Tous les joueurs de hockey rêvent un jour de gagner la Coupe Stanley. Plusieurs y parviendront, mais un plus grand nombre encore n’auront jamais la chance de boire le champagne dans le légendaire bol argenté. Le hockey étant un sport d’équipe, il faut l’effort et le travail de tout le monde pour se rendre jusqu’au bout.

C’est aussi une question de ‘’timing’’. Un joueur d’utilité peut jouer trois matchs en séries et avoir son nom sur la Coupe, alors que des joueurs vedettes qui disputent tous les matchs de leur club et en sont les principales têtes d’affiches peuvent se retrouver les mains vides, en termes de championnats.

Malheureusement, il y a beaucoup plus d’équipes aujourd’hui et NE PAS remporter la Coupe Stanley est de plus en plus commun. Il faut encore plus que les astres s’alignent qu’auparavant pour se vanter d’être la dernière équipe encore debout lorsque se termine le Grand Bal du Printemps de la Ligue Nationale de Hockey.

Conséquemment, plusieurs excellents patineurs accumulent les matchs, les points ou les honneurs individuels sans jamais toutefois pouvoir mettre la main sur la Coupe. Ces prochaines semaines, vous pourrez lire sur de nombreuses carrières qui, tristement, se seront terminées sans championnat pour d’excellents hockeyeurs. Dans aucun ordre particulier, voici donc des joueurs qui, selon plusieurs, auraient dû gagner au moins une fois!

Aujourd’hui...

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Il a marqué plus de cinq cent buts dans la LNH, accumulé 1327 points et patiné dans le circuit Bettman durant près de vingt ans. Il a joué pour de bons clubs et a été productif jusque tard dans sa carrière et il a aussi fait partie d’un des échanges les plus affreux de l’ère de Réjean Houle avec le Canadien de Montréal.

Né le 28 Août 1969 à Rouyn-Noranda, Pierre Turgeon est le tout premier joueur réclamé lors du repêchage de 1987. Fort d’une fiche de 268 points en 127 joutes avec les Bisons de Granby, il faisait saliver les Sabres, qui l’incluent dans leur alignement dès la saison suivante, à l’âge de 18 ans.

Dans une équipe relativement jeune comptant dans ses rangs les Phil Housley, Dave Andreychuk, Christian Ruuttu et Tom Barrasso, le nouveau numéro 77 du Buffalo amasse quarante-deux points (quatorze buts) et dispute les séries, une défaite en six matchs contre Boston durant lesquels il amasse sept points, incluant quatre filets. Déjà, on voyait à quel point le ‘’Magicien de Rouyn’’ était capable de briller!

Turgeon disputera trois autres saisons à Buffalo, amassant notamment 106 points (40 buts) en 1989-90. Malheureusement, dans une section Adams dominée par Montréal et Boston, les Sabres ne passeront pas la première ronde durant le séjour du centre québécois là-bas. Voulant brasser les cartes, Buffalo l’échange au début de la saison 1991-92. Il enfilera donc l’uniforme des Islanders alors que l’excellent Pat Lafontaine fait le chemin en sens inverse, vers Buffalo.

Le numéro 77 ne tardera pas à se faire des amis à Long Island. Il amasse 87 points en 69  matchs à New York en 1991-92, et des sommets de 58 buts et 132 points la saison suivante, en 1992-93, une des saisons offensives les plus prolifiques de l’histoire de la LNH. Cette année-là, Turgeon est victime d’un des coups les plus salauds jamais vus dans la Ligue Nationale.

Les Islanders menaient 4-1 dans le sixième match d’une série qu’ils menaient 3-2 contre les Capitals de Washington, avec huit minutes à jouer en troisième. Turgeon marque pour faire 5-1 et, après le sifflet, Dale Hunter arrive dans son angle mort et bang! Il met violemment le centre vedette des Islanders en échec, l’envoyant dans la bande et le blessant à l’épaule. Les Islanders gagnent la série, mais perdent Turgeon. Très lourde perte, puisqu’ils s’apprêtent à affronter les double-champions en titre, les Penguins de Super Mario!

Les Isles causent une des plus grandes surprises des séries en battant Pittsburgh en sept matchs! Turgeon ne jouera que sporadiquement dans la dernière partie et fera ce qu’il peut pour disputer la série suivante, contre le Canadien, en demi-finale. Malheureusement, des Islanders fatigués se font montrer la porte en cinq parties par les Habs, qui vont gagner la Coupe ensuite...

La saison 1992-93 n’aura pas été mémorable que pour les points et les séries, alors que le numéro 77 des Islanders remporte le Trophée Lady-Byng, remis au joueur le plus gentilhomme de la LNH. Malgré une belle constance et de brillantes statistiques tout au long de sa carrière, ce sera le seul honneur individuel de Pierre Turgeon dans la LNH.

Au début de 1995, il est échangé aux Canadiens de Montréal en compagnie de Vladimir Malakhov en retour de Kirk Muller, Mathieu Schneider et Craig Darby. Il n’y jouera qu’une saison complète et amassera 38 buts et 96 points. Malheureusement, le Canadien ne se rendra pas loin en séries (élimination en 1ère ronde en 1996) avec Turgeon dans l’alignement, et il sera échangé à Saint-Louis, à la fin de 1996. Malgré 127 en 104 matchs à Montréal, il était déjà parti...

Il a continué de briller avec les Blues mais, en cette ère ultra-défensive, les saisons de 90-100 points étaient du passé. Saint-Louis formait un bon club à l’époque, au tournant des années 2000, et Turgeon s’approchera une dernière fois de la finale. L’équipe à la note se rend en demi-finale  en 2000-01 contre l’Avalanche, qui élimine les Blues en cinq et, avec Raymond Bourque en tête, va remporter la Coupe quelques semaines plus tard.

L’été suivant, Turgeon signe pour trois ans avec Dallas. Habitué du point par match, l’ancien du Canadien commence à montrer des signes de ralentissement, à 32 ans. Durant ses trois saisons à Dallas, il ne dépasse par la deuxième ronde des séries. Il prend une sabbatique lors du lock-out de 2004-2005 et signe au Colorado, où il disputera 79 matchs (53 points) répartis sur deux saisons, avant de prendre sa retraite.

Quatre fois, il participa au match des étoiles (1990-1993-1994-1996). Il remporte le Lady-Byng en 1993, mais sera souvent dans les joueurs votés pour l’honneur durant sa carrière. En 1992-93, sa meilleure saison, il termine cinquième au scrutin des votes pour le Trophée Hart.

Avec 1327 points en carrière, il est le meilleur pointeur à ne pas avoir encore été intronisé au Temple de la Renommée. Et il savait aussi produire en séries, comme en témoignent ses 97 points en 109 parties dans ces circonstances!

Il a été le capitaine du Canadien pendant une courte période, faisant partie des légendaires cérémonies de fermeture du Forum et d’ouverture du Centre Molson (aujourd’hui Centre Bell)! Habile marqueur et passeur précis, il savait rendre meilleurs ceux qu’il côtoyait sur la patinoire.

Malheureusement, malgré une belle carrière, non seulement Pierre Turgeon n’aura-t-il pu soulever la Coupe Stanley, il n’aura jamais même pu patiner en grande finale...

Se souvient-on de l’ancien numéro 77 des Sabres parce qu’il n’a pas gagné la Coupe? Bien sûr que non! On s’en souvient car il était un joueur intelligent et excitant à voir jouer. Bon joueur discipliné et gentilhomme, c’est pour toutes ses qualités qu’on se rappelle de Pierre Turgeon, et il a eu une carrière qui fait l’envie de plusieurs joueurs ayant gagné la Coupe, mais n’ayant même pas été près des exploits et accomplissement de l’ancien des Blues.

Félicitations pour une très belle carrière, beau Pierre!

Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas couronner tout ça avec une place au Temple?

À bientôt, chers lecteurs du GC, pour un autre grand qui aurait dû gagner!