« Je ne veux pas affecter mon budget familial lorsque je participe à des compétitions. Je fabrique des aimants dotés d’une corde pour ramasser des boules de pétanque que je vends beaucoup en France, aux États-Unis et au Québec (Sports Experts) et je réalise des supports à médailles personnalisés conçus avec le bois des vieux pupitres des écoles ! ».

 Bienvenue dans le monde enchanté d’Yvan Béchard, l’un des meilleurs marcheurs olympiques au monde dans sa catégorie d’âge.

 Imaginez, il possède 13 paires de souliers pour ses compétitions et a dû récemment s’acheter des souliers afin d’assister à un gala car les autres dataient de 15 ans !

 Un parcours particulier pour cet enseignant en éducation physique de la maternelle, 1ière et 2e année à l’école Notre-Dame à Laprairie. Début des années 80, à l’époque de son cégep au Vieux-Montréal, il s’inscrit à un club d’athlétisme à Longueuil où il remarque Christine Ostiguy, une marcheuse. Il trouvait sa démarche intrigante. À l’université d’Ottawa, il tente de joindre les rangs des Lions. Trop coûteux car ses parents ne l’appuyaient pas dans cette démarche. « Et je n’étais peut-être pas aussi motivé que ça». précisera-t-il

 

Une fierté pour Yvan que de représenter le Canada dans le monde.

 

En 2008, il veut courir. Le 18 août 2010, il se blesse sérieusement à une fesse lors d’un 5km du circuit de l’Ouest de l’île de Montréal. Il tentera de guérir cette indisposition mais en vain. Le 7 juin 2014, forcément, il redécouvre la marche qu’il endosse pour le simple plaisir. Il s’inscrit à Sainte-Catherine pour une course de 3km alors que sa fille le suit en courant.  C’est l’éveil.

 Août 2014, il cherche un entraîneur, non pas pour entreprendre des compétitions mais afin d’éviter les blessures. Robert Boneberg entre dans son monde et change ses intentions. Graduellement, il remarque que ses temps s’améliorent et qu’il parvient à battre toutes ses marques personnelles établies il y a 35 ans.

 Survient le championnat du monde à Lyon en 2015, rien de moins. « J’ai ramassé mon argent et j’y suis allé, seul pour représenter le Canada. »  Il finit 9e sur le 5km et 8e sur le 10km. Il prend conscience de son talent et sait qu’il peut se classer parmi les meilleurs. « Ça représentait mes Olympiques et je ne tenais pas à y jouer un rôle de touriste. Je me considérais privilégié, comme dans un rêve ».

 

Un prof qui a trouvé une idée originale pour défrayer ses dépenses.

 

Maintenant au calendrier, rien de moins que le championnat du monde en 2018 à Malaga en Espagne du 4 au 16 septembre. « Là, je possède des chances d’obtenir des podiums car je changerai de catégorie d’âge (55-59) et je me retrouverai dans les plus jeunes. Je progresse encore, ce qui m’incite à croire en mes possibilités », exprime celui qui actuellement, occupe le 2e rang du 1500 mètres au classement mondial chez les Maîtres et sélectionné l’athlète par excellence du mois de septembre dernier par le Canadian Masters Athlétics suite à sa performance d’Owego dans l’état de New York avec un chrono de 51 minutes lors d’un 10km.

 Son plus bel exploit, le Mill Rose Game à New-York, une sorte de marathon de Boston pour les marcheurs et en présence du chanteur Rod Stewart chez les spectateurs comme bonus !

 Père de trois enfants, Marc-Antoine, 26 ans, Andrée-Anne, 23 ans et Caroline, 21 ans, Yvan se souvient du père Marcel en 1979-80, qu’il qualifie de meilleur prof qu’il a eu, alors qu’il se retrouvait dans sa classe et qu’il pensait uniquement au test Cooper qu’il devait passer après son cours. « Mes battements cardiaques étaient déjà très élevés avec mes souliers TRX achetés à 39.95$. Il a été patient envers moi le père Marcel et c’est grâce à lui si j’ai obtenu de belles notes en mathématiques ».

 

Toujours heureux de se retrouver en compagnie de son idole Marcel Jobin.

 

Voilà pourquoi tout au long de l’entrevue, il ne cessait de parler de statistiques et de chiffres.

 Il a couru deux marathons dans sa vie, à 18 ans, à Montréal avec un temps de 5h04 et l’année suivante, en 4h08.

 Un potentiel développé tardivement, Yvan ne vit pas dans le regret. « Plus jeune, il faut croire que le moment n’était pas approprié pour développer ces facettes et je respecte le tout. » Depuis les trois dernières années, il s’en donne à cœur joie et la marche comble son bonheur.

 

Les compétitions en salle font partie du quotidien pour Yvan Béchard.

 

Son chandail du Canada qu’il endossait à Lyon, il l’a acheté et l’a échangé avec un compétiteur argentin.  Il devra d’ailleurs s’en procurer un autre pour ses prochaines courses. En principe, il devrait se retrouver aux championnats mondiaux à Toronto en 2020 et en Suède en 2022, l’année où il prendra sa retraite du milieu de l’enseignement et changera de catégorie d’âge une fois de plus, un 18 juillet, la première journée de ce championnat !

 « Actuellement, j’ai 20 ans de moins que Marcel Jobin et celui-ci s’inscrit encore à des compétitions. Je ne suis pas près d’arrêter ! »