Tout le monde a ses préférés, ses incontournables. Guy Carbonneau a été un joueur important en défensive pour le Canadien. Il a rendu de bons services à son équipe pendant plusieurs années. Il a été un grand leader, un joueur aimé. Il était aussi un joueur très efficace dans les situations corsées. Mais est-ce suffisant pour se retrouver parmi les immortels de ce sport? Le simple fait de poser la question risque donc de provoquer la colère de plusieurs amateurs du CH. Mérite-t-il d’être aux côtés de joueurs tels que Mario Lemieux, Denis Potvin et Guy Lafleur? Posez-vous la question.

Topo (réalisé à l'annonce de la nomination)

 

Est-ce que les amateurs qui sont d’accord avec cette nomination, auraient des réactions similaires si Carbonneau avait évolué à l’époque avec les North Stars du Minnesota, avec sensiblement le même succès individuel, tout en étant privé de la Coupe Stanley? L’endroit où un athlète évolue peut être un élément déterminant pour les comités de sélections qui ont la tâche de choisir les joueurs pour les panthéons sportifs.

Si l’on met la partisannerie de côté, les gens auraient peut-être une opinion différente. Et de quelle manière le comité de sélection aurait jugé le dossier Carbonneau s’il avait joué avec une équipe de bas de classement? Lorsque l’on regarde certaines cuvées à travers l’histoire, le panthéon du hockey semble avoir des critères d’adhésion beaucoup moins élevés que dans les autres sports professionnels. L’arrivée de Carbonneau en est peut-être une autre preuve. Le Temple de la Renommée du Hockey a été créé pour souligner la contribution des plus grands, des plus illustres du hockey. Il s’agit de souligner aussi le travail des bâtisseurs, des précurseurs et des personnes qui ont fait avancer ce sport. Sans rien enlever à Guy Carbonneau, je ne pense pas que l’ancien capitaine mérite sa place dans l’édifice de la rue Yonge. On pourrait avoir la même évaluation pour d’autres membres de cette cuvée 2019.

Une fois de plus, l’effet Clark Gillies

J’écrivais il y a quelques mois qu’il y a eu des intronisations surprenantes dans le passé. Ce qui nous amène à Clark Gillies. Tout comme Carbonneau, Gillies n’était pas un vilain joueur. Il a été en mesure de se démarquer à l’intérieur d’une grande équipe. Aurait-il eu le même traitement de faveur s’il avait compilé la même fiche individuelle (697 points), mais sans Coupe Stanley? On peut en douter. À la même époque, Rick Middleton a marqué 448 buts. L’ancien ailier des Bruins a compilé une fiche de 988 points en 1005 matchs. Charlie Simmer (711 points/712 matchs) a été à la même époque un excellent joueur offensif notamment à la gauche de Marcel Dionne. Richard Martin a inscrit plus d’un point par match en carrière au sein de la célèbre  French Connection. Mais Middleton, Simmer et Martin n’ont pas évolué au sein d’une dynastie. Gillies oui.

L’avantage de jouer au bon endroit

Pour ce qui est de Carbonneau, on peut facilement imaginer que le fait de jouer pour les Canadiens de Montréal dans les années 80 et 90 a été un élément important pour le comité de sélection. C’était à l’époque où le Tricolore était encore encensé par le monde du hockey.

Troy Murray, qui a joué notamment pour les Blackhawks, ne sera jamais considéré pour le Temple. Il a pourtant 584 points en carrière. Il était, comme Carbonneau (663 points), reconnu pour ses aptitudes en défensives. Il a aussi remporté le trophée Selke en 1986. Mais il n’a jamais joué pour le Canadien.

On peut dire la même chose de Craig Ramsay. L’ancien ailier gauche des Sabres a plus de points que Carbonneau en carrière (672). Il a également terminé dans le top-5 pour le trophée Selke sept fois en huit ans, tout en recevant l’honneur en 1985. Malgré cette belle feuille de route, Ramsay attend une sélection qui ne viendra probablement jamais. Un autre joueur des Sabres, Michael Peca, a reçu le Selke à deux reprises. Peca a été l’un des meilleurs joueurs défensifs des années 90, et de la première décennie du 21e siècle. Mais le Temple ne lui ouvrira pas ses portes.

Vous vous souvenez de Dave Poulin? Malgré deux saisons de 30 buts, l’ancien centre des Flyers était avant tout reconnu pour ses aptitudes défensives. Comme Carbonneau, il a surveillé Gretzky, Lemieux, Yzerman, Savard, Hull et bien d’autres. Il a remporté le trophée Selke en 86-87. Il a de plus été à plusieurs occasions pris en considération pour l’obtention de l’honneur. Mais Philadelphie n’était pas une équipe aux multiples championnats.

L’avantage d’une grande organisation

Carbonneau a évolué à une époque où le Tricolore devait travailler fort pour obtenir ses points au classement. Mais le canadien demeurait un nom magique. Il a été cependant un joueur valeureux, qui se donnait à 100% à chacune de ses présences sur la glace. Il a eu des batailles épiques face à certains des meilleurs joueurs offensifs de la LNH. Pensez-vous que Peter Statsny adorait avoir Carbo dans ses patins? Il a eu aussi de belles soirées de travail face à Denis Savard, Mike Bossy, Luc Robitaille et bien d’autres. Mais est-ce suffisant pour être reconnu parmi les immortels?

Carbonneau n’est pas le premier joueur d’une grande équipe à être récompensé de la sorte. C’est une situation que l’on retrouve également dans d’autres sports.

Phil Rizzuto est un membre du Temple de la Renommée du Baseball, même s’il n’a jamais été un rouage essentiel des Yankees des années 50. Mais il a remporté sept Séries Mondiales avec la troupe de Casey Stengel. Et je vous épargne les explications sur l’avantage de jouer à New York!

Dans la NFL, plusieurs joueurs de Vince Lombardi sont à Canton aujourd’hui. Le scénario est le même avec les Cowboys de Dallas. Certaines de ces nominations soulèvent des questions aujourd’hui. 

Une question de perception

Lorsqu’une équipe gagne beaucoup, les joueurs reçoivent normalement un traitement financier à la hausse. Si cela n’était pas vraiment le cas il y a 40 ans, c’est une réalité de nos jours. De plus, les joueurs de ces équipes championnes sont automatiquement perçus comme des gagnants. Bien entendu les membres du Temple de la Renommée ont aussi des chiffres intéressants. Mais il est indéniable que le fait d’appartenir à une équipe qui a remporté des titres, ou à une formation possédant beaucoup d’histoire a aidé au fil des ans les candidatures de plusieurs joueurs. L’arrivée de Carbonneau au Temple le prouve.

Il est difficile de remettre en question les critères du comité de sélection car ceux-ci sont secrets. Au Baseball Majeur, un joueur doit obtenir 75% des voix de l’Association des Chroniqueurs de Baseball d’Amérique. Certaines années (2007, 2012) seulement deux joueurs ont été choisi. Notons que lorsqu’Ozzie Smith a été élu en 2001, il était seul sur la grande scène. Ce processus apporte automatiquement un prestige aux sélections pour l’établissement de Cooperstown. Au hockey, on semble vouloir faire plaisir à beaucoup de monde.

Alors, est-ce que Guy Carbonneau mérite sa sélection pour le Temple de la Renommée du Hockey?