À l’automne 1982, Mats Naslund entreprend la saison avec le Canadien de Montréal, une équipe dont on vante les exploits jusqu’à Timrå, la ville natale du Suédois. Lors du premier match du CH, un 6 octobre, contre les Whalers de Hartford, Naslund est le seul Européen à s’asseoir dans le prestigieux vestiaire du Bleu-Blanc-Rouge. Il est d’ailleurs le premier joueur provenant d’Europe à faire partie du Canadien. Imaginez ! Guy Lafleur lui serre la main en lui souhaitant un excellent match ! Mario Tremblay l’observe d’un regard chargé de doute, mais le Bleuet n’a pas d’autre choix que d’accepter la présence du petit Viking dans son entourage ; Bob Berry a décidé de réunir Naslund, Mondou et Tremblay sur un même trio. Le bouillant Mario, en s’adressant aux médias, a même osé dire, en parlant de ce Suédois trop petit, que le Canadien n’avait reçu que la moitié d’un joueur de hockey, et que l’autre moitié arriverait plus tard dans le courant de la saison ! Mats se sent probablement très intimidé en enfilant son équipement et le chandail des Glorieux. Outre Mondou, Tremblay et Lafleur, il y a Gaston Gingras, Richard Sévigny, Guy Carbonneau, Gilbert Delorme et Robert Picard, qui sont tous des Québécois s’apprêtant à jouer devant leurs partisans. Il y a aussi Larry Robinson, Bob Gainey, Craig Ludwig, Chris Nilan… Ce soir-là, Mats Naslund devait être très heureux de faire partie du Canadien de Montréal. Malgré tout, j’imagine qu’il ne devait pas se sentir tellement à sa place parmi tous ces joueurs nés en Amérique du Nord.

Les temps changent. Bien sûr, la Ligue Nationale de Hockey a beaucoup évolué. Elle compte maintenant dans ses rangs des joueurs provenant de nombreux pays. Cette diversité est belle à voir. Le spectacle serait assurément moins divertissant sans les prouesses des Kovalchuk, Ovechkin, Chara et Malkin, pour ne nommer que ceux-là. Il y a toujours des joueurs nord-américains dans la LNH. Les Québécois ne sont pas en reste, bien que, depuis quelques années, en ce qui concerne le développement des jeunes joueurs de hockey du Québec, ce n’est pas très fort. Je n’ai rien contre la diversité, donc. Seulement, un truc me chicote… Laissez-moi vous décrire à l’avance une scène qui aura lieu, au mois d’octobre, dans le vestiaire du Canadien de Montréal : un jeune homme entre et s’assoit devant son casier. En regardant autour de lui, il constate, comme Mats Naslund l’a fait en 1982, qu’il est le seul joueur de son coin du monde à prendre place au milieu des joueurs du CH… non, c’est faux ! Il aperçoit bien l’un de ses compatriotes ! Toutefois, ce dernier ne jouera pas plus de trente matches durant la saison ! Je ne parle pas de Lars Eller, ici. Je parle plutôt de Maxime Lapierre. L’autre joueur originaire du Québec, c’est Mathieu Darche.

Voilà où en est cette équipe ! Les Canadiens sont devenus les nouveaux Sénateurs d’Ottawa ! En dix-sept ans, les Sens n’ont aligné que quatre joueurs québécois réguliers dans leurs rangs (ayant joué pour l’équipe plus de 80 parties) : Alexandre Daigle, Steve Duchesne, Patrick Lalime et Antoine Vermette. En dix-sept ans ! Quatre joueurs québécois ! À elle seule, cette réalité nous montre bien la philosophie de Pierre Gauthier et de Jacques Martin. Et que dire de l’embauche de Randy Ladouceur et de Randy Cunneyworth ? Deux Ontariens anglophones qui n’ont jamais rien gagné viennent remplacer deux Québécois qui ont, de toute évidence, un remarquable avenir devant eux ! Si, au moins, les Sénateurs avaient déjà constitué un exemple de ce qu’est une grande équipe, je serais moins prompt à condamner cette façon de faire. Seulement, ce n’est pas le cas. Si Ottawa, par le passé, a tout de même connu de bonnes saisons, la brève histoire de cette formation n’a rien d’impressionnant. Cet automne, selon toute vraisemblance, il n’y aura qu’un seul joueur québécois régulier dans le vestiaire du CH. Et ce sera Maxime Lapierre.

Vous pourrez dire que je suis chauvin. Vous pourrez prétendre qu’il n’est pas important d’avoir des Québécois dans une équipe qui a justement la chance de profiter du regain d’énergie qu’auraient certains joueurs à jouer devant les leurs. Parce que le Canadien est la seule franchise de la LNH à pouvoir profiter de la particularité qu’engendre la culture de ses partisans. « Il y a trop de pression à Montréal ! » affirmerez-vous. « Les joueurs ne veulent pas jouer ici ! » direz-vous. À mon avis, la nouvelle organisation du Canadien ne veut tout simplement pas négocier avec des gars comme Simon Gagné et compagnie. Le premier choix de Gagné était Tampa Bay. D’accord. Mais, s’il avait choisi Montréal, on ne l’aurait même pas considéré. Car, pour je ne sais quelle raison, les noms à consonance francophone se retrouvent dans une liste noire que messieurs Gauthier et Martin traînent depuis le début de leur carrière. Et puis, à quoi bon vouloir plaire aux partisans québécois ? Depuis longtemps, les fans du CH ont pris l’habitude de se contenter de peu. Au fait, ont-ils remarqué que leur équipe ne leur appartenait plus ?