Tous les joueurs de hockey rêvent un jour de gagner la Coupe Stanley. Plusieurs y parviendront, mais un plus grand nombre encore n’auront jamais la chance de boire le champagne dans le légendaire bol argenté. Le hockey étant un sport d’équipe, il faut l’effort et le travail de tout le monde pour se rendre jusqu’au bout.

C’est aussi une question de ‘’timing’’. Un joueur d’utilité peut jouer trois matchs en séries et avoir son nom sur la Coupe, alors que des joueurs vedettes qui disputent tous les matchs de leur club et en sont les principales têtes d’affiches peuvent se retrouver les mains vides, en termes de championnats.

Malheureusement, il y a beaucoup plus d’équipes aujourd’hui et NE PAS remporter la Coupe Stanley est de plus en plus commun. Il faut encore plus que les astres s’alignent qu’auparavant pour se vanter d’être la dernière équipe encore debout lorsque se termine le Grand Bal du Printemps de la Ligue Nationale de Hockey.

Dernièrement, vous avez pu lire sur le Magicien de Rouyn, une peste bien connue des vieux fans du Québec et un passeur hors-pair!

Aujourd’hui...

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Notre joueur d’aujourd’hui aurait très bien pu ne jamais jouer dans la LNH, ni même au niveau junior. Lorsqu’il avait douze ans, un bateau sur lequel il prenait place avec sa mère a été torpillé par un sous-marin allemand!

Né le 8 Août 1927 à Calgary (Alberta), Bill Gadsby s’attache vite au hockey. Alors qu’il était enfant, il aimait tellement le hockey qu’il jouait tard le soir. Des fois, il filait en douce pour aller patiner alors que ses parents pensaient qu’il dormait. Alors qu’il était encore tout jeune, son père lui demanda carrément s’il voulait persévérer à l’école ou jouer au hockey. Gadsby avait fait son choix : le hockey.

Alors à l’aube de la Deuxième Guerre Mondiale, une tragédie d’envergure se produit. En effet, le 3 Septembre 1939, le navire britannique SS Athenia est coulé par une torpille lancée par erreur par un sous-marin allemand. 117 passagers meurent et l’événement est considéré comme un déclencheur des hostilités de cette affreuse guerre qui marque encore l’imaginaire collectif aujourd’hui...

Le rapport de Bill Gadsby dans tout ça? Revenant d’une visite familiale au Royaume-Uni, le garçon de douze ans à l’époque était sur le navire avec sa mère, et ils survécurent sur une embarcation de secours avant d’être repêchés quelques heures plus tard, non loin de l’Irlande. Heureusement, Gadsby et sa mère purent regagner le Canada quelques jours après ce malheureux incident.

Le jeune jouera deux années au niveau junior à Edmonton et, intéressés par ses services, les BlackHawks de Chicago lui offrent un contrat en 1946 et ils envoient l’Albertain jouer dans leur filiale de la Ligue Américaine, à Kansas City.

Gadsby ne passera pas beaucoup de temps au Missouri, alors qu’il est rappelé après seulement douze matchs. Impressionnés par ses performances et aux prises avec des problèmes avec leur ligne défensive, ils font une place au jeune défenseur dans leur alignement. Gadsby ne retournera jamais dans les mineures.

Dès son premier match, il est coupé au visage et doit se faire installer 12 points de suture. Résistant et robuste, il se fera mettre plus de 600 points de suture durant sa carrière. À l'époque, il s'était pris une assurance lui octroyant 5$ par point. Inutile de vous dire qu'il n'était pas si triste lorsqu'il y avait coupure!

Les BlackHawks de Chicago ne formaient pas une très forte équipe et malgré la présence des frères Bentley et du légendaire Bill Mosienko, l’équipe ne se rendait que rarement en séries éliminatoires. Gadsby était un défenseur spécial, qui pouvait être capable d’offensive à une époque où les défenseurs ne s’inscrivaient que très peu sur la feuille de pointage en général. Durant le séjour de huit saisons complètes de notre joueur d’aujourd’hui avec les Hawks, il ne joue que sept parties de séries.

En 1952, Gadsby passe près d’une autre tragédie. Le défenseur albertain est atteint de la polio au camp d’entraînement, mettant potentiellement sa carrière en péril. Toujours aussi résistant et déterminé, il prend un mois à récupérer et il ne manquera que très peu de matchs malgré son contretemps de début de saison.

Deux ans plus tard, les BlackHawks échangent leur meilleur défenseur aux Rangers de New York, une autre équipe qui peinait à obtenir du succès durant l’ère de Six Équipes Originales. Il faut savoir qu’à l’époque, il était difficile de gagner une Coupe Stanley quand on jouait pour une équipe qui n’était ni Toronto, ni Détroit, ni Montréal. Ainsi donc, les Rangers n’avaient pas l’habitude de se rendre loin en séries.

De 1955 à 1959, Bill Gadsby dépasse la marque des quarante points à chaque saison, incluant des saisons de 51 points en 1955-56 et en 1958-59, les deux meilleures saisons de sa carrière. Excellent avec New York, Gadsby termine deuxième au scrutin du trophée Norris quatre saisons de suite, derrière Doug Harvey en ’56, ’57 et ’58 et derrière Tom Johnson en ’59. En 1957-58, il amasse 46 assistances, record en saison pour un défenseur. Ce record ne sera brisé que douze ans plus tard par un certain Bobby Orr...

Malgré les succès de Gadsby avec les Rangers, ces derniers ne peuvent faire descendre les puissances de la ligue de leur piédestal. Sur les six saisons complètes du défenseur canadien à New York, les Rangers ne passent jamais la première ronde. Gadsby sera échangé à Détroit en 1960, mais l’échange ne passera pas car Red Kelly et Billy McNeill, ceux qui devaient aller à New York, ont refusé de partir d’une bonne équipe pour joindre une équipe des bas-fonds.

Finalement, c’est à l’été 1961 que Gadsby sera échangé aux Wings, en retour de Les Hunt, un autre défenseur qui ne jouera jamais dans la LNH. Maintenant âgé de 34 ans, le nouveau numéro 4 des Red Wings ne produit plus comme à ses meilleures années offensives, mais il demeure un joueur fiable, solide et performant. Sachant qu’il joignait une bonne équipe comptant dans ses rangs Gordie Howe, Alex Delvecchio, Norm Ullman et Terry Sawchuk devant le filet, Gadsby savait que pour gagner la Coupe Stanley, c’était maintenant ou jamais!

Le 21 Octobre 1962, il accomplit une chose rare dans la NHL à l’époque, soit de disputer la millième partie de sa carrière. Il devient ainsi le deuxième joueur à réussir l’exploit, le premier étant son légendaire coéquipier Gordie Howe. Le 4 Novembre, il amasse le 500ème point de sa carrière dans une victoire de 3-1 des Wings face aux BlackHawks. Se faisant, le défenseur devient le premier de l’histoire de la LNH à atteindre la marque de 500 points en carrière à sa position.

En plus de ces deux marques mémorables qu’il atteint au crépuscule de sa carrière, Gadsby se retrouve pour la première fois de sa longue carrière en finale de la Coupe Stanley durant son séjour à Détroit. Évoluant enfin avec un club talentueux, il pouvait aspirer légitimement au Saint-Graal du hockey.

En 1963, les Red Wings se rendent en finale contre les Maple Leafs. En première ronde, ils cèdent les deux premiers matchs des séries aux BlackHawks avant de les battre quatre fois consécutives. En finale, ils affrontent des Leafs trop forts et, avec les Frank Mahovlich, Dave Keon, Red Kelly, Tim Horton et Johnny Bower, ils n’ont aucune difficulté à sa débarrasser des Ailes Rouges en six petites parties.

L’année suivante, ces deux clubs se rencontrent de nouveau en finale. Les Wings prennent les devants 3-2 dans la série en vertu d’une victoire dans le cinquième match. Malheureusement, ils échappent la sixième partie de la série en prolongation et ne s’en remettront pas, les Leafs clouant fermement le cercueil avec une victoire de 4-0 dans le septième match.

Deux ans plus tard (1966), l’ancien défenseur des Rangers dispute une troisième finale, cette fois face aux Canadiens. Le vétéran défenseur a bien frais en mémoire les deux défaites face aux Leafs, mais il ne pourra faire la différence dans cette série que le Tricolore remportera quatre parties à deux.

Après vingt saisons et 1248 matchs au compteur, Bill Gadsby décide de prendre sa retraite avec sa fiche de 130 buts, 438 passes et ses 1539 minutes de pénalité. Au moment de se retirer, il était le meneur de l’histoire de la LNH pour les défenseurs avec ses passes, ses points et ses minutes de pénalité.

‘’ Quand je regarde ma carrière dans la LNH, je suis TRÈS fier d’avoir quitté la LNH en tant que meneur de l’histoire de la ligue de points pour un défenseur. Devenir le deuxième à jouer mille matchs est un autre honneur qui me rend fier. Dans le temps des ‘’Original Six’’, on jouait blessés, on jouait en douleur et on était inconfortables plus souvent qu’autrement. Je suis content que les gens puissent se dire que j’ai joué malgré plusieurs blessures. ‘’ de dire Gadsby à Kevin Shea en 2008, lors d’une entrevue pour le Temple de la Renommée.

Le défenseur a reçu plus de 600 points de suture dans sa carrière. En 1950-51, il est aux prises avec de grosses blessures à un genou et à une épaule. En 1952, il guérit d’une polio en début de saison et disputera celle-ci presque au complet (68 matchs sur 70). Un des premiers défenseurs de l’histoire à être considéré comme ‘’offensif’’, on peut vraiment dire que Gadsby avait toutes les raisons de prendre sa retraite la tête haute.

Il a connu trois saisons de dix buts ou mieux, une rareté chez les défenseurs de son époque. À une époque qui voyait si peu d’arrières dépasser les vingt points dans une saison, Bill Gadsby a inscrit trente points ou mieux neuf fois! Ça a l’air bien anodin dans le hockey d’aujourd’hui mais dans le temps, la mentalité de la défensive n’était pas de passer à l’attaque! Quelques défenseurs comme Flash Hollett, Doug Harvey et Pierre Pilote ont bien noirci la feuille de pointage jadis, mais avant de voir des styles à la Orr, Coffey, Bourque, ça a pris beaucoup de temps!

Si le survivant du SS Athenia n’a pas nécessairement révolutionné la position de défenseur, on peut dire qu’il pratiquait un style que très peu de défenseurs pratiquaient à son époque, faisant de lui un indispensable pour n’importe quel club. Il a été apprécié partout où il est passé, a participé à huit matchs d’étoiles, a été six fois en nomination pour le trophée Norris dont quatre fois deuxième au scrutin et il a été respecté aux quatre coins de la LNH.

Quand on parle de défenseurs importants dans l’histoire de la ligue, le nom de Bill Gadsby ne ressort que très peu. Vrai qu’il n’a pas eu l’impact des autres mentionnés un peu plus haut, mais sa longévité et sa polyvalence lui ont valu d’être intronisé au Temple de la Renommée du Hockey en 1970, quatre ans seulement après sa retraite.

Ceux qui se souviennent de lui se rappellent probablement bien plus ses exploits et sa réputation que le fait qu’il n’ait jamais soulevé la Coupe Stanley. Ses records sont effacés des livres depuis bien longtemps déjà et, n’ayant pas joué pour les Canadiens ou les Leafs, il n’a évidemment pas eu le ‘’spotlight’’ sur lui comme les joueurs des deux concessions canadiennes.

Malgré tout, on peut affirmer sans gêne que Gadsby est l’un des meilleurs défenseurs de sa génération et un des pionniers de la montée offensive des joueurs de défense. Même s’il n’a pu remporter la Coupe Stanley malgré vingt saisons dans une ligue à six équipes, on se souvient plus du fait qu’il n’a pas joué pour de grandes équipes, bien plus que pour le fait qu’il n’en a pas mené une à la terre promise.

Il est décédé le 10 Mars 2016, à l’âge de 88 ans.

Félicitations pour une légendaire carrière, M. Gadsby.

À bientôt, chers lecteurs du GC, pour un autre grand qui aurait dû gagner!

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