Je croyais avoir fixé le rendez-vous à 10h30 au café Morgane à Trois-Rivières. Arrivé sur les lieux à 10h, je me disais à l’avance lorsque j’ai réalisé que nous devions nous voir à 9h30 ! Il m’a attendu et est reparti. Je constatais les dégâts sur place quand simultanément, il m’a avisé qu’il y retournait et ce, sans que j’aie eu le temps de réagir et surtout de m’excuser.

 Une fois arrivé, je crois que je ne lui ai même pas dit bonjour. Je tenais à m’excuser rapidement, tellement j’étais indisposé.

 Quelle grandeur d’homme ! Voilà un exemple qui situe admirablement bien la personnalité de Patrick Charlebois. Il est plus qu’un coureur hors-pair.

 Depuis son 2e miracle, soit celui d’enligner dix marathons sur les dix provinces canadiennes en dix jours, il flotte sur un nuage. D’ailleurs, nous venions à peine d’amorcer l’entrevue que François Blanchet, un ex-politicien de la région, qui travaille à Radio-Canada, l’a reconnu. Il voulait le féliciter.

 

Une belle rencontre pour Patrick, Jessie, la nièce de Terry Fox.

 

Partout où il va, on le reconnaît, on prend le temps de le complimenter.

 « Je reçois des témoignages incroyables. Comme cette femme qui m’a raconté que j’ai sauvé son mariage ! Vous imaginez. Je ne m’attendais pas à ce genre de réaction. Une femme autochtone est venue pleurer dans mes bras en guise d’admiration ! Ça me touche énormément. Je recueille tellement de messages via les réseaux sociaux. Je tente du mieux que je peux d’y répondre adéquatement. »

 Plusieurs personnes croient que Patrick ne fait que courir. « Je suis avant tout un père de famille qui doit travailler. Je recherche l’équilibre. J’ai eu de la misère à céduler mes vacances estivales à cause des projets. Je sais que cette réaction sera éphémère ».

 

Fiston William, fier des réalisations de papa.

 

Là-dessus, je ne suis pas tout à fait d’accord.

 Quand on parle avec lui, il ne considère pas si exceptionnel de courir autant en si peu de temps. « On peut courir dix marathons en dix jours en 4h00 ou 5h00 », croit-il. Personnellement, je n’en connais pas.  Et c’est sans compter les contraintes logistiques.

 Puis, voilà qu’une femme intervient. Tout en le saluant, elle lui envoie des éloges.

 « Je me suis payé un beau « trip ». L’appel de Darry Fox (le frère de Terry) avant que je parte fut hallucinant. Ma confiance a augmenté au fur et à mesure du projet. J’ai même pris le temps de signer mon livre en courant à Montréal ! »

 

Certes le point culminant de cette belle aventure avec la conclusion en compagnie du frère de Terry Fox, Darry.

 

Lors de son intervention, M. Blanchet lui a parlé d’attitude. Effectivement, car ça prend tout un moral quand on court dans un champ de patates à l’Île-du-Prince-Édouard aux petites heures du matin ! » Il considère celui de Montréal comme un cadeau. Il ne l’a pas réalisé à cause de l’appui des gens. Il parle de Michel Robitaille, un ingénieur de Montréal qui appartient au Grand Slam Club, ceux qui ont couru sur les sept continents avec en bonus, le Pôle Nord. Il désirait lui aussi imiter Patrick mais sur dix mois. Il l’a rejoint pour l’accompagner à Winnipeg, Régina et Calgary et ainsi terminer plus rapidement son projet. Lui aussi le faisait pour rendre hommage à Terry Fox.

 Son meilleur temps, Calgary, 2h56 et son chiropraticien qui l’accompagnait à chaque fois pour les derniers kilomètres n’a jamais été en mesure de le suivre !

 Au moment d’écrire ces lignes,  33,000$ en dons avaient été générés par cet exploit. « C’est dur pour le corps », admet-il. Il ajoute : « Des marathons successifs, j’ignore si j’en ferai d’autres. Les enfants, ne faites surtout pas ça à la maison », lance-t-il à la blague.

 

 

Lors des déplacements en avion, Patrick en profitait pour soigner ses petits bobos.

 

La réaction des jeunes l’étonne. Nombreux lui ont écrit pour le remercier de leur avoir fait découvrir Terry Fox. « Mon fils doit d’ailleurs présenter un exposé oral aujourd’hui sur Terry Fox. » On s’entends-tu pour dire que fiston bénéficie d’un papa exceptionnel.

 C’est fabuleux ce qu’il est parvenu à faire. « Avant de quitter, je disais à mon épouse que je me considérais à 60% de ma capacité physique. Elle m’a répondu : Terry Fox était loin du 100% lui aussi. J’ai avalé de travers et je n’ai plus jamais regardé derrière. Un marathon par jour sur une jambe et avec un cancer, c’est vrai que ce n’est pas tout le monde qui peut faire ça », précise Patrick.

 Ce dernier adore courir. « Je suis loin d’être écoeuré. Je voulais même en courir un 11e au terme de mon périple. Hier, je suis allé à Montréal pour le baseball de mes fils. J’ai couru entre les deux rencontres afin de décrasser la machine. Aujourd’hui, je me sens bien. » Le pire, c’est qu’il est rentré à la maison à 2h dans la nuit !

 

Michel Robitaille a accompagné Patrick pour les marathons de Winnipeg, Régina et Calgary.

 

Il dit avoir appris à courir sous la douleur. « J’entre en transe ». Un peu comme il a fait dans le champ de patates. Il a même chuté, il s’est éraflé la peau et a brisé son cellulaire à Calgary. Son frère lui a dit qu’il ne le considérait pas fou d’avoir couru dix marathons en dix jours dans les dix provinces mais plutôt d’avoir greffé le marathon du Bleu Nose en Nouvelle-Écosse tellement il est difficile.

 Maintenant, les projets fusent.  « J’ai des conférences jusqu’en avril 2019, particulièrement à l’échelle coopérative. Pas question d’un autre bouquin car il manque de temps.

 Rien ne peut arrêter cet homme, même quand on arrive en retard pour un rendez-vous avec lui !

Un gentleman sur toute la ligne. Malgré ses prouesses, il ne change pas d’un iota.

Un p'tit selfie pour terminer l'entrevue !