Je n’ose jamais donner des conseils.

 Parfois, les gens vont me poser des questions à cet effet. Où ? Comment ? Pourquoi ? Je les ramène rapidement sur terre. Je me sens mal à l’aise. Qui suis-je pour indiquer le chemin à prendre ?

 Cette attitude découle assurément de la mentalité que j’ai toujours préconisée dès le début où j’ai lacé mes premiers souliers de course. À ce moment, je savais que je ne disposais d’aucun talent dans les sports, y compris la course à pied. Alors, pourquoi vouloir pousser la machine quand tu es limité ?

 

Rapidement, j'ai réalisé mes limites à la course à pied. Je n'ai pas insisté.

 

Il faut prendre conscience de nos capacités et accepter la situation. Je cours parce que cette expérience me procure un bien-être que je ne peux retrouver ailleurs et de façon aussi régulière. Et comme me confiait une personne récemment, ça ne coûte rien.

 Loin de là mon intention de dénigrer ou d’abaisser les connaisseurs, ceux qui prodiguent des conseils. Des conseils pourquoi ? Pour aller plus vite ? Pour battre des records ?  J’ai connu et je connais plusieurs élites dans la course à pied et vous seriez surpris de constater que ces gens là n’ont jamais été conseillés. Comprenez-moi bien, je ne parle pas ici des exceptions, ceux et celles qui représentent leur province, leur pays. Je parle de la population dans son ensemble, monsieur et madame tout-le-monde.

 Ils n’ont jamais senti le besoin d’écouter l’un ou l’autre. Rapidement, ils ont compris qu’ils devaient tout simplement exploiter leur talent et dans la course à pied, rien n’est tellement compliqué.

 

Le temps importe peu, l'important est de terminer.

 

Toutefois, j’aime raconter mes anecdotes vécues lors de mes marathons car vous comprendrez qu’en 24 ans, il s’en est passé des choses. Voilà, je me limite à cet aspect.

 Je l’ai déjà écrit, je cours comme un pingouin. J’ai réussi à me classer pour Boston sur la limite parce que j’ai poussé davantage et du même coup, joué avec le feu. Et je vous ferai remarquer que dans les trois marathons où j’ai obtenu mes temps de qualification, je n’ai ressenti aucun plaisir.

 J’adore accompagner les gens qui courent leur premier marathon. Jamais, au grand jamais, je ne leur dis comment gérer leur défi. J’estime que c’est chacun pour soi et qu’il faut respecter cette règle. Je les encourage, je les supporte mais jamais je vais leur dire comment faire. Si j’osais et si ça ne leur conviendrait pas, qu’est-ce que ça donnerait ?

 

Le plaisir de courir avec des amis en profitant du moment présent.

 

En course à pied comme dans la vie en général, je réserve toujours une place de choix au respect. Chaque adepte qui pratique la course à pied possède ses limites, son approche, son mental, son plaisir, sa satisfaction et on ne doit pas nuire à leur attitude en général.  Quand on me pose des questions techniques, je les ramène vers eux car je n’ai pas la prétention de pouvoir supposément améliorer leur rendement global.

 Je me souviens qu’enfant, il m’arrivait parfois de me rendre au confessionnal parce que je n’avais pas le choix. Semble-t-il qu’il fallait que j’expie mes péchés. Aujourd’hui, la formule a pris une toute autre tournure. Quand je cours, j’ai comme l’impression que je peux expier mes péchés, particulièrement quand je traverse l’état de souffrance lors d’une présence à un marathon.

 Dans de tels moments, j’imagine que je suis en très mauvaise posture pour offrir des recommandations qui finalement,  reviennent à la responsabilité de tous et chacun.