« Nous sommes simplement deux mamans qui courons le matin. Nous ne sommes pas rapides, nous n’avons rien gagné, sauf la passion folle de la course à pied »

 Toutefois, les voilà avec un palmarès exceptionnel de 730 jours de course à pied de façon consécutive !

 Isabel et Julie Ringuette sont charmantes. Avec un accent anglophone, elles se débrouillent admirablement bien dans la langue de Molière. Des cas particuliers car Isabel, 48 ans est mère de six enfants alors que sa sœur Julie, 50 ans, en a trois. Et elles courent à tous les jours, sans exception. Elles arrivent à se motiver, elles s’entendent comme larron en foire ! Isabel, plus extravertie tandis que Julie présente une attitude calme et posée. On sent nettement leur solide lien d’amitié en leur présence et une complicité exemplaire.

 

Des soeurs inséparables dans la course à pied.

 

« Je jalousais les gens qui couraient », avoue Isabel, une entraîneuse personnelle et qui œuvre aussi dans un gymnase. « J’étais en forme mais sans aucun cardio. Quand j’ai commencé avec un ami qui m’a abandonnée pour la 2e séance, je n’ai jamais pu m’arrêter par la suite », relate Isabel, attablée avec Julie dans un Tim Horton à Brossard.

 De son côté, Julie courait pour s’évader de la vie coutumière et dès 2016, la connexion entre les deux sœurs s’est produite. Depuis, c’est à chaque jour qu’elles se voient. « Au début, on courait vers l’hôpital pour voir notre père aujourd’hui décédé », précise Julie, agente de bureau dans une commission scolaire à Greenfield Park. Cette longue séquence prendra fin le jour où Isabel, par une journée d’hiver à une température de -25 Celsius, se fracture les deux chevilles sur un poteau brisé, recouvert de neige. Elle s’écroule au sol mais heureusement, un policier en train de donner une contravention, n’est pas tellement loin et viendra à son secours. Isabel passera cinq semaines dans le plâtre mais aura du mal durant toute l’année suivante.

 Julie a continué à courir sur un tapis roulant alors qu’Isabel l’accompagnait en vélo au gymnase ! Question de sécurité, car elles sortent souvent vers 5h le matin, elles courent au gymnase pour les jours de la semaine alors que le week-end, elles vont dehors car c’est plus relax. Elles avouent leur inconfort dans les rues alors que parfois, les gens les invectivent. »

 

Trois enfants et ça n'empêche pas Julie de courir à tous les jours.

 

Puis soudainement, Isabel sort une enveloppe de son sac personnel pour la remettre à Julie. « Tiens, c’est ton cadeau d’anniversaire », dit Isabel. Pourtant, Isabel, Julie et leur frère Daniel possèdent une date similaire, soit le 15 avril et nous ne sommes qu’en janvier ! Stupéfaite, Julie ouvre l’enveloppe et retrouve une inscription pour le marathon de Montréal en septembre prochain. Il s’agira de leur 3e marathon ensemble ! « C’est plus motivant de courir quand il y a un projet en bout de ligne », rajoute Isabel pour expliquer le geste qu’elle vient de poser.

 Pour cette dernière, il y a Jordan, 23 ans, Jacob, 22, Josh, 20, Léa, 18, Levie, 15 et Jack, 12 ans. Il y a aussi d’une 2e union, les enfants de son copain, Connor, 25 ans, David, 24 et Charles, 22. Pour Julie, on retrouve Nicolas, 18 ans, Brendan, 16 et Katelyn, 12 ans. Est-ce qu’une telle marmaille cause problème ? « Aucunement car lorsque nous courons, ils dorment ! Il y a les plus vieux pour s’occuper des plus jeunes. Au début, je laissais toujours la lumière de façade à l’extérieur de la maison, allumée. Je faisais le tour du quadrilatère et lorsqu’ils voulaient que je rentre, ils éteignaient la lumière », raconte Isabel.

 

Six enfants, une belle grande famille du côté d'Isabel.

 

Pour elles, la présence des enfants ne représente aucune excuse valable pour ne pas s’activer. « Tu as le temps pour tes priorités dans la vie. Le soir, nous écoutons rarement la télévision et nous ignorons totalement ce qui se passe dans les téléromans. De toute façon, nous tombons rapidement de fatigue tôt en soirée. »

 Végétaliennes toutes les deux, elles disent manger dix fois plus que leurs maris. « Nous brûlons des calories régulièrement et nous sommes capables d’en prendre », me confie Isabel avec un large sourire.

 Voilà un duo qui saura en inspirer plusieurs. Isabel et Julie ne voient pas le jour où elles cesseront de courir. Même si l’une d’elles ne peut plus poursuivre, l’autre promet de continuer.

 

Elles sont déjà inscrites pour le marathon de Montréal en septembre prochain, un 3e à leur dossier respectif.

 

« On a besoin de cette coutume, c’est profondément ancrée en nous. Lorsque nous avons une réunion le matin dans le cadre de notre travail avec notre patron, nous sommes défoulées et prêtes à affronter les recommandations car contrairement à la population en général, nous sommes bien éveillées ».

 Des mamans qui ont compris que malgré la présence d’enfants, elles peuvent se procurer une excellente qualité de vie.