Après avoir passé en revue les deux premiers trios, regardons maintenant les employés de soutien. Et même s’il est question des attaquants 7 à 12, Scotty Bowman pouvait avoir une confiance pratiquement aveugle envers ces deux dernières unités. La profondeur de l’équipe a toujours été indéniable. Les 3e et 4e trio en sont des preuves éloquentes. 

Comme je l’indiquais dans le texte sur les deux premiers trios, j’ai choisi l’édition 76-77 du Canadien pour l’exercice; oui, la saison des huit défaites! J’encourage d’ailleurs ceux et celles qui ont manqué la sortie du texte à se rendre sur ma page Grand Club du RDS.CA pour lire ce premier texte.

Si la  force de frappe du Canadien venait de ses deux premiers trios, la mission du 3e trio était, dans bien des cas, de changer le tempo d’un match. Et lorsque l’équipe se retrouvait en territoire hostile, l’apport du 3e trio prenait une toute autre dimension. Lorsque le regretté Fred Shero envoyait sur la glace le trio Shultz-Kindrachuk-Saleski, Bowman pouvait compter sur Lambert-Risebrough-Tremblay. Et Don Cherry pouvait être certain de voir s’amener le trio de Risebrough s’il décidait d’utiliser Terry O’Reilly, Wayne Cashman, John Wensik ou Stan Jonathan. Et même chose si Roger Neilson faisait de même avec Dave «Tiger» Williams ou Pat Boutette. Sans parler d’une contribution démesurée, ce 3e trio a été d’une grande importance alors que le Canadien empilait les Coupes Stanley.

Soulignons aussi que le fait que le tricolore de l’époque avait sur son 4e trio un futur membre du Temple de la Renommée est rarissime dans l’histoire de la LNH. L’unité Gainey-Jarvis-Roberts pouvait embourber n’importe quel trio adverse. Rappelons-nous que Bowman avait assigné Gainey, qui sera intronisé parmi les immortels du hockey en 1992, à la couverture de Bobby Clarke lors de la finale de la Coupe Stanley de 1976. Le récipiendaire du trophée Hart avait été limité à seulement trois passes alors que Gainey le suivait comme son ombre!

Je rappelle également que les comparaisons avec les joueurs d’aujourd’hui n’ont rien de scientifique. Vos choix sont tout aussi valables que les miens. Vous remarquerez qu’il est difficile de trouver des comparables pour les deux derniers trios. Je vous encourage à laisser justement vos choix. C’est propice à la discussion. Alors on y va!

Houle, Lambert, Risebrough et Tremblay, Mondou, Lafleur, Shutt et Lupien sur le point de célébrer une autre conquête de la Coupe StanleySource: Associated Press
Légende: Houle, Lambert, Risebrough et Tremblay, Mondou, Lafleur, Shutt et Lupien sur le point de célébrer une autre conquête de la Coupe Stanley

3e TRIO (Le trio parfait pour changer le tempo d’un match)

YVON LAMBERT (ailier gauche) comparable : Jonathan Huberdeau

Lambert se servait de son physique allègrement pour sortir du coin de patinoire avec la rondelle. Il a 6 saisons de 20 buts avec le tricolore. Et ses batailles devant le filet adverses sont entrées dans la légende de la Sainte-Flanelle! Il arbore les marques des coups de bâtons de Billy Smith, Mike Palmeeter et Gerry Cheevers.

Salaire : 6 millions

DOUG RISEBROUGH (centre) comparable: Max Domi

Le joueur le plus dérangeant du Canadien, Risebrough pouvait faire face à la musique, et marquer dans certaines situations. Il valait son pesant d’or au Spectrum de Philadelphie.

Salaire : 3 millions

MARIO TREMBLAY (ailier droit) comparable : TJ Oshie

Le joueur est loin d’avoir la fougue de Mario, mais les deux ont des similitudes en attaque. Le Bleuet Bionique a quatre saisons de 30 buts en carrière. Sa fougue faisait de lui un élément important dans l’alignement. Il a jeté les gants face André «Moose» Dupont, Dennis Polonich, Bryan Watson, Terry O’Reilly, etc.

Salaire : 5,7 millions

Bob GaineySource: NHL.COM
Légende: Bob Gainey

4e TRIO (Le trio des missions spéciales)

BOB GAINEY (ailier gauche) comparable : Kris Kreider

Si Guy Lafleur avait la reconnaissance de ses pairs pour son excellence en attaque, personne n’arrivait à la cheville de Gainey en défensive. Viktor Tikhonov, l’entraîneur chef de la célèbre équipe de l’Armée Rouge, l’avait qualifié de meilleur joueur au monde. Bon, il est possible que Viktor ait exagéré un peu! Mais Gainey a été le couvreur de plusieurs futurs membres du Temple de la Renommée (Clarke, Perreault, Ratelle, Dionne, Mikita, Sittler, etc.). Il a aussi reçu le trophée Selke quatre années consécutives. Il était l’homme de confiance de Bowman pour ces missions particulières.

Salaire : 4,5 millions

DOUG JARVIS (centre) comparable : Nick Bonino

Il a été l’un des meilleurs des années 70’ dans le département des mises en jeu. Toutefois, les centres strictement défensifs sont rares dans le hockey d’aujourd’hui. Jarvis a marqué seulement 42 buts de 1975-1979. Sa présence avec le Canadien n’avait rien à voir avec le fait de marquer des buts. Bonino, qui a également joué sur le 3e trio à Pittsburgh, en a inscrit 54 depuis le début de la saison 2015-16. Ce sont des joueurs qui ne font pas de vague, tout ayant un rôle bien précis.

Salaire : 4 millions

JIM ROBERTS (ailier droit) comparable : Alex Iafello

À l’instar de ses compagnons de trio, Roberts doit sa présence au sein de la dynastie du tricolore à ses habiletés défensives. Il était même utilisé à la ligne bleue en cas d’urgence. La saison 76-77 a été sa dernière avec le Canadien. Il avait inscrit seulement 5 buts en 42 matchs. Il n’a jamais parqué plus de 14 buts en une saison. Mais le fait de jouer pour Montréal augmentait sa valeur.

Salaire : 1 million

*RÉJEAN HOULE (13e attaquant) comparable : Mats Zuccarello

Dans le cas de Réjean Houle, les amateurs doivent oublier ses erreurs dans le fauteuil de directeur général. Réjean Houle a été un joueur fiable et polyvalent lors de cinq conquêtes de la Coupe Stanley. Il pouvait joueur sur les deux ailes, et faire des apparitions en désavantage numérique. Il a accumulé 48 points en 90 matchs des séries éliminatoires.

Salaire : 4,5 millions

Si, dans notre exercice hypothétique, Geoff Molson a dû débourser une somme colossale (62,5 millions) pour les deux premiers trios, les deux derniers n’ont pas été synonymes d’aubaines. Le propriétaire a reçu une facture de 28,2 million pour ses deux derniers trios. Les équipes championnes ont toujours eu recours à des joueurs de soutien. Le Canadien de Sam Pollock possédait ce genre de personnel, qui était possiblement le meilleur de la ligue.

Dans la dernière partie de notre fascinant dossier, j’aborderai la brigade défensive et les gardiens de buts. Pour avoir parlé au fil des ans avec plusieurs confrères qui couvraient le Canadien des années 70’, c’est à ce niveau que l’équipe se démarquait de ses adversaires.