir pendant sept heures sur un tapis roulant pour attirer l’attention. Il récolte 1200$, ce qui se transforme en élan incroyable pour se lancer dans l’aventure. « Mon plus grand défi s’avère les réseaux sociaux. Je dois rendre mon projet intéressant, capter l’attention. Rien d’évident. Toutefois, je suis conscient que c’est par la démonstration de ma détermination que j’arriverai à sensibiliser les gens. Je reçois tellement en retour », commente celui qui a déjà franchi 1600 km.

 

Une photo saisissante !

 

Il court de 30 à 35 km par jour en moyenne. Il a dû traverser une période d’adaptation suite à une blessure, séquence où il a réalisé qu’il n’est pas invincible. Avant d’arriver à San Francisco, il a décidé de participer à un marathon dans cette ville. Après avoir couru 750 km suite à cette décision, en trois semaines, il s’est présenté à ce 42 km avec seulement 2 jours de repos puis a remporté l’épreuve avec son meilleur temps à vie, 3h12 :06. « Je me suis aperçu à quel point je pourrais performer davantage si je le désirais », exprime celui qui compte déjà 16 marathons à son actif dont trois à Montréal, deux à Québec, deux à Saint-Grégoire, un à Bangkok, au Cambodge et au Maroc.

 Toujours à l’écoute de son corps, il n’a pas le choix. Il dort 12 heures par jour. « Quand tu commences à perdre confiance à l’humanité, tu dois agir envers les gens. Le tout finira par te revenir éventuellement. » Après avoir été hébergé durant trois jours par le responsable d’une église, il s’est même présenté à la messe, question de reconnaître ce que ce prêtre avait fait pour lui !

 Les sans abris qui le voient s’informent sur sa poussette. Il en a rencontré un qui vivait le même trajet que lui. « Je lui ai demandé où il s’en allait ? Il l’ignorait. Et il s’est mis à pleurer. Tu sais, dans cette mission, je suis un peu comme eux. Ce fut un moment fort pour moi. Il faut prendre le temps de reconnaître l’autre ».

Régulièrement, François se retrouve seul avec lui-même.


Mais qu’est-ce qui se passera pour lui après cette prouesse ? « Je suis curieux de voir où je peux me rendre. Je n’ai pas la réponse et c’est correct. Jadis, j’ai tellement tracé ma vie que là, ….. » Peut-être qu’il retournera aux études pour enseigner en éducation physique. « Les meilleurs enseignants sont des personnes passionnées ».

 François défraie ses dépenses avec ses économies, sauf pour les souliers, car Sébastien lui a offert de le commanditer. « Je vais te dire un secret. Je cours d’une micro-brasserie à une autre ! Cela me permet de combler mes deux passions ! Quand les propriétaires me voient entrer, ils s’informent et habituellement, ils payent mes repas. »

 Il court le long de l’autoroute 101. La prudence est de mise. Il doit être aux aguets. « Tu le mentionneras pour rassurer ma mère ! C’est tellement ridicule ce que je fais, courir le long d’une autoroute, parfois sans accotement. »

 

Détermination, courage, persévérance, voilà des mots qui peuvent être utilisés pour qualifier cette mission.

 

Avant de rentrer au Québec pour les Fêtes, Brittany l’avait rejoint pour la dernière portion. Puis, il a appris que ses parents pourraient en faire de même sur la côte Est en le suivant avec leur nouveau véhicule récréatif.  François jouit d’une force de caractère incroyable mais il acceptera volontiers cette contribution, surtout pour cette dernière étape avant son arrivée à Montréal en mai prochain.

 

PS : On peut suivre le voyage de François sur Facebook (fruncoisws). Pour faire un don : gofundme.com/fruncois-williams-syndrome-run.