Les Jets semblaient avoir le feu dans les bottes, spécialement après le premier affrontement de cette série, mais les Golden Knights ont finalement eu le dessus lors des matchs numéro deux et trois. Ces deux équipes, elles qui participent à une demi-finale pour la première fois de leur histoire, nous offrent un spectacle digne d’une future programmation à ESPN Classics, à visionner par un beau lundi après-midi en 2025. Cela dit, les duels épiques ne sont jamais pris en considération lors de la sélection des prochains membres du Temple de la renommée. Pour un, Mario Lemieux attirait à lui-seul plus d’engouement médiatique que la game elle-même et Wayne Gretzky, dans son cas, profitait d’un plus grand temps d’antenne que Donald Trump à Fox News – ce qui n’est pas peu dire. Plus grand que nature, qu’on vous dit.

Pourquoi pas? Être élu au Panthéon de la renommée est l’accomplissement le plus honorifique du Hockey, et le prix à payer afin d’y entrer ne se monnaye pas contre une claque et une bottine, ni après s’en être sorti simili-vivant d’un furieux combat versus Bob Probert ou Tie Domi. Bivouaquer avec le titre de joueur le plus utile à son équipe n’est parfois point suffisant afin de vous offrir un billet d’entrée. Prenez le jadis électrisant Alexander Mogilny, par exemple. Il s’est échappé de justesse des filets du KGB en 1989; il a risqué sa vie au profit d’une carrière de hockeyeur en Amérique du Nord. Du coup, comme plusieurs patineurs russkofs de cette époque, Mogilny a fait grouiller les cordages des filets adverses à un rythme effarant. En 16 saisons, il fut l’un des rares fusilleurs à atteindre le plateau des 1000 points en moins de 1000 rencontres (473 buts et 1032 points en 990 matchs). Il a de plus soulevé l’Urne de Lord Stanley une fois et il a amassé une pléiade de médailles d’or sur la scène internationale – hélas, il n’a toujours pas été intronisé.

Comme le dit l’adage : plusieurs sont appelés, mais très peu sont élus vers ce club select; et c’est exactement ainsi que ça doit fonctionner. Par contre, si ce n’était que de moi, je laisserais entrer Claude Lemieux au Panthéon – tapis rouge (sang?) pis toute. Il fut un réel morpion au cul de ses rivaux lors des duels éliminatoires. Lemieux a amassé 80 buts et 158 points en 234 matchs en séries et, en 1995, il fut un instrument indispensable lors du championnat des Devils du New Jersey, lui qui avait d’ailleurs reçu le trophée Conn Smythe (remis au joueur le plus utile). Pépé Lemieux nous a également offert des moments inoubliables dans l’histoire du hockey : il avait littéralement jeté le feu aux poudres lors de cette fameuse rivalité entre l’Avalanche et les Red Wings. Il a sacrifié son corps sans borne aux profits de ses coéquipiers et il a soulevé quatre fois la Sainte Coupe. Mais il n’a jamais pu se rendre au Brookfield Place… tout comme mon clavier d’ailleurs, mais bon, pis après?

J’ai gagné un paquet de frics grâce aux Golden Knights de Las vegas, à date. Et je m’attends à en gagner d’avantage d’ici la fin ultime. Je suis un parieur et c’est la façon dont un parieur doit penser. J’ai en effet misé sur les Golden Knights afin de remporter la Coupe, et ce, depuis le jour un des séries éliminatoires. Conseil d’un gambler rusé (on parle de Vegas, quand même), ne jamais miser sur les Capitals de Washington : ils seront toujours les éternels perdants, peu importe leur nombre de victoires en saison régulière. Mais c’est une autre histoire, et nous n’avons point le temps pour celle-ci cette semaine.

 

Ce qui nous amène à Marc-André Fleury, voire ce gardien qui fait écarquiller les yeux en forme d’amande par les temps qui courent, l’air de dire « oh vraiment? ». Il est le meilleur cerbère – par un considérable écart – des présentes séries, en plus de réaliser l’exploit dans les rangs d’une équipe d’expansion. En seulement 13 départs, l’homme masqué de Sorel affiche déjà quatre blanchissages – le record est de 7, réalisé par Martin Brodeur en 2003.

Mais si le blanchissage garantit la victoire, cette statistique n’est pas ce qui impressionne le plus dans son cas. Écoutez, il est présentement au neuvième rang de tous les temps au niveau de la moyenne des buts alloués (1,70) lors d’une seule et unique quête vers la Coupe chez les gardiens post-1980, et au huitième rang pour le pourcentage d’efficacité (94,5%). Tout cela, bien étonnement, malgré le fait que les Golden Knights possèdent l’étiquette d’équipe qui alloue le plus de tirs chez les formations en vie. Aussi, et surtout, que Fleury avait toujours été perçu comme un gardien qui s’effondrait en séries éliminatoires. Ah ça, ce n’est pas banal.

On se souviendra que cette réputation maudite de perdant avait d’ailleurs coûté ce qui semblait être un certain prix à Fleury, à l’époque. En effet, Pittsburgh l’avait alors largué tel un outil qu’on jette après usage et Vegas, ensuite, s’était aussitôt empressé de le ramasser lors du repêchage d’expansion. Pittsburgh avait donc décidé d’y aller de l’avant avec leur nouveau modèle; plus jeune, plus efficace : Matt Murray. Le hic, c’est que ce dernier vient de connaître la pire performance de sa jeune carrière en séries éliminatoires, n’enregistrant des départs de qualité que dans seulement 50% de ses matchs et, pire encore, frisant un terrible pourcentage d’arrêt de 91%. Rien pour écrire à sa mère; à son psychologue sportif plutôt! Malgré que Crosby et Guentzel soient encore les deux meilleurs pointeurs des séries à ce jour, les Penguins se retrouvent sur le vert. La bande de Mario Lemieux n’a eu aucun problème à placer des rondelles derrière la ligne du filet adverse; le problème fut de les garder hors de son propre but. Certains y vont du constat suivant : si seulement Pittsburgh avait gardé Fleury…

Il est vrai que la transformation de Marc-André Fleury a de quoi donner de l’urticaire aux dirigeants de Pittsburgh. Dans le passé, l’ancien premier choix au total de l’historique encan de 2003 avait conservé un pourcentage de 55% de départs de qualité en séries, alors que ce printemps, Fleury affiche un époustouflant 80% dans la colonne des départs de qualité. Du gros stock, rien de moins.

Au final, soyons francs, le Fleury qu’on a aperçu cette saison n’est pas du tout le Fleury du passé. Est-ce un clone amélioré par l’État? Allez savoir. Bref, celui-ci n’est pas simplement sur une bonne séquence. Non, les connaisseurs en technique de cerbère vous le diront : Fleury a modifié des aspects primordiaux à son arsenal et, depuis, il est quasi impeccable. Ce n’est pas qu’un simple moment de fortune qui, pour un bref instant, sourit presque accidentellement à un adepte de la table de Black Jack dans la ville du vice; cet athlète a complètement changé son approche et les résultats sont saillants à la puissance maximale.

Or, la question qui brûle les lèvres : est-ce que les Penguins auraient pu se rendre plus loin avec Marc-André Fleury devant leur cage? La réponse est : non. Pas avec le fantôme du Fleury passé. Oh oh. Et l’autre question qui vient en tête : si Fleury remporte la Coupe cette saison, bénéficiera-t-il ensuite d’un billet aller-simple seulement vers le Panthéon de la renommée? La réponse est : oui. Remporter la Coupe avec une équipe d’expansion, alors que vous étiez perçu comme un gardien en déroute, que vous détenez dorénavant des statistiques aussi impressionnantes et que la ville vous prend pour une divinité, une telle histoire représente du jamais vu. Il est temps de ramener Jean-Claude Van Damme à l’écran et d’en faire un film – bah oui, il est encore le seul acteur connu/capable de reproduire le grand écart de Flower.

En définitive, avec une telle tronche porte-bonheur, si Fleury soulève la prochaine Coupe à bout de bras, il deviendra de facto plus grand que nature. Autrement démoulé : ce sera le Panthéon assuré, paroles de Gonzo.

 

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