Je sentais toute la fragilité dans son témoignage.

 Le 22 juin dernier, Diane Dumas perdait l’un de ses deux fils dans un tragique accident de moto à Québec. Le choc fut terrible. Elle le reconnaît, la perte d’Anthony, 24 ans ne cesse de la hanter.

 Au moment de l’entrevue, quelques jours après l’anniversaire de naissance de son fils le 20 novembre, Diane venait de se faire tatouer un colibri sur une jambe et un cœur sur l’un de ses poignets qu’elle embrasse régulièrement en sa mémoire. Elle arborait un collier avec un pendentif contenant ses cendres. Elle endossait même l’un de ses chandails.

 « À la maison, j’ai installé une photo de lui dans chacun des appartements. »

 

À chacune de ses courses, Diane ferme les yeux et pense à lui.

 

Assurément pour elle, la course à pied représente un antidépresseur. Elle court quatre fois par semaine. « Ces sorties deviennent une échappatoire, un exutoire, une cure de bien-être, une source de réconfort, de force intérieure et d’introspection qui m’évite de sombrer dans une peine immense. »

 Elle a écrit : « Je cours pour lui, pour moi, pour apprendre, pour mieux comprendre, pour me défouler, méditer, oublier, m’amuser, trouver la paix intérieure, sortir la peine de mon cœur. Mais par-dessus tout, courir pour honorer la mémoire de mon fils. »

 Elle affiche un calme désarmant mais ne cache pas que parfois, malgré les apparences où elle peu paraître au dessus de ses affaires, il lui arrive de se rouler en petite boule dans sa maison. « Toutefois, j’ai besoin d’en parler ce qui me permet d’évacuer. »

 

Olivier, son autre fils, réside à Toronto, là où elle va courir son premier marathon en 2019.

 

Diane, qui est la sœur de l’humoriste Alain Dumas, court depuis six ans. Dieu qu’elle aurait souhaité qu’Anthony s’initie à la course à pied. Éprouvant des problèmes de consommation, on se doute bien que cette discipline ne se retrouvait pas sur sa liste de priorités. « Je crois cependant qu’il était fier de sa maman. Aujourd’hui, il m’inspire et m’incite à me dépasser. Moi qui à mes début ne voulait pas courir plus que 5km, voilà qu’après six 21km, je me suis inscrite au marathon de Toronto pour octobre 2019. »

 Elle va le faire pour lui en compagnie de trois de ses amies, Mylène Daneau, Christine Maheux et Isabelle Théroux qui formeront le groupe Pink. Les quatre femmes, qui se retrouveront sous la tutelle de l’instructeur Sylvain Bibeau, courront chacune leur premier marathon à vie ! « J’ai l’impression que c’est un bel appui qu’elles veulent me procurer et je suis tellement heureuse de vivre cet événement avec elles ».

 

Depuis le départ de son fils, Diane s’est découverte un côté compétitif. Tout en me montrant son cœur, elle dit : « Le trou que j’ai là, ça m’a ralenti énormément. J’imagine qu’avec le temps, la situation va se replacer. » Elle a même rendu visite à un médium quelques semaines après le décès.  « Il m’a dit qu’Anthony n’avait pas encore traversé le couloir qui mène à la lumière, moi qui croyait qu’il se trouvait déjà au chaud, flanqué du petit Jésus. »

 Olivier, 27 ans, l’autre fils de Diane, réside à Toronto. Voilà ce qui explique un peu le choix de l’endroit pour son premier 42km. « Heureusement, je bénéficie d’un beau support mais cela ne m’empêche pas d’être parfois envahie par une grande tristesse. Dans de tels moments, j’aurais le goût de le rejoindre », nous confie celle qui aura 53 ans le 7 février prochain.

 « J’ai toujours aimé la vie et j’imagine que notre façon de la traverser nous prépare à combattre ces épreuves. Mon cœur de mère a été coupé en deux. Je dois travailler fort pour ne pas arrêter. » Elle précise que sa famille la supporte énormément dans son deuil.

 

Une photo qu'elle conserve précieusement.

 

Elle peut parler pendant des heures de course à pied et de ses quatre chiens, Tango, Zora, Candy et Philou qui lui procurent beaucoup de bonheur. Son mari, Jean Delisle, un conseiller en sécurité financière pour qui elle travaille comme adjointe, comble sa vie. « Sans sa présence, je me demande sérieusement comment j’aurais fait pour vivre ce cauchemar. »

 Elle a lu à quelque part que ce n’est pas tout le monde qui peut courir un marathon ! On sent qu’elle en aura besoin car ce commentaire démontre qu’elle doit renverser la vapeur.

 Et ce soir, elle dormira dans son lit avec la doudou d’Anthony.

Son mari Jean Delisle lui est indispensable pour traverser cette épreuve.