Est-ce qu’une Coupe Stanley consoliderait la place de Joe Thornton dans le classement des meilleurs joueurs dans l’histoire de la LNH? Est-ce si important, primordial? De très grands joueurs n’ont jamais bu le champagne à même le trophée de Lord Stanley. Regardons-nous les gagnants de la Coupe Stanley d'une manière différente? En bout de ligne, qu'on le veuille ou non, le magnétisme de ce trophée existe. Et l'histoire se rappelle toujours de ces champions du passé.

Quel est le meilleur joueur qui n’a jamais gagné la Coupe Stanley? On pose souvent la question. Les mêmes noms reviennent couramment. Parmi ceux-ci, il y a notamment Gilbert Perreault, Marcel Dionne, Jean Ratelle, Eric Lindros et Brad Park. Ils sont tous au Temple de la Renommée du Hockey, mais ils n’ont jamais soulevé le précieux trophée. Est-ce que cela vient altérer votre évaluation de ces grands athlètes. La réussite individuelle est importante, mais l’équipe doit gagner aussi.

Alors si le but ultime est de remporter la Coupe, la façon dont les joueurs performent lors des séries éliminatoires doit être prise en considération. Et gagner une Coupe Stanley peut être un avantage, le petit quelque chose qui fait la différence lorsque deux joueurs présentant des dossiers similaires.

Marcel DionneSource: Getty Images
Légende: Marcel Dionne

Petite précision

Soyons logique ici. Lee Fogolin (Oilers), Gary Howatt (Islanders), Jim Roberts (Canadiens) et Derek Sanderson (Bruins) ont gagné la Coupe Stanley. Mais les bonhommes que j’ai mentionné plus haut ont été de meilleurs joueurs au niveau des habiletés individuelles, tout en étant privé de la Coupe Stanley. Au basketball, certaines mauvaises langues disent, avec sarcasme, que Robert Horry, qui a remporté sept championnats, est supérieur à Koby Bryant et ses cinq titres. Ce genre de commentaires n’a aucun sens, et a pour but de simplement faire dérailler la conversation. On se penche aujourd’hui sur le classement des meilleurs des meilleurs, et de l’importance de la Coupe Stanley.

Un dossier impressionnant

Revenons à Joe Thornton. En 21 saisons dans le circuit Bettman, le centre de 39 ans a amassé 1478 points en saison régulière. Il est le meilleur fabriquant de jeux actif avec 1065 assistances (8e dans l’histoire de la ligue). Côté durabilité, seulement Patrick Marleau (1657) a joué plus de matchs que Thornton (1566) depuis le début de la saison 1997-98. Et malgré les multiples ratées des Sharks au fil des ans au cours des séries éliminatoires, Thornton présente une fiche de 130 points en 175 matchs. Il a remporté le Hart, le Art Ross et a été choisi sur les Équipes d’Étoiles. Alors, avec une feuille de route aussi bien garnie, est-ce que Joe Thornton doit gagner la Coupe Stanley pour recevoir les mêmes éloges que Guy Lafleur, Mario Lemieux ou Sidney Crosby? Soyons honnête ici.

Le fameux «mais»

Il y a toujours un «mais» lors de la compilation des classements des meilleurs joueurs, ou lors des débats. Et si Thornton ne remporte pas la Coupe Stanley, ce fameux «mais» va réapparaître lorsqu’il sera comparé à Wayne Gretzky, Phil Esposito, Mike Bossy, Steve Yzerman ou Joe Sakic. On parlera en bien de Thornton, tout en rappelant ses faits d’armes. Cependant, l’absence de la Coupe reviendra inlassablement. C’est toujours le cas. La réussite en séries d’après-saison pèse lourd dans l’évaluation des plus grands joueurs. Raymond Bourque a attendu 22 saisons avant de gagné la Coupe. Déjà étiqueté comme l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire de la ligue, la Coupe Stanley a été pour lui la consécration ultime, avant de faire son entrée au Temple de la Renommée du Hockey. Même s’il est le 8e pointeur dans l’histoire de la LNH (1579), et le meilleur chez les défenseurs, le «mais» aurait suivi Bourque s’il s’était retiré sans la Coupe Stanley. Il avait besoin de celle-ci pour se retrouver dans le même groupe que Denis Potvin, Larry Robinson et Nicklas Lidstrom. Le «mais» ne s’applique donc pas à ce défenseur qui n’a jamais connu de passage à vide en deux décennies.

Raymond BourqueSource: Getty Images
Légende: Raymond Bourque

Guy Lafleur - Marcel Dionne...Joe Thornton - Marian Hossa

Une carrière sans Coupe Stanley, placera Joe Thornton dans la même catégorie que Marcel Dionne. L’ancien centre des Kings de Los Angeles s’est souvent retrouvé face à Guy Lafleur dans le jeu des comparaisons. Repêchés en 1971, les deux joueurs ont eu des carrières époustouflantes. Et si Dionne (1771 points) présente un meilleur rendement en saison régulière que Lafleur (1246), le Démon Blond a le mérite d’avoir produit durant les éliminatoires. Et c’est un point qui revient toujours lorsqu’on compare les deux athlètes. Guy Lafleur a gagné cinq Coupes Stanley, Dionne aucune.

Choisi au tout premier rang en 1997, Thornton doit pour sa part vivre avec la présence de Marian Hossa. Sélectionné au 12e échelon par les Sénateurs, le joueur tchèque a remporté trois Coupes Stanley. Et comme dans la comparaison Lafleur-Dionne, le joueur sans Coupe possède de meilleurs chiffres en saisons régulière (Thornton 1478 points, Hossa 1134). Quand on regarde froidement les deux dossiers, celui de Thornton est plus reluisant. Mais Hossa, comme Lafleur avant lui, a joué de très gros matchs en séries, et a été un rouage important de trois conquêtes de la Coupe Stanley.

Le magnétisme de la Coupe Stanley

Gagner la Coupe Stanley fait une différence dans notre perception des joueurs. Notre société aime les gagnants. On traite différemment ceux et celles qui ont eu du succès, et ce dans toutes les sphères de la société. Le fait de gagner opère un magnétisme indéniable sur la population. Et le monde du sport n’y fait pas exception.

Alors, est-ce que Joe Thornton doit gagner la Coupe pour assurer son statut? Sera-t-il qualifié de grand joueur, gagnant de la Coupe Stanley, ou d’un très bon joueur avec un «mais» à son dossier?

La Coupe StanleySource: Getty Images
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