Guy Lafleur a marqué plusieurs gros buts au cours de sa carrière, mais jamais comme celui du 10 mai 1979. Le Tricolore était encore une équipe puissante, mais sa domination sur la LNH tirait à sa fin. Et les Bruins de Boston étaient en position de renverser leurs éternels rivaux. Mais une punition en fin de match allait tout changer. Les amateurs se souviennent aujourd’hui du but le plus mémorable de la carrière de Guy Lafleur. Un but qui a, depuis, meublé bien des conversations. Et à l’instar des gens qui se rappellent de l’assassinat de John Kennedy, les supporteurs du CH se souviennent où ils étaient lorsque le Démon Blond a enfilé l’aiguille.

 

Quel sont les éléments pour qu’un but passe à l’histoire? Il faut que ce but soit inscrit dans des circonstances particulières, et qu’il soit d’une importance majeure, voir même vitale, dans un contexte dramatique. De plus, s’il est marqué contre un ennemi juré l’exploit marque davantage l’imaginaire des gens. La qualité des équipes qui s’affrontent est un autre élément à prendre en considération. Le but égalisateur de Guy Lafleur face à Gilles Gilbert, en cette soirée de mai 1979, répond à ces critères. Question de remettre de l’ordre dans mes souvenirs, j’ai visionné à nouveau le match avant d’écrire ces lignes. Quel match!

Canadien et Bruins s’étaient livrés une véritable bataille de tranchées lors de cette 7e partie. Et au fil des décennies, une foule de détails en rapport à cette rencontre est disparue de la mémoire collective des amateurs de hockey.

Le Canadien, qui disposait de la meilleure offensive de la ligue, accusait un retard de 3-1 au début de la troisième période. Mais Guy Lafleur avait préparé deux buts rapides (Mark Napier, Guy Lapointe) pour égaler la marque. Notons que le Tricolore allait perdre les services de Pointu quelques minutes plus tard en raison d’une blessure. Scotty Bowman avait dû ainsi faire preuve de créativité, et jumeler Robinson à Savard. Brian Engblom n’allait faire quelques présences sur la glace. Les deux défenseurs vedettes avaient terminé le match avec près de 40 minutes de temps de glace. Bob Gainey, lui, était employé pour les mises en jeu en zone défensive, et retraitait au banc dès que la rondelle entrait dans le territoire des Bruins. Guy Lafleur évoluait sur deux trios. La circulation près du banc du Canadien était donc très achalandée.

Pour sa part, Don Cherry semblait éprouver de la difficulté à suivre la cadence. Il s’assurait cependant d’avoir Don Marcotte sur la patinoire dès que Lafleur y était. Néanmoins, Rick Middleton redonnait l’avance aux Bruins avec 3:59 à faire dans le match.

Le sentiment allait tellement vers une victoire des Bruins, que des confrères qui étaient sur la galerie de presse du Forum m’ont dit au fil des ans que plusieurs d’entre eux préparaient déjà l’agenda de voyage pour une finale New York-Boston.

Mais les Bruins allaient se faire prendre la main dans l’sac. Voulant suivre le rythme des changements de Bowman, et alors que les Bruins se dirigeaient vers la finale de la Coupe Stanley, Cherry se fera prendre avec six joueurs sur la glace alors qu’il ne restait que 2:34 au cadran. Dans les faits, Marcotte était demeuré sur la glace alors que Stan Jonathan venait de sauter dans la mêlée.

 

Constatant l’urgence de la situation, Scotty Bowman avait envoyé l’artillerie lourde pour la mise en jeu à la droite de Gilles Gilbert. Et c’est à 74 secondes de la fin du match que Lafleur déjouait Gilbert. Les cinq joueurs du Canadien sur la glace au moment du célèbre but sont aujourd’hui au Temple de la Renommée du Hockey (Lafleur, Lemaire, Shutt, Robinson et Savard). Yvon Lambert avait complété la remontée avec le but gagnant en prolongation. Boston, qui n’avait pas battu Montréal en série depuis 1946, allait devoir encore attendre.

10 mai 1979...Le but d'Yvon Lambert en prolongationSource: Sports Illustrated
Légende: 10 mai 1979...Le but d'Yvon Lambert en prolongation

La troupe de Scotty Bowman allait remporter une quatrième Coupe Stanley consécutive 11 jours plus tard. Cette 22e conquête marquait la fin de l’une des plus incroyables dynasties dans l’histoire de la LNH (44 défaites de 1975-76 à 1978-79).

Si vous êtes à l’aube de la cinquantaine, vous vous souvenez assurément de ce match. C’était la «finale avant la finale» pour bien des amateurs. Il y a déjà 40 ans!