Chantal Desrosiers n’a pu participer aux Jeux Olympiques de 1980 dans le 100 et 200 mètres en athlétisme puisque le Canada a décidé de boycotter les Jeux de Moscou. Quelle tristesse. Aujourd’hui, elle se revoit assurément avec sa fille qui s’illustre dans ce milieu.

 Annie Leblanc s’est greffée à l’équipe nationale à douze reprises jusqu’à présent et a raté une qualification aux derniers Jeux par des poussières.

 Elle se préparait à partir pour un autre camp d’entraînement en Arizona lorsque nous l’avons rencontrée dans un café de Repentigny, sa ville natale. Pour une athlète de ce calibre, l’expatriation s’impose à cause des éléments climatiques de nos charmants hivers.

 

Annie et sa mère se comprennent admirablement bien dans cette belle aventure.

 

Sous les conseils de Mathieu Lincoln, elle poursuit sa progression. Celle qui célèbrera ses 27 ans le 29 avril prochain (nous sommes deux taureaux), poursuit ses études à temps partiel avec l’université Laval de Québec pour l’obtention d’un MBA en marketing. Combiner les études et l’entraînement exige une discipline rigide car pour les compétitions, elle doit obligatoirement voyager.

 Puis, plus elle vieillit, plus les traitements thérapeutiques deviennent indispensables.

 Le 800 mètres, voilà sa spécialité. « Je possède une histoire de sprinteuse, je dois donc accentuer mes entraînements en puissance. » Alors, les blessures surgissent. « J’ai développé une résilience aux obstacles. J’y suis allée d’une profonde introspection, mes limites furent testées. Tu sais, avec les années, on enregistre plus de mauvaises que de bonnes courses », souligne celle qui a ravi le 2e rang lors des essais olympiques à Edmonton en 2016.

 

Annie a porté les couleurs de l'université de l'Orégon pendant quelques années, atteignant même le championnat.

 

Annie lance cette réflexion : « Quand on débute dans une discipline, on est béni par notre innocence. Quand le succès apparaît, il provoque des complications. Ça devient alors de plus en plus ardu de se motiver car l’enjeu s’avère plus grand. Voilà pourquoi j’ai traversé des remises en question car les besoins changent à travers les années et survient le moment où nous devons songer à ce qu’il adviendra après cette carrière ».

 Elle croit que la grande différence pour obtenir de la réussite est l’entourage. « J’ai dû aiguiser mon couteau pour choisir les gens qui pouvaient entrer dans mon cercle personnel et je pense être récompensée par le choix de mes amis(es). »

 Elle admet que dans la société actuelle, la plupart des gens sont centrés sur leur réussite personnelle. Par conséquent, après une relation amoureuse l’an dernier, elle a dû y mettre un terme puisque ça devenait compliqué. « Cet état m’ajoutait un stress inutile et parfois, on se demandait quel besoin allait passer en premier.» Car on doit préciser que son copain était également un excellent athlète.

 

Une athlète intelligente dont les propos  sont intéressants à écouter.

 

Pour le moment, Annie vise les Jeux Olympiques de 2020 qui se dérouleront à Tokyo au Japon. Après une sérieuse période d’épuisement l’an dernier, elle analyse dorénavant les situations avec un œil différent. « Je ne me suis pas rendue jusqu’à la dépression mais ça m’a profondément inquiétée. J’ai dû afficher un lâcher prise. Plusieurs tragédies familiales sont survenues en 2017-2018. Il m’a fallu déménager dans l’Ouest canadien où je me suis retrouvée seule. Je n’aimais pas le programme d’entraînement ni le groupe de filles. Je suis revenue à Montréal épuisée et découragée. Il fallait que je me conditionne à ne rien faire. J’ai alors dû m’isoler. Je me suis rendue au Mexique et pour la première fois de ma vie, je pouvais vivre comme une fille de mon âge. Je n’ai même pas fait le party mais le simple fait de me retrouver seule avec moi-même m’a fait grand bien. »

 Les attentes sont grandes pour Annie. S’ajoute alors une pression. « Je ne dois pas m’en préoccuper. Je dois me rappeler pour qui je fais tout cela. »

 

Il n'y a pas juste la course à pied dans la vie !

 

Membre de l’équipe canadienne, elle se dit bien appuyée financièrement même si à chaque année, elle nage dans l’incertitude à savoir si on renouvellera cette contribution. « Voilà un autre aspect qui cause du stress car ce financement peut être retiré subitement. Cette situation demande de la patience et tu dois être bien connectée, sinon, tu risques de patauger. » Par conséquent, elle détient plusieurs commanditaires et s’est impliquée dans la compagnie de barres protéinées g2g (good 2 go bars) de l’ex-joueur des Alouettes de Montréal, Ben Cahoon.

 Lorsqu’on atteint un tel niveau, on doit considérer le dopage. « Je sais que certaines filles jouent sur les zones grises. Au Canada, nous sommes régulièrement surveillés et je considère cette démarche comme une fierté. Toutefois, nous devons vivre avec ce fléau. C’est frustrant parfois. Le but en athlétisme n’est pas nécessairement de battre les autres mais surtout, de battre ton propre temps. Pas question de jouer à la victime devant cette situation. Je ne salirai jamais mon non. Je préférerais quitter ce sport si on m’offrait une telle procédure. Je refuserais et je dénoncerais.»

 

De belles réussites s'annoncent dans la carrière d'Annie Leblanc.

 

On comprend que les prochains mois seront déterminants pour Annie. Elle devra éviter les blessures et conditionner son corps ainsi que son esprit vers le but ultime. Mais qu’adviendra-t-il après 2020 ?  « Dans ce domaine, il ne faut pas faire trop de projections. C’est inutile. J’ignore ce qui se passera. Ça change tellement rapidement dans la vie. »

 Ne vous inquiétez pas. Excellente sur le plan académique, elle se dit apte à compléter sa profession en médecine quand le jour viendra. Une nerd, comme elle se qualifie. Quand on aime lire sur la psychologie !

 Alors, demain est un autre jour….

Prête pour le combat !