« Cendrillon sera encore de la dernière danse », a clamé le commentateur télévisuel à l’issue de la demi-finale vendredi, évoquant la victoire de 2017 sur leur terrain des Spitfires de Windsor sur les Otters d’Érié en finale pour la coupe qui consacre les champions canadiens de niveau junior.

Au moment de s’affronter ce soir, en finale du Tournoi de la Coupe Memorial, le Titan d’Acadie-Bathurst et les Pats de Regina constituent deux solides barques menées par deux ardents capitaines qui s’imposent comme les leaders incontestés de leur équipe. D’un côté, Jeffrey Truchon-Viel, meilleur buteur des deux camps, est le 2e marqueur et 2e fabricant de jeux de ce tournoi, avec une récolte de trois points par partie. De l’autre, Sam Steel a su se hisser au sommet des pointeurs avec une récolte de 13 points en 4 matches, dont 11 mentions d’assistance. C’est trois points et deux mentions d’aide de moins que de très vieux records à cet événement qui célèbre son centenaire. (Lire mon autre article sur la chasse aux records.)

Le Titan d’Acadie-Bathurst en est à sa première finale, mais à sa seconde participation (en 1999, à Ottawa, les 67 d’Ottawa avaient vaincu en finale les Hitmen de Calgary), mais il a surclassé les Pats dans leur affrontement initial du 20 mai. Il menait 7-2 après 1;39 de la 3e période, mais les joueurs des Pats n’ont pas lâché et ils ont profité d’un relâchement généralisé en plus de l’extrême générosité du gardien Evan Fitzpatrick, pour effectuer un ralliement inespéré. Matt Bradley portait la marque à 7-6 avec près de deux minutes à écouler. Noah Dobson scellait l’issue de la rencontre dans une cage déserte à une seconde de la fin, son 4e point de la soirée. Ce 8e but du Titan a propulsé l’équipe du Nouveau-Brunswick directement en finale.

(Bien sûr, le Titan s’inscrit dans la continuité du Titan de Laval, un habitué de cette compétition, mais le Titan d’alors évoluait au Québec, pas dans les Maritimes.)

Fait non négligeable, un joueur plus ou moins marginal du Titan a joué les trouble-fête à ce tournoi, le rapide Samuel Asselin : 8e marqueur, il est 2e buteur (4) égal à Cameron Hebig, des Pats, mais en une partie de moins. Il totalise 58 points (20 buts) en 71 parties cet hiver, ce tournoi inclus. Ethan Crossman se retrouve 4e-6e pour les tirs au but (16) à ce tournoi. Il a signé 2 buts, dont un victorieux.

Un joueur des Pats s’illustre également au-delà des attentes : Nick Henry, le meilleur buteur (5) et 3e marqueur (7 pt) égal au jeune défenseur de 6’3’’ Noah Dobson (2-5 en 3 PJ). Avec ses 20 lancers en 4 parties, Nick est 2e égal au buteur Glenn Gawdin (SC) derrière le surdoué Robert Thomas (Hamilton, 24 lancers). Ce choix de 4e ronde en 2017 de l’Avalanche n’a que 18 ans, et il totalise 40 points en 64 parties avec un différentiel de -5. Jumelé à Steel et Hebig, il dispose de l’espace suffisant pour se démarquer.

 

Les chances du Titan sont bonnes

Dans mon esprit, c’est clair, le Titan part favori. Même si Regina a remporté quatre coupes Memorial (en incluant celle des Monarchs), il a surtout perdu neuf finales. C’est le record, devant les Oil Kings d’Edmonton (7 finales perdues, 3 remportées). Et la dernière conquête des Pats remonte à 1974, en finale contre les Remparts de Québec à Calgary.

Je regarde les joueurs en présence, collectivement le Titan d’Acadie-Bathurst a une meilleure attaque cette année (moyenne de 3,92 par rapport à 3,42) et une meilleure défensive (moyenne de 2,63 but alloués contre 3,29 buts). Leur fiche ne se compare même pas : 61-20-8-2 pour le Titan, 46-30-6-1 pour l’adversaire. Acadie-Bathurst était 2e cette saison dans la LHJMQ et a vaincu le champion régulier, l’Armada de Blainville-Boisbriand, en grande finale.

Regina joue au-dessus de sa tête, porté par le zèle de son leader, qui va faire des ravages dans la LNH dans quelques années. Les Pats, en 7e place parmi 22 équipes, ont baissé pavillon en première ronde éliminatoire devant les Broncos de Swift Current, mais leur ont livré une lutte coriace avant de savourer leur revanche à ce tournoi.

Individuellement, le talent regorge de part et d’autre. On a deux formations très équilibrées. Même si Steel est le meilleur joueur, les deux meilleurs défenseurs évoluent pour le Titan, qui a plus de profondeur avec un Samuel L’Italien très efficace en infériorité numérique.

Je préfère le portier du Titan, Evan Fitzpatrick (3,94 et ,879, 2-1), un pan de mur de 6’3 et 208 livres repêché par les Blues de Saint Louis, au chétif gardien de 17 ans Max Paddock (4,09 et ,894, mais 3-0), neveu de John, gérant-entraîneur des Pats; il mesure 6’2 et pèse 152 lb. Les statistiques des deux gardiens de buts indiquent qu’on pourrait avoir droit à du jeu ouvert et une flambée de buts, même si la logique voudrait qu’on resserre le jeu. Acadie-Bathurst en 3 matches a 14 buts contre 12 (moyenne de 4,5 contre 4) et Regina en 4 parties a 19 buts contre 17 (moyenne de 4,75 contre 4,25).

 

Les joueurs plus productifs

Je compare les meilleurs éléments offensifs pour leur performance dans l’ensemble de l’année, y mêlant des statistiques du Junior mondial comme du Mémorial Hlinka pour quelques rares vedettes, et vous voyez entre parenthèses les buts, les passes, les parties et le différentiel, ainsi que le nombre de lancers au but. On constate que le Titan n’a rien à envier aux Pats, qui cependant bénéficient du soutien de la foule, ce « 7e joueur » important pour la motivation.

Titan : Olivier Galipeau (30-67 en 90 PJ +49, 345 tirs), Antoine Morand (34-62 en 89 PJ +20, 246 tirs), Jeffrey Truchon-Viel (56-37 en 81 PJ +43, 350 tirs), Noah Dobson (22-70 en 95 PJ +45, 361 tirs), Mitchell Balmas (47-39 en 87 PJ +25, 361 lancers) et Jordan Maher (21-51 en 86 PJ +36, 161 tirs).

Pats : Sam Steel (40-80 en 74 PJ +36, 225 lancers), Cameron Hebig (51-53 en 77 PJ +18, 352 tirs), Matt Bradley (39-47 en 83 PJ +2, 341 lancers), Josh Mahura (24-58 en 72 PJ +42, 224 tirs), Cale Fleury (12-44 en 79 PJ +23, 188 lancers) et Jared Legien (25-27 en 70 PJ 0, 144 tirs).

Certains de ces joueurs font partie d’organisations professionnelles et constituent de sérieuses menaces en avantage numérique.

L’agent d’Olivier Galipeau attend les offres, qui vont affluer, et son client de 21 ans à peine au gabarit de pro a 10 buts 28 aides sur l’attaque massive. Il a été le meilleur marqueur des défenseurs de la LHJMQ en saison comme en séries.

Morand (centre) à 19 ans est aussi productif que lui. Anaheim l’a repêché en 2e ronde en 2017 et il 8 buts 22 aides en supériorité numérique, 3 filets en infériorité et 9 buts victorieux cet hiver.

Jeffrey, le capitaine de 21 ans, va jouer à San Jose dans l’Américaine à l’automne, il mesure 6’1 et 200 livres, plaque comme un déchaîné, a 14 buts (20 pt) sur le jeu de puissance. Un Brendan Gallagher format géant. Il est 8e-10e pour les lancers (13), 2e marqueur et affiche le meilleur différentiel : 5.

Dobson (18 ans) a 35 points dont 12 buts sur l’attaque massive, il a un tir puissant sur lequel l’adversaire base sa stratégie, il est classé 5e en Amérique selon le dépistage central de la LNH, 9e d’après ISS et HockeyProspect, 10e selon McKeen et 11e sur la liste de Future Considerations. Dobson est le hockeyeur le plus prometteur, avec Sam Steel.

Dans le camp des Pats, Steel (20 ans) est le fabricant de jeux par excellence. Il a 12 buts 30 passes sur l’attaque massive, il a été 2e pointeur du Canada au Junior mondial sous 20 ans, 5e égal à Brady Tkachuk mais avec plus de buts. Il va jouer dès l’an prochain avec les Ducks, qui l’ont sélectionné en premier en 2016.

Hebig (20 ans), 6e marqueur et 2e buteur, 8e pour les lancers au tournoi, a signé un contrat avec les Oilers d’Edmonton : 15 buts 18 passes en avantage numérique; 7 buts gagnants et 5 buts en désavantage numérique.

L’arrière très talentueux Josh Mahura (20 ans, 6’1 et 185 lb), 3e choix des Ducks en 2016, a 10 buts 23 aides sur le jeu de puissance; 5e marqueur du tournoi (2-5 comme Dobson en une partie de plus), 4e pour les lancers (16), il a préparé 4 buts en 4 parties en avantage numérique. Il forme une bonne paire avec le Tchécoslovaque Libor Hajek (20 ans, 6’2 et 210 lb).

Cale Fleury (19 ans), 5e marqueur de l’équipe en saison, 3e choix du CH en 2017, a 6 buts, 18 points sur l’attaque massive et son frère Haydn joue dans la LNH (ils ont une carrière junior identique sauf pour le différentiel).

Bradley (21 ans, 6’ et 195 lb), jadis choisi (5e ronde) par le Tricolore qui l’a laissé tomber, a 26 points en avantage numérique et 5 buts gagnants cet hiver.

Quant à moi, l’équipe du Nouveau-Brunswick a tous les outils pour l’emporter, mais Regina, qui a remporté trois fois ce tournoi, a une future vedette de la LNH dans ses rangs, le centre Sam Steel. Il faudra le surveiller de très près, ainsi que Hebig et Henry, un trio menaçant. Sam, parti à la chasse aux records, en a égalé un mercredi soir, avec ses 5 mentions d’assistance dans un gain de 6-5 sur les Broncos qui les avaient sortis des séries de la WHL.

En résumé, Mario Pouliot devra employer à profusion ses meilleures armes. Le Titan devra mettre à contribution sa paire de défenseurs extraordinaire et son unité no 1 d’infériorité numérique. Les deux formations devront faire preuve de discipline, éviter les accrochages et l’obstruction. Pouliot compte sur l’attaque la plus équilibrée, avec le plus de profondeur. Mais son avantage numérique s’est peu illustré à ce tournoi, au contraire des Pats qui ont enregistré 5 buts en 15 occasions sur cette unité spéciale.