Claude « Piton » Ruel se plaisait à dire ce commentaire quand il parlait de la possibilité de remporter une victoire chez les Canadiens de Montréal: Il n’y en aura pas de facile !

 Dites-vous bien que ce mot n’existe pas dans le vocabulaire d’un marathonien.

 Témoin d’un événement, nous le percevons à notre façon. Les adeptes du marathon tirent chacun leur propre conclusion suite à la concrétisation de  cet exploit. Par contre, il existe un dénominateur commun parmi la panoplie de commentaires émis. Rares sont ceux et celles qui vous diront que ce fut facile d’un bout à l’autre. En fait, ce mot devient relatif dans le langage d’un coureur.

 Bien sûr, vous avez ces exceptions, ceux qui confirment la règle comme rappellent les grands sages mais parlons du monde ordinaire, ceux et celles qui un bon matin, se réveillent avec l’intention de relever ce défi et qui n’ont jamais été étiquetés comme étant des grands sportifs. Ils se voient présenter sur un plateau d’argent la chance de démontrer à leur entourage qu’ils peuvent réussir, qu’ils possèdent cette détermination qui dort en eux depuis nombre d’années.

 

À l'époque où il dirigeait les Canadiens, Claude Ruel disposait de certains commentaires qui sont passés à l'histoire.

 

Mais jamais vous pourrez dire que vous avez vaincu le monstre sans discipline, sans contrôle de soi, sans acharnement, sans détermination, sans sacrifices et en toute conscience que vous auriez pu opter pour une mission plus facile, particulièrement lorsque vous pénétrez dans la zone interdite après le 30e kilomètre.

 Il m’arrive de lire les commentaires des marathoniens après leur expérience. Ils pourraient ne pas écrire à l’unisson que ce fut ardu, qu’ils en ont bavé un coup et je le devinerais.

 Je cours toujours aujourd’hui après vingt-cinq ans. Je me concentre encore sur le 42km. Je suis attiré comme un aimant par cette distance car je ne l’ai jamais terminée avec aisance. Je mentirais si je ne vous disais pas que certains furent plus faciles mais je vous jure qu’il m’a fallu travailler fort dans les coins pour sortir avec la rondelle.

 

Derrière les sourires se cache parfois la souffrance.

 

Ce n’est jamais sans suer que l’on arrive à franchir cet obstacle. Il ne se laisse pas avoir facilement. Si vous osez l’attaquer, il vous attend de pied ferme et vous devez être prudent, ne jamais perdre de vue que vous êtes là pour le plaisir. Vous ne devez jamais l’écouter car il n’entend pas à rire.

 J’arrive près de mon objectif de vie bientôt et je vous l’assure, le marathon me donne encore la frousse. Même si j’ai réussi à le battre à maintes reprises, il m’a toujours laissé un goût amer. Il m’a fait savoir qu’il résistera continuellement et qu’en aucun temps, il se laissera faire sans offrir de résistance.

 Si je persiste c’est qu’il existe cette attirance à lui démontrer que j’arrive à en disposer malgré le fil des années. Je suis bien conscient qu’un jour, il finira par remporter l’ultime manche mais entretemps, j’entends en profiter au maximum, conscient que je suis chanceux de pouvoir lutter contre lui.

 

 

Si le marathon était facile, il perdrait alors toute sa signification.

 

Dès mes débuts, j’ai compris qu’il utilisait le chrono pour essayer de me mettre des bâtons dans les roues, en espérant me faire casser dans le but de me voir abdiquer. J’ai compris sa stratégie et j’ai décidé que je ne m’en occuperais jamais. Il doit encaisser un solide uppercut avant chaque début de marathon. Je lui démontre que je n’ai pas l’intention de me laisser faire et que je n’ai pas tombé dans son piège.

 Alors, un marathon dans la facilité, dans l’aisance, dans le confort, ça n’existe pas car justement, si tel était le cas, il perdrait toute sa signification. Si encore aujourd’hui, cette distance représente un gros mandat, c’est qu’elle a su conserver sa grande difficulté et que finalement, aucun coureur n’en a disposé avec une main dans le dos.