Je l’admire. Pas seulement comme athlète exceptionnel, reconnu mondialement mais également pour sa personnalité.

 Florent Bouguin représente à mes yeux plus que coureur.

 Lorsque je l’ai rencontré il y a deux ans, je m’abreuvais de ses réflexions. J’abondais dans le même sens que la philosophie qu’il défendait. Un gars terre à terre, un papa exemplaire, il m’épatait.

 Je ne pouvais passer sous silence sa dernière expérience.

 Hier (dimanche), il a abandonné la Diagonale des Fous. Ses commentaires rejoignaient la mentalité qu’il m’avait partagée lors de notre entretien.

 

Florent, victime de sa grande détermination.

 

« Je suis déçu. Je rends mon dossard. Cet échec était prévisible. Je partage afin que d’autres apprennent de mes erreurs », et c’est justement après cette phrase que l’envie d’écrire un texte sur ce comportement, m’est venue à l’esprit.

 On s’entend pour dire que l’impact de ses propos influence. Après tout, on parle d’une élite dans le monde du trail.

 « Un an avant la Diagonale, j’accumule les ultras, cinq en sept mois dont deux 100 milles. Je n’écoute pas les signaux de fatigue de mon corps ». Par conséquent, Florent encaisse une blessure à un ménisque. Forcément, il perd de l’agilité ce qui occasionnera une malencontreuse chute qui provoquera une deuxième déchirure au ménisque de l’autre genou et ce, deux mois avant la Diagonale.

 

Je partage afin que d'autres  apprennent de mes erreurs.

 

« J’ai tenté de rattraper ma dette de volume de dénivelé. Mes genoux ne plient plus, mes chevilles sont lourdes. J’essaie de me convaincre que je suis prêt avec en plus un objectif ambitieux. Alors, la Diagonale me rappelle, je me suis menti. Je n’ai ni le physique ni le moral. J’abandonne après 88km ».

 Florent s’est jeté dans les pattes d'un ours !

 Son examen de conscience est remarquable et vient démontrer qu’avec l’exagération, on court à sa perte.

 Victime d’une grande détermination, il doit payer la note aujourd’hui et il le reconnaît. Voilà ce qui l’honore. L’exemple qu’il espère démontrer s’adresse à plusieurs coureurs et malheureusement, je me retrouve sur cette liste.

 Après mon 100e marathon à Québec, j’ai déclaré ouvertement que je me devais de prendre un repos des marathons. Je reconnaissais en avoir couru trop au cours des trois dernières années (28) et que je méritais une pause nécessaire.

 

Ma rencontre avec Florent, il y a deux ans.

 

Or, quelques jours plus tard, je confiais à ma compagne que si je m’étais écouté, j’aurais aimé courir celui du Petit Train du Nord. Bien sûr, je ne pouvais m’inscrire car il était rempli depuis plusieurs semaines, mais la simple intention de vouloir y participer si la fenêtre aurait été ouverte, a traumatisé celle qui partage ma vie.

 À tête refroidie, elle m’a fait comprendre que je ne respectais pas ce que j’avais annoncé quelques jours plus tôt et que malheureusement, je me mentais… tout comme Florent a fait.

 Disons que le synchronisme de la constatation de Florent est venu approuver les recommandations émises par ma compagne. J’étais pourtant prêt à courir aveuglément le risque. Déjà que je pouvais me considérer chanceux d’avoir pu me rendre à ce 100e marathon sans subir un échec.

 Parfois, notre cerveau nous joue des tours. Sous l’influence de l’enthousiasme, nous pêchons trop facilement par excès de confiance.