Deux victoires cruciales contre Detroit

 

Il était moins une. Les partisans avaient commencé à déserter le temple du sport de la métropole québécoise, le Centre Bell.

En octobre, les défaites s’accumulaient avec lourdeur. Ont suivi les blessures et certains s’apprêtaient à tirer un trait sur les séries, ou la chasse sur la saison. Mais un effort de plus en plus soutenu des hockeyeurs de Julien, stimulés par les prouesses d’un cerbère étincelant lancé dans la mêlée au pied levé, a redonné du tonus à la troupe et déclenché une relance.

La remontée au classement qui en a découlé, de nature à ramener des partisans dans le giron du Canadien, ne change rien à la réalité : la gloriole des « Glorieux » s’est étiolée au fil des dernières décennies. La jeunesse de moins de 20 ans n’a jamais vu que des relents de flambeau…

Mais samedi soir, 2 décembre, les hockeyeurs montréalais crachaient des flammes. Et le Canadien revendique maintenant une fiche au-dessus de ,500. Bien malin qui l’aurait prédit il y a trois semaines. Il a fallu deux festivals de buts pour également montrer un différentiel collectif pas si pire, -8.

Avec raison, les Canadiens ont semé la désolation chez nombre de leurs partisans cette année. Le client a toujours raison et il n’aime pas se sentir berné. Marc Bergevin le pensait peut-être du fond du cœur, lorsqu’il a déclaré que ses arrières constituaient une brigade améliorée par rapport à l’an passé, mais les spectateurs voyaient tout le contraire sur la patinoire. Le DG se mentait possiblement à lui-même.

C’est lui qui a essuyé les critiques les plus virulentes, on a tiré à boulets rouges sur lui. Son siège aurait semblé éjectable, sans le lien ferme de confiance avec Geoff Molson. Il y a le contrat blindé, aussi... Price, pour sa part, a été crucifié ou jugé sur la place publique. Certains voulaient l’échanger. On l’aurait sûrement sacrifié pour obtenir un centre dynamique comme John Tavares. Au moins les admirateurs inconditionnels de Carey Price l’ont défendu bec et ongles contre quelques calomniateurs, qui mettaient en cause sa situation maritale ou étalaient le spectre subtil sur fond nébuleux d’une erreur de jeunesse.

Plus nombreuses ont été les flèches lancées au directeur général dans les médias sociaux. Car la perte de Radulov et de Markov constituait une patate chaude. Ça sentait le brûlé. Les détracteurs intempestifs se la coulaient douce dans le dos de Bergevin. Tandis que les internautes houspillaient, vilipendaient et maugréaient, les journalistes critiquaient, s’interrogeaient et tapaient sur le clou. On criait à l’incompétence de la haute direction. Le flair et la clairvoyance des dépisteurs ont subi le rouleau compresseur acidulé des forums et tribunes d’opinion. J’imagine que l’équipe de communication du Canadien tenait le patron au courant des bruits qui couraient. Des suggestions de liquider l’équipe, de tout balancer, de repartir à zéro pour un virage jeunesse accéléré.

Impossible de calmer cette grogne autour d’une des formations glorieuses de l’histoire du sport. En fait, une seule méthode de guérison admissible : enchaîner les victoires. Après un passage à vide à l’étranger, des triomphes à domicile. Mais ça ne s’est pas accompli par magie. Il en a fallu, du temps ! Conséquence, les billets ne se vendent pas tous ; en revanche, les loges maintiennent le statu quo : on annonce toujours des salles combles, malgré des sièges vacants.

 

Les blessures ont aidé

Curieusement, les blessures ont renforcé les Canadiens de Montréal. Hudon a bien remplacé Lehkonen auprès de Plekanec et Gallagher. Price et Montoya ont éprouvé des malaises simultanés, Lindgren a pris en charge la forteresse et Niemi est arrivé. Lindgren s’est révélé un cerbère vigilant et alerte. Niemi a réussi son entrée. Weber se blesse ! Petry retrouve son aplomb, Benn et Alzner leurs repères, Jerabek démontre qu’il est du calibre de la Nationale. Morrow éclipse Davidson (retourné aujourd’hui avec les Oilers via le ballottage) et Schlemko se montre le bout du nez. Avec succès. Mete reste égal à lui-même, un bon jeune rapide qui participe à l’attaque de son mieux. Le plus jeune défenseur de la LNH.

McCarron retourne dans l’Américaine, cède la place à Deslauriers, qui à sa 9e partie, s’éclate avec 1 but 2 aides, un différentiel de +4, 2 tirs au but et 4 mises en échec : la 2e étoile de la partie de samedi. Jacob de la Rose sort de sa torpeur, récolte aussi 3 points, et Froese obtient deux mentions d’assistance. Trio d’énergie productif ! Jonathan Drouin rate deux parties, Daniel Carr rappelé du Rocket amasse 4 points en deux parties. Carr, deuxième buteur au moment de son appel et 3e en ce moment dans l’Américaine.

Bien sûr, l’explosion de 10-1 qui a mis en pièces l’organisation des Red Wings de Detroit ne saurait effacer un début de saison décourageant à l’extrême. Mais l’adversité a scindé l’équipe. Des éléments arrivés de Laval se sont joints au groupe. Le manque de profondeur déploré il y a peu de temps était-il un fantôme ? Un spectre brandi, simplement ? Lorsque Drouin, Lehkonen et Scherbak effectueront leur retour au jeu, des décisions très difficiles s’imposeront : qui écarter de la formation ? Qu’adviendra-t-il de Hemsky ? Oublié depuis longtemps par les fans…

Je pense que le Bleu-Blanc-Rouge a maintenant un 4e trio digne de ce nom avec la combinaison Froese -de la Rose-Deslauriers. On doit se servir des cinq victoires de suite comme d’une motivation supplémentaire, et continuer d’attaquer les matches un à la fois. Cette semaine, contre trois gros adversaires, le Bleu-Blanc-Rouge doit amasser 4 points sur 6. On doit lancer fort et vite et ne pas baisser les bras. Car il reste bien des marches à gravir avant de faire amende honorable.

 

Milieu du peloton

Au moment de rédiger ces lignes, Montréal occupe toujours le 20e rang, égal à Chicago, Minnesota et Calgary, trois formations respectables. Sauf que le CH a disputé deux parties de plus. Le Tricolore accuse un léger retard de deux points sur Vegas, l’équipe cendrillon installée au 11e rang (avec Dallas et Washington).

Au tiers de la saison, la troupe de Claude Julien a trouvé le moyen de se hisser jusqu’à un siège précaire, 3e de la division Atlantique, ouvrant la porte aux séries. Mais les Bruins de Boston ont quatre parties en main et accusent un minime retard d’un point.

 

Longue période d’adaptation

Avant même d’amorcer le calendrier régulier, ça ne sentait pas trop bon. Les revers s’étaient accumulés lors des rencontres d’exhibition. Et ce n’était pas seulement attribuable à l’absence du meilleur marqueur des parties hors-concours de 2016, le jeune défenseur de Nathan Beaulieu.

Il y avait trop de nouvelles figures au sein de la formation, surtout à la ligne bleue. Cela demandait l’acclimatation de certains et des adaptations au système d’un nouvel entraîneur. Avec seulement deux défenseurs sur sept, Weber et Petry, établis depuis au moins un an avec l’équipe, le Tricolore ne parvenait pas à colmater les brèches. Alzner (qu’on paie grassement) constituait une grosse déception par son inconstance. Petry était instable, manquait d’assurance et, comme Alzner, ne valait pas les millions qu’on lui a concédés. Avant la blessure à Weber !

Le surplus de défenseurs au camp a nui. Il semble que la nouvelle formation de Vegas ait mieux composé avec cette dure réalité.

Le Tricolore n’a jamais montré un alignement complet, en raison de la lutte pour combler la perte de gros noms assurant la dernière ligne de défense avant le gardien de buts. On a donc accumulé les défaites. L’ambiance de perdants des matches d’exhibition a suivi les Canadiens à l’ouverture de la campagne. Malgré des signes encourageants (plus de lancers, plus d’occasions de marquer), nul défenseur de la nouvelle garde ne pouvait faire oublier les passes magiques de Markov, les coups d’épaule fracassants d’Emelin et les montées à l’emporte-pièce d’un jeune Nathan échevelé.

La troupe de Claude Julien a atteint les bas-fonds, le 30e rang, tout juste devant des Coyotes de l’Arizona ancrés alors dans la défaite. Tabassé 6-0 chez lui par les Maple Leafs de Toronto, le Bleu-Blanc-Rouge a été la première formation à s’incliner devant les Coyotes en temps réglementaire. Le bateau prenait l’eau de toutes parts. Mais comment expliquer cette dérape ? Un des pires, voire le pire début de saison d’une équipe plus que centenaire !

Les Price et Montoya de ce monde ne pouvaient pas stopper l’effusion. Il a fallu que les deux portiers se blessent pour qu’un Rocket, Charlie Lindgren, prenne la relève avec panache et ressuscite un CH qui avait perdu la recette de la victoire.

Alors qu’on criait au miracle ou implorait Bergevin d’échanger Price, la troupe de Julien a laissé tomber misérablement le bon Charlie, installé au sommet des cerbères de la Ligue nationale. Le toit s’est écroulé sur sa tête. Il est retourné avec le Rocket, mais Price s’est rétabli et depuis il montre l’étoffe de ses belles années.

Une blessure surprise à Shea Weber, pierre angulaire de l’équipe sur les attaques massives, n’a pas ralenti l’équipe. Au déplaisir de certains fans qui réclamaient un ménage ou le souhaitaient avec ardeur, leurs favoris ont remonté une pente abrupte. Pas à pas, ils évoluent au classement. Ils se remettent d’un départ catastrophique.

En ce 3 décembre 2017, Claude Julien et Marc Bergevin, à l’instar du portier Carey Price, dorment beaucoup mieux qu’il y a trois semaines. Deux gains contre Detroit, 13-4 les buts, ont ramené la troupe dans le portrait des éliminatoires. Detroit et Montréal étaient pourtant nez à nez avant ces deux parties faciles du Canadien.

La venue de Jerabek et les rappels de Carr et de Deslauriers sont de bons mouvements de personnel. Carr était le 2e buteur de l’Américaine (12 buts, 19 points en 20 parties) cette saison. Il totalise 52 buts et 90 points en 139 parties (+11) dans l’Américaine et 22 points (+7) en 58 parties avec les Canadiens. Surtout il combat mieux pour la possession de la rondelle, il bloque parfois des rondelles. Jerabek, un 6e ou 7e défenseur fiable, était parmi les meilleurs marqueurs des arrières de la KHL l’an passé. Deslauriers ne se contente pas d’apporter une dimension physique.

Si Price maintient le rythme, le Canadien va se rendre en séries et il aura triomphé de l’adversité. Mais les trois parties de la semaine sont primordiales pour la situation du Canadien lors des prochaines semaines.

La plongée titanesque vers les bas-fonds aura permis aux membres du Canadien de consolider leurs liens, et surtout de puiser dans leurs réserves, à pleine capacité. Bravo à Gallagher qui s’est relevé et a montré l’exemple. Le joueur du mois de novembre mérite sa tranche de la coupe Molson. Il a été le grand rassembleur par ses performances. Il pourrait finir la saison à 35 buts s’il garde la cadence. Il en a déjà 13 au tiers de la saison.

La lutte se poursuivra jusqu’à la fin de la saison, en vue d’une place dans les séries. Mais au moins le Tricolore a retrouvé sa dignité. Il s’agit de prendre les parties une à la fois, la recette est simple. Et de multiplier les efforts à chaque présence. Comme le fait le jeune Gallagher. Ses coéquipiers suivent de plus en plus son exemple.