Belichick ou Brady? Là est la question! Tout le monde veut identifier le grand responsable des succès des Patriots depuis 2001. Et si c’était Robert Kraft? Comme propriétaire de l’équipe, son rôle a toujours été effacé. Son influence sur les stratégies offensives et défensives du groupe d’entraîneurs de Bill Belichick semble inexistante. Mais lorsqu’on prend le temps de regarder l’homme, on s’aperçoit que sa personnalité a contribué énormément au succès de son équipe. Pouvons-nous dire qu’il a compris son rôle dès le départ? Si c’est le cas, d’autres propriétaires devraient prendre en exemple son attitude afin d’éviter la catastrophe.

Le débat anime les panels de discussions depuis des années. Certains croient que Belichick serait depuis longtemps à la retraite sans Tom Brady. D’autres estiment que le quart-arrière n’aurait jamais remporté cinq Super Bowls sans la présence de son entraîneur-chef qui avait misé sur lui au 199e rang du repêchage de 2000. Mais tout ce débat sonne faux. Pour moi, le grand responsable doit être Robert Kraft. Il a presque toujours épaulé Belichick dans ses décisions. Est-ce que vous pensez vraiment que tous les propriétaires agissent de la sorte? Les propriétaires qui veulent jouer à l’entraîneur-chef, qui font de l’ingérence dans le livre de jeux sont nombreux. Ils n’hésiteront pas à agir sous le coup de l’émotion, de la frustration et de la vengeance. Le regrétté Al Davis, qui a été à la tête des Raiders d'Oakland/Los Angeles pendant plus de 40 ans, contactait les entraîneurs durant le match.

DES PROPRIÉTAIRES QUI DÉRANGENT

Parmi ces propriétaires qui se mêlent des opérations football il y a Jerry Jones. Jones était, sur papier, le directeur général des Cowboys de Dallas à l’époque où Jimmy Johnson était entraîneur-chef. Mais c’est bel et bien Johnson qui contrôlait les opérations sur le terrain, les mouvements de joueurs et le repêchage. Le départ de Johnson, qui était extrêmement aimé de ses joueurs, le 28 mars 1994, s’explique par le fait Jerry Jones voulait prouver qu’il pouvait faire aussi bien, et même mieux, que Johnson. Les Cowboys venaient de remporter un second Super Bowl de suite. L’équipe avait la meilleure défensive de la ligue. Les Boys possédaient aussi une attaque redoutable. Les Cowboys étaient jeunes, fringants et bourrés de confiance. Le flair de Johnson avait permis d’amasser une impressionnante banque de jeunes joueurs. Mais l’égo de Jones a tout fait dérailler. Frustré de voir que Johnson recevait les compliments pour cette seconde victoire, il avait déclaré aux médias que 500 entraîneurs-chefs auraient remporté le Super Bowl avec une telle équipe. Il voulait ainsi diminuer le travail de son pilote. C’est pourtant Johnson qui avait tout mis en place pour une longue domination des Cowboys. Dans une entrevue à KTCK-AM 1310 Dallas en 2016, Jones avait déclaré : « J’ai perdu patience pour beaucoup de choses dans a vie, sans doute j’aurais dû avoir un peu plus de tolérance avec Jimmy Johnson».

Jones allait ensuite embaucher Barry Switzer pour combler le départ de Johnson. Et même si Dallas allait remporter un autre Super Bowl en janvier 96, rien ne sera plus aussi rose pour Jerry Jones. Dallas n’a remporté que quatre matchs éliminatoires depuis cette victoire au Super Bowl XXX.

Conférence de presse annonçant le départ de Jimmy JohnsonSource: PAT SULLIVAN AP ARCHIVES
Légende: Conférence de presse annonçant le départ de Jimmy Johnson 

Le propriétaire des Redskins de Washington, Daniel Snyder, est lui aussi enclin à se mêler des affaires football. Et si les Redskins ne sont plus l’équipe de jadis, il y a fort à parier que la réputation de Snyder a fait le tour de la ligue. Jim Irsay, le propriétaire des Colts d’Indianapolis, a cette manie également de mettre son nez où il ne faut pas. Il ne se gêne pas non plus pour faire des déclarations bizarres, et remettre en question le travail de ses entraîneurs. Il sera intéressant de voir comment il réagira avec le retour d’Andrew Luck.

DES PROPRIÉTAIRES QUI COMPRENNENT

À l’inverse de Jones, Snyder et Irsay, il y a Eddie DeBartolo Jr. Tout comme Robert Kraft, l’ancien propriétaire des 49ers de San Francisco a compris qu’il devait céder le plancher à Bill Walsh. Et à l’instar de Jimmy Johnson, Walsh avait un don pour dénicher le talent au repêchage. Si DeBartolo Jr. avait joué sur le terrain de Walsh, il y a fort à parier que ce dernier aurait quitté San Francisco. La famille Rooney est propriétaire des Steelers de Pittsburgh depuis le jour un de l’histoire de l’équipe, soit depuis le 8 juillet 1933. Et compte tenu que l’équipe n’a eu que trois entraîneurs-chefs au cours des 50 dernières années (Chuck Noll, Bill Cowher et Mike Tomlin), on peut en déduire que la famille Rooney a souvent laissé les entraîneurs-chefs travailler en paix. N’oublions pas également Pat Bowlen qui, pendant 30 ans, a laissé les hommes de football des Broncos de Denver s’occuper du produit sur le terrain.

LE RÔLE DE KRAFT A ÉTÉ PRIMORDIAL

Kraft, Belichick et Brady ont réussis à coexister depuis deux décennies. Les résultats sont historiques. Il est vrai qu’une fois Brady à la retraite, le succès ne sera plus aussi régulier. Même chose lorsque Belichick tirera sa révérence. Mais Kraft aura eu le mérite d’avoir laissé son homme de confiance faire le boulot.

Vous pouvez être en désaccord, et donner tout le crédit à Bill Belichick. Certains diront que seul Tom Brady mérite de recevoir les honneurs. Mais si vous croyez dans la théorie des dominos, le rôle de Robert Kraft est l’élément déclencheur de cette dynastie, de cette domination de la Nouvelle-Angleterre. Si Kraft avait eu la personnalité de Jerry Jones, de Daniel Snyder, l’histoire des Patriots en ce 21e siècle aurait très différente.