Sa journée est rodée au quart de tour mais impossible d’anticiper les imprévus. Finalement, je me présente chez François Jarry sur l’heure du dîner. Les pirogues cuisent lentement dans la poêle. À 25 ans, (il les a eus le 17 décembre dernier), le vent dans les voiles, les journées défilent à un rythme effréné pour le coureur par excellence de la dernière année, choisi par la Fédération d’athlétisme du Québec.

 Situons-le. Ses temps de 1h07:08 au 21km et de 2h22:03 sur marathon décrivent bien l’athlète exceptionnel. Toutefois, il doit se pincer parfois pour réaliser qu’il ne rêve vraiment pas.

 Oui, il remportait les courses à la petite école mais se disait nul dans les autres sports. « J’ai joué au soccer et je crois avoir marqué plus de but dans mon propre filet que dans celui de l’adversaire ».

 

Un coureur déterminé à vaincre les obstacles.

 

Détenteur d’un baccalauréat en éducation physique, il terminera sa maîtrise à l’université McGill en juillet prochain. En fait, le sérieux de ce sport s’amorce avec son incursion au club d’athlétisme de l’endroit pour se retrouver avec l’équipe universitaire où l’on regroupe essentiellement les meilleurs.

 Actuellement membre du Club d’athlétisme Ville-Marie, il a tout simplement suivi les traces de son coach John Lofranco, celui-là même qui guide la destinée de Mélanie Myrand.

 « Maintenant, les résultats que j’obtiens demeurent dans la logique des choses. Je suis ambitieux. Je reconnais mon potentiel. Je suis heureux de constater que mon entraînement est payant. Oui, je vais encore m’améliorer. »  Imaginez, François peut courir jusqu’à 160 km par semaine et il grimpera ce chiffre à 200 éventuellement. Il brûle en moyenne huit paires de souliers par année !

 

Toujours à la recherche de diminuer ses temps.

 

Son horaire flexible lui permet cette routine. Il n’a pas d’emploi. Il fait parfois de la suppléance mais doit se limiter tellement la demande est grande de la part des Commissions scolaires à Montréal. A-t-il peur de s’écœurer ? « Bonne question. Oui, ça me préoccupe. Je suis parfois à bout de souffle lors des entraînements mais le fait de viser le 2e meilleur temps au Québec (2h17:55) me motive. J’ignore comment je penserai d’ici 2 à 3 ans. Rares sont les réflexions négatives qui trottent dans ma tête. »

 Il participera au marathon de Rotterdam début avril, une étape importante à ses yeux. « Je dois abaisser mon temps. Je vais voir si mes entraînements auront payé. Si je déçois, oui, ça va m’inquiéter ». Que dire de la pression alors ? « C’est l’fun mais en même temps difficile. Heureusement, j’ai gagné en confiance. J’arrive à utiliser cette pression en ma faveur et jusqu’à présent, je n’ai jamais traversé de grosses déceptions. »

 

L'entraîneur John Lofranco a de quoi se réjouir avec les honneurs remportés par Mélanie Myrand et François.

 

Contrairement à certains bons coureurs, François n’a pas d’enfant ni de copine pour le moment même si lors de notre entretien, il ne cachait pas un certain projet. Pas facile la vie de couple avec une personne aussi impliquée dans un milieu tel la course à pied. Cela exige énormément de compréhension de la part de l’autre. François en est très conscient.

 Ses économies lui permettent donc de payer son loyer et de courir.

 Quand il regarde en arrière, il y va d’un sourire significatif. « Tu sais, tu m’aurais dit il y a quelques années à peine que j’obtiendrais des temps semblables, je t’aurais rit en pleine face ! Je réalise ma chance. Je me souviens qu’à mes débuts, je regardais un gars faire 2h30 au marathon et je me demandais comment il pouvait y parvenir. Ces résultats me renversaient, Quand j’ai couru mon premier cross à l’école, j’ai fini 100e et aujourd’hui, je vise toujours le premier rang. C’est incroyable. »

 

Le meilleur est devant François au niveau de la course à pied et il en est conscient.

 

François reconnaît son talent mais admet que sans la chance, il ne se retrouverait pas au même endroit aujourd’hui. Végétarien, l’athlète de 5’11 et 145-150lb souligne qu’il doit faire des efforts dans l’alimentation et cela même s’il sait que ça rapporte. « Les côtes levées me manquent ! », dit-il en riant.

 Heureusement, Il n’a jamais été un grand consommateur d’alcool. Il surveille son entourage et évite par conséquent les tentations.

 C’est sans hésiter qu’il répond la constance pour décrire sa qualité première. Sa faiblesse : Se motiver pour les entraînements en gymnase. « Je n’aime pas les espaces clos et petits ».

 

Un athlète sympathique et admiré de tous.

 

Sa prochaine compétition sera le demi marathon de Miami à la fin du mois de janvier.

 Son grand projet : Les Olympiques de Paris en 2024. « Mon coach a pleinement confiance en moi. Les chances sont de mon côté. Je dois m’améliorer. Je m’y vois ».

 Mentalement, François se retrouve en mission et physiquement, il souhaite tout simplement que l’avenir jouera en sa faveur car il désire tellement progresser qu’il ne mérite pas qu’on vienne lui mettre les bâtons dans les roues !