Perry Giannias est né et a été élevé à Laval.  Son sang est grec.  Ses cheveux sont noirs, son teint, olive.  Seule sa barbe poivre et sel trahit le début de sa cinquantaine.  Il carbure à deux passions: sa famille et ses Expos de Montréal. 

Ses yeux scintillent lorsqu’on lui parle des siens mais s’assombrissent aussitôt lorsqu’il est question de Catherine, qu’il surnomme tendrement Kat.  Sa nièce, Kat, avait cinq ans lorsqu’elle est décédée, en 2015, d’une forme de cancer au cerveau inopérable, le DIPG (Gliome infiltrant du tronc cérébral).  Écouter Perry raconter son histoire donne des frissons.  L’observer raconter la souffrance de la petite fait mal à l’âme.  Pour se consoler, Perry s’appuie sur son noyau familial.  Pour s’évader, il n’a qu’à descendre dans sa caverne d’Ali Baba, au palier inférieur de sa maison.  C’est là, qu’il conserve ses souvenirs des Expos.

 

Une collection unique

 

Des balles et des bâtons, comme on pourrait s’y attendre.  Mais aussi des chemises et des pièces d’équipement.  Un gant doré d’André Dawson.  Le plastron de Gary Carter à son dernier match à Montréal.  Une rangée d’estrades du défunt Parc Jarry.  C’est au milieu de ces trésors que Perry retrouve son équilibre, qu’il revit aussi ses amours avec ses Z’Amours.   Et c’est par centaine, qu’au fil des ans, il a acquis toutes sortes d’objets qui célèbrent l’histoire des Expos.  Ses Expos.

Jeune, Perry accumulait les cartes de baseball. Les autographes aussi.  C’est peu à peu qu’il est devenu collectionneur.  Mais c’est en 2004, lorsque les Expos ont quitté Montréal, que son passe-temps est rapidement passé en cinquième vitesse. "Une partie de moi s’est éteinte lorsqu’ils sont partis", incapable de cacher son chagrin.  "Je voulais m’entourer de choses auxquelles je pouvais m’agripper pour me rappeler mes héros d’enfance et célébrer les 35 années d’histoire de cette extraordinaire équipe".

Aujourd’hui, sa collection est à nulle autre pareille.  Ni dans la métropole, ni au Québec, ni même au Temple de la renommée !  Même le Musée Grévin et l’Hôtel de ville de Montréal lui réclament de ses pièces !  Et chaque item qu’il vous présente – il y en partout où l’on regarde – est accompagné d’une anecdote.  Comme cette valise qui a appartenue à Carter, munie d’une serrure à combinaison numérique que Perry n’avait jamais été capable de déverrouiller.  "J’étais au Stade olympique un jour qu’on allait honorer la mémoire de Carter, lorsque Kimmy, la fille de Gary, l’a reconnue dans ma main.  Amusée, elle l’a vite montrée du doigt à sa mère.  Après leur avoir expliqué que la valise était toujours demeurée barrée, Kimmy me lance que son père avait une affreuse mémoire des chiffres, positionne la combinaison à 8-8-8 et ouvre la valise d’un seul mouvement.  J’étais rouge d’embarras !  Huit-huit-huit, j’aurais dû y penser", s’exclame-t-il en poussant un rire du cœur. 

Il y a aussi la chemise que portait Rusty Staub à son retour à Montréal en 1979.  "C’était un beau soir de juillet, un vendredi.  Les Pirates étaient en ville pour disputer un programme double ce soir-là.  Acclamés par la foule – plus de 55 000 spectateurs – Rusty et les Expos avaient perdu les deux matchs", se rappelle-t-il, la frustration encore accrochée à sa voix.

 

Joindre l’utile à l’agréable

  

Des articles, il en possède de chaque page de la précieuse histoire des Expos.  Certains seront en montre, ce dimanche à Montréal, à l’occasion d’ExposFest, un événement bénéfice que Perry a mis sur pied l’an dernier avec les membres de sa famille.   D’anciens joueurs y seront aussi.  Le rassemblement coïncide avec la fête de baseball qui met en vedette les Blue Jays de Toronto et les Pirates de Pittsburgh, à Montréal en fin de semaine pour y disputer deux matchs hors-concours.  Surtout, la journée célèbre l’enfance, la famille et, bien sûr, ses Expos, nos Expos.  Elle fournit aussi l’occasion de contribuer à une cause très chère à Perry.  C’est ainsi que tous les fonds que générera l’événement – jusqu’au dernier dollar – seront versés à la Fondation Catherine Demes qui appuie la recherche sur la maladie qui a emportée Kat.

 

Le DIPG et ses ravages

 

Dans leur vie de tous les jours, Perry et son épouse exploitent un service de garderie.  C’est dans leur établissement qu’un jour, il s’est aperçu que sa nièce avait un œil qui sautillait.  "Lorsqu’on est entouré d’enfants de l’âge de Kat, c’est un phénomène qu’on rencontre à l’occasion.  On suggère aux parents de consulter un opticien et généralement la situation se corrige assez facilement", Perry explique-t-il.  Or, Kat n’aura pas été aussi chanceuse.  Son problème, se sont fait expliquer ses parents, n’était pas d’ordre optique, qu’il s’agissait plutôt d’une condition neurologique et qu’il fallait consulter.  Peu après, le diagnostic dévastateur est tombé : une tumeur se logeait dans une partie du cerveau de Kat essentielle à plusieurs fonctions, nommément le battement de son cœur, sa respiration, sa vision et son équilibre.  Kat n’avait plus que neuf mois à vivre et c’est ainsi que le monde de Perry et de sa famille a complètement basculé.  "Perdre un enfant cause une douleur indescriptible.  Ce qui me ronge, c’est qu’il n’y a, pour le moment, aucune solution, pas de traitement ni de remède pour vaincre cette maladie maudite !  Que faites-vous lorsqu’on vous dit qu’au mieux, on pourrait prolonger de quelques mois la vie d’une petite fille de cinq ans pour lui permettre de voir Disneyworld ?   Que faites-vous lorsqu’un enfant perd sa vision, n’arrive plus à marcher, n’arrive plus à manger ?", demande Perry, le ton défait. 

 

Une cause personnelle

 

Ce coup masse survient à un moment de sa vie où Perry assiste à la fin de vie de sa belle-mère.  Il est également victime d’une crise cardiaque seulement trois jours avant le décès de sa nièce.  En apprenant la condition de Kat, les appels se multiplient partout à travers l’Amérique du Nord.  Rien n’y fait.  Un centre réputé des États-Unis à Memphis répond même qu’il ne sert à rien d’y emmener la petite.            

Dans pareilles circonstances, le deuil de Kat est pénible et les soirées dans son sous-sol, nombreuses.  Les Grecs, m’avoue Perry, sont des gens émotifs.  C’est pendant une de ces escapades dans son univers des Expos que l’idée germe. "Nous voulions faire de Kat une star ; c’est mieux que de la pleurer jusqu’à la fin de l’éternité.  Nous voulions célébrer sa vie, et ce qu’elle aurait pu devenir".  En utilisant les liens de collectionneur qu’il avait tissés avec d’anciens Expos, la formule d’ExposFest est née. "Ellis Valentine, mon héros d’enfance, est le premier joueur à qui j’ai lancé un appel à l’aide.  Sa réponse a été rapide et vive d’enthousiasme.  Il m’a également permis d’entrer en communication avec d’autres anciens joueurs.  À mes yeux, organiser un événement de cette nature constituait la meilleure façon à laquelle j’avais pensée pour perpétuer la mémoire de Kat."

Jusqu’ici la Fondation Catherine Demes a recueilli plus de 140 mille dollars en un peu plus d’un an.  "Nous voulions d’abord sensibiliser les gens à une maladie qui s’attaque le plus souvent à de jeunes patients âgés entre cinq et neuf ans.  Comme la recherche sur les cancers infantiles manque cruellement de financement, nous voulions aussi aider les spécialistes à poursuivre leur travail.  Notre modeste contribution ne nous ramènera pas notre petite Kat, nous en sommes conscients.  Mais peut-être qu’un jour une percée médicale permettra de vaincre le DIPG.  Peut-être qu’un jour, nous aurons évité à d’autres parents le cauchemar que nous avons vécu". 

 

Une histoire de famille

  

La fête familiale de dimanche réserve aux jeunes une foule d’activités.  Pour les moins jeunes, la présence d’anciens joueurs constitue l’attrait indéniable qui fera rejaillir toutes sortes de souvenirs.  Tout comme l’an dernier, la formation sera aussi nombreuse qu’imposante :André DawsonDennis Martinez, Al OliverJeff ReardonRondell WhiteCliff FloydDavid PalmerÉric GagnéClaude Raymond et Bill Atkinson se joindront aux célébrations. À 74 ans, même Bob Bailey, un membre de la toute première édition des Expos, a lui aussi répondu présent !  Ils y seront pour échanger avec les partisans et signer des autographes.  "ExposFest, c’est une célébration qui honore ma nièce, la famille et les Expos.  N’est-ce pas ça, le baseball ?

Ils étaient cinq autour de la table de cuisine lorsque je suis arrivé à la résidence de Perry pour réaliser cette entrevue.  Il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait des membres de sa famille.  Lorsque nous sommes remontés de son sous-sol une heure plus tard, ils y étaient tous encore.  La scène était touchante.  À quelques jours de l’événement, on ne comptait plus les heures et on s’affairait à attacher les derniers fils.  Parce qu’ExposFest, c’est aussi une mission personnelle que mènent les Giannias et les Demes.  "Nous n’avons pas de conseil d’administration.  Le chef de la direction, c’est Kat.  Elle est la force derrière tous nos efforts."

Il y a de ces gens qui travaillent à l’insu du public et qui font du bien à la communauté.  Sans tambour, ni trompette, à l’ombre bien souvent, ils mènent le combat pour faire avancer une cause, pour améliorer le cadre de vie, pour faire progresser la société dans laquelle ils évoluent.  Perry et sa famille en sont.  De là-haut, Kat, coiffée d’une casquette des Expos, doit sûrement être très, très fière d’eux.  À juste titre. 

ExposFest se déroulera entre 10 h et 17 h ce dimanche, 2 avril à l’hôtel Plaza Centre-ville, 777 boul. Robert-Bourassa, Montréal.  Pour plus de renseignements, consultez le site officiel.