Par Jean-Luc Autret

Le boxeur de Chicoutimi, Francy Ntetu (17-1-0, 4 KO) fait face samedi à son plus important défi dans le monde de la boxe. En sous-carte de Spence VS Peterson à Brooklyn, il se frottera au mi-lourd gaucher Marcus Brown (20-0-0, 15 KO). Il s’agit d’un duel fort important pour le vétéran de 35 ans, qui est, sans aucun doute, le négligé de ce combat. Par contre, en cas de victoire ses chances d’entrer dans l’un des tops 15 est fort possible puisque l’Américain de 27 ans est actuellement classé par les quatre grands associations (3e WBC, 4e WBO, 6e IBF et 7e WBA).

Pour souligner cet important combat dans la carrière de Francy, 12 Rounds vous propose un portrait de sa carrière autant amateur et professionnelle. 

Du Congo à champion canadien

Originaire de Kinshasa, au Congo. Sa famille s’est installée au Saguenay alors que Francy était âgé de 7 ans. Jeune adolescent, Francy goûte brièvement à la boxe à 12 ans. Cinq ans plus tard, il devient un régulier du Club de boxe de Chicoutimi dirigé par Michel Desgagnés. Le jeune homme se présente au gym après avoir pratiqué le basketball pendant plusieurs années.

Pour Francy, il s’agit d’un avantage important pour lui par rapport à un autre boxeur débutant. « Le basketball m’a aidé à développer la coordination entre mes jambes et mes bras, en plus de m’aider à être imaginatif sur le ring. Dès mes débuts, je me suis senti très à l’aise sur un ring. Aujourd’hui, je continue à jouer au basket régulièrement, ça me garde en forme et ça change le mal de place comme on dit », explique le volubile athlète.

Son parcours amateur s’échelonne sur près d’une dizaine d’années. Dès l’âge de 18 ans, il se rend en finale des gants dorés, mais il s’incline face à Sébastien Demers, de quatre ans son aîné. Les années passent et Francy fait sa marque de plus en plus dans la belle province. Il remporte à quatre reprises la coupe du Québec et il décroche les gants dorés à deux occasions. À la fin de 2005, il participe aux jeux de la Francophonie au Niger. Après une première victoire face à un boxeur local, il s’incline en quart de finale.

Fort de cette expérience, moins d’un mois plus tard, il se présente aux championnats canadiens de 2006. Dès son premier combat, il doit s’incliner face à Adonis Stevenson, qui a cinq ans de plus que lui et qui remportera le tournoi. Les trois années suivantes, Francy se présente à ce tournoi mal en point. En 2007, il est affaibli par une gastro et l’année suivante, il est affecté par une blessure au pied. Par contre, à chaque occasion, il est quand même en mesure d’obtenir un poste sur l’équipe nationale.

Plus motivé que jamais, Francy se présente à Trois-Rivières en janvier 2009 pour ses quatrièmes championnats canadiens amateurs. Bien qu’il soit affaibli par l’impétigo, il remporte ses quatre combats en quatre jours et devient enfin champion canadien.

Son expérience internationale l’amène au Championnat du monde de 2007. Il s’incline en entrée de tournoi face au Russe Matt Korobov, celui-ci remportera son deuxième titre mondial à la fin du tournoi. Le gaucher détient actuellement une fiche de 25-1-0 dont 14 par KO chez les pros. La même année, Francy affronte à deux reprises Fernando Guerrero, un autre gaucher que l’on a vu face à David Lemieux en 2014.

« Ces deux adversaires de haut niveau m’ont permis de prendre confiance en moi et d’être conscient que je peux rivaliser avec n’importe qui. Bien que j’aurai aimé participer aux Jeux olympiques de 2008, j’ai perdu en quart de finale lors des qualifications. J’ai ensuite choisi de faire le saut chez les pros en 2009 » explique le Chicoutimien. Après toutes ses années chez les amateurs, il a cumulé une fiche de 75-25.

L’adaptation à la boxe professionnelle

Toujours sous la supervision de Michel Desgagnés, qui est devenu pour lui un deuxième père, un ami et un confident, Francy fait son entrée chez les pros le 21 novembre 2009. C’est au Centre Claude-Robillard et sur une carte organisée par Ali Nestor qu’il se débarrasse en une seule minute dePatrick Tessier (4-11-1, 2 K.O.) après lui avoir envoyé une puissante droite.

Ses trois combats suivants se font sous l’égide d’Interbox. Bien qu’il n’ait pas de contrat exclusif avec eux, Francy est bien apprécié de l’organisation montréalaise. L’amitié entre son entraîneur et Stéphane Larouche n’y est pas pour rien. Comme bien d’autres, Francy apprend progressivement les grandes différences entre la boxe amateur et celle chez les professionnels. Habitué de lancer le plus de coups possible, il se concentre maintenant pour placer ses coups.

« Au début de ma carrière, Stéphane Larouche est venu me voir juste avant que je monte sur le ring et il m’a dit : relaxe, place bien tes coups et assure-toi d’envoyer une bonne combinaison par round le reste va venir tout seul. Ses paroles m’ont beaucoup aidé », affirme celui qui est devenu un vétéran avec le temps.

À l’approche de son cinquième combat face à Martin Desjardins, Ntetu choisi de s’entraîner activement à Montréal. Il parle quotidiennement à son entraîneur qui est resté au Saguenay. Dans le gymnase du Centre Claude-Robillard, il suit les conseils de Pierre Bouchard et écoute attentivement Jean-François Bergeron, alors l’entraîneur de Benoit Gaudet.

Sa victoire par décision majoritaire sur Desjardins a peut-être refroidi l’intérêt d’InterBox qui attendront plus de deux ans avant de l’inviter de nouveau sur l’un de leur programme. Malgré le peu d’invitation à se battre, Francy ajoute deux victoires à sa fiche dont l’une par KO face au coriace David Whittom de Québec.

Ntetu VS Hyppolite

De nombreux amateurs se rappellent sûrement l’excitant duel entre Schiller Hyppolite et Francy Ntetu le 3 novembre 2012 en sous-carte de Bute VS Grachev au Centre Bell. D’autres se souviendront encore plus facilement de la pesée entre les deux boxeurs et de la tension qui était à couper au couteau.Le duel de six rounds a été fort serré se terminant par une décision partagée en faveur de Ntetu (57-56, 56-57, 57-56). Certes, la chute d’Hyppolite au troisième round a été l’élément qui a fait la différence. « À l’époque, InterBox promettait un contrat de promotion au gagnant et un boni de 5000 $, malheureusement ce ne fut que des paroles. Ni l’un, ni l’autre ne s’est matérialisé par la suite », nous révèle celui qui a eu bien des échanges avec le clan Hyppolite dans les années suivantes.

Bien que Ntetu soit encore ouvert à offrir un combat revanche à Hyppolite, celui-ci a pris sa retraite suite à son revers en Allemagne à l’automne 2016. La bourse et/ou le délai de préparation ont toujours été la cause de leurs différents qui ont empêché la tenue d’une combat revanche.

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