Il y a 50 ans aujourd’hui, l’une des figures sportives les plus célèbres du 20e siècle en Amérique du Nord tirait sa révérence. Mickey Mantle annonçait sa retraite. Surnommé Mick, le voltigeur des Yankees est passé à l’histoire pour une multitude d’exploits sur le terrain, de frasques dans les bars, les hôtels et partout ailleurs. Mantle était plus grand que nature. Il fut l’idole de toute une génération. Un véritable héros pour des millions de jeunes amateurs de baseball des années 50 et 60.

 

 

Pour ceux qui ont eu l’opportunité de le voir à l’œuvre, il demeure un incontournable dans l’histoire du Baseball Majeur, un joueur complet. Pouvant frapper avec puissance de la gauche comme de la droite, il était doué aussi d’une vitesse phénoménale, et d’un œil au bâton hors pair. Il a réussi l’exploit de la triple couronne (1956). Notons aussi qu’il a disputé la majeure partie de sa carrière sur des genoux amochés, des coudes endoloris, des doigts disloqués, des côtes fêlées, des élongations musculaires, des problèmes aux pieds, aux poignets, aux épaules, au dos, etc., etc., etc. Ted Williams a déclaré à plusieurs reprises que Mantle ressemblait à une momie en raison des nombreux bandages qu’il avait sur le corps. Mais cela ne l’a pas empêché d’être intronisé au Temple de la Renommée du Baseball en 1974.

Mickey MantleSource: National Baseball Hall of Fame
Légende: Mickey Mantle

Dans l’histoire des Yankees, il y a eu Ruth, Gehrig, DiMaggio et Mantle. Comme Maurice Richard, Jean Béliveau, Henri Richard et Guy Lalfeur chez le Canadien, les quatre joueurs ont permis à l’équipe newyorkaise de dominer pendant environ 40 ans. Mais Mantle était un drôle d’individu. Si Ruth était exubérant, Gehrig tranquille et DiMaggio respectueux, Mantle était hors de contrôle. Il avait déclaré à Ken Burns, dans le documentaire Baseball en 1994, s’être attiré la colère de son gérant (Casey Stengel) pour des retraits au bâton alors qu’il tentait de sortir la balle du stade avec des joueurs sur les sentiers. «Un simple aurait procuré la victoire à l’équipe», avait-il dit à Burns. Il avait mentionné au documentariste qu’il visait constamment les clôtures. Pour lui, il n’y avait rien de plus satisfaisant que d’envoyer la balle par-dessus la clôture. C’est peut-être pour cette raison, et quelques autres aussi, que Mantle est absent de l’équipe de rêve de Casey Stengel.

Mickey MantleSource: SPORTS ILLUSTRATED
Légende: Mickey Mantle

Le célèbre numéro 7 avait également un penchant prononcé pour la vie nocturne du «Big Apple». Il s’est d’ailleurs souvent retrouvé dans des situations embarrassantes. Ses gérants ont eu besoin de le ramener à l’ordre à plusieurs occasions. Ses sorties dans les bars, en compagnie de Whitey Ford et Billy Martin, sont aussi célèbres que certains de ses circuits. Mais l’homme était tellement unique sur le terrain, que l’équipe passait l’éponge sur ses incartades. Même chose pour les médias. Il a rarement été la cible d’attaques personnelles mesquines de la part des journalistes. Il y avait encore à cette époque une espèce de loi non-écrite envers les joueurs vedettes. On ne touchait pas à ces personnalités. Et Mantle était l’une d’entre elles. En 1961, Roger Maris a dû faire face à la pression de briser la marque de 60 circuits de Babe Ruth. La presse, les amateurs et certains membres de l’establishment du Baseball Majeur n’était pas totalement contre le fait de voir cette marque tombée. Mais on voulait voir Mantle, et non Maris, battre le record. La direction des Yankees avait même modifié l’alignement des frappeurs pour favoriser Mantle; immensément plus populaire que son coéquipier.

Pourquoi un tel respect médiatique envers Mantle? Pourquoi une telle adulation de la part des amateurs? Est-ce ses exploits? Le secrétaire de voyage des Yankees, Red Patterson, avait mesuré la distance d’un circuit frappé par Mantle à 565’ au Griffith Stadium de Washington, le 17 avril 1953. Le 10 septembre 1963, Mantle avait expédié une balle au-delà de a clôture du champ droit du Tiger Stadium. Quelques années plus tard, l’historien Mark Gallagher avait estimé que la balle avait parcouru une distance de 643’.

Mais au-delà des statistiques, Mantle, qui est décédé en 1995, n’a jamais déçu ses supporteurs. Et c’est peut-être pour cette raison qu’il demeure à ce jour l’une des figures sportives les plus vénérées en Amérique. Il produisait dans les moments opportuns. Il détient toujours le record pour les circuits en Séries Mondiales (18). Des membres des médias, comme les regrettés descripteurs Mel Allen et Red Barber, ont souvent dit que le joueur qu’on voyait sur le terrain était le même qui marchait sur le trottoir après la rencontre. C’était ça, Mickey Mantle.