J’ai eu la chance de converser dernièrement avec Monsieur Raymond Fortin, un ancien membre des Blues de Saint-Louis à l’époque de l’expansion de 1967. Véritable boîte à souvenirs, ce défenseur originaire de Drummondville a évolué dans plusieurs ligues et villes de l’Amérique du Nord. Il a bien voulu retourner dans le passé pour se remémorer certains moments de carrière. Il a joué contre Bobby Orr, surveillé Stan Mikita et Gordie Howe, côtoyé Doug Harvey, jeté les gants face à Wayne Cashman et joué sous les ordres de Scotty Bowman. Et même s’il est âgé aujourd’hui de 78 ans, la mémoire fonctionne encore à plein régime.

 

Dans le monde du sport, les grandes vedettes sont adulées par des millions d’amateurs. Leurs exploits se retrouvent dans les journaux, sur les médias sociaux et dans les bulletins d’informations. Et dans certains cas, les joueurs dominants du passé sont devenus des légendes. Mais il y a aussi les autres. Ceux qui ont réussi à atteindre les grands circuits professionnels sans tambour ni trompette. C’est le cas pour Monsieur Raymond Fortin, qui n’a disputé que 92 matchs dans la LNH. Mais la somme d’expériences, d’anecdotes et de souvenirs est impressionnante.

Il a évolué dans six ligues, et pour sept équipes. Et c’est lors de la saison 67-68, qu’il a fait ses premiers pas dans la Ligue Nationale de Hockey. «J’ai joué mon premier match contre les Flyers, et c’était assez impressionnant de se retrouver devant près de 20 000 personnes, contre des joueurs que j’avais vu à la télévision», mentionne l’ancien défenseur. «Il y a avait aussi une grande rivalité entre les équipes de l’expansion et les autres clubs de la LNH. Nous voulions montrer qu’on pouvait jouer dans cette ligue». Ce premier match dans la grande ligue, Raymond Fortin l’a disputé au Spectrum de Philadelphie.

zzSource: Collection personnelle
Légende: Raymond Fortin

Stan Mikita et Wayne Gretzky

Des grands joueurs, Raymond Fortin en a affronté plusieurs. Notons entre autres Jean Béliveau, Henri Richard, Gordie Howe, Phil Esposito, Bobby Clarke et Dave Keon. Il y a eu aussi Bobby Orr, Pierre Pilote, Bobby Hull, Frank Mahovlich et Jacques Lemaire. Il a fait face à plus d’une vingtaine de joueurs qui allaient éventuellement se retrouver au Temple de la Renommée du Hockey.

Cependant il mentionne que c’est probablement Stan Mikita, l’ancien  joueur de centre des Blackhawks de Chicago, qui a été son adversaire le plus redoutable. «C’est Stan Mikita qui ressemblait le plus à Wayne Gretzky. Il était un excellent passeur, il avait des mains extraordinaires et le jeu tournait autour de lui, alors que Bobby Hull était là pour mettre la rondelle dans le filet». Dans le livre 20th Century Hockey Chronicle, l’historien Stan Fishler estime que Mikita a été le meilleur joueur de centre de la décennie des années 60 dans la LNH.

Blues de Saint-Louis 1967-68; Raymond Fortin (rangée du haut, 7e de la gauche)Source: Collection personnelle
Légende: Blues de Saint-Louis 1967-68; Raymond Fortin (rangée du haut, 7e de la gauche)

La Coupe Stanley de 1970

Au printemps de 1970, les Blues de Saint-Louis devait affronter les Bruins de Boston en finale de la Coupe Stanley. Menés par Bobby Orr, les Bruins n’avaient aucune faiblesse. «Il a changé le hockey du jour au lendemain, il contrôlait un match à sa guise et il était un chic type», souligne Monsieur Fortin en regard de l’illustre numéro 4 des Bruins. Et même si les Blues étaient des aspirants à la Coupe Stanley, il rappelle que l’équipe était tout de même réaliste. «On avait un type de jeu très fermé, et Scotty Bowman était là pour qu’on respecte le plan de match. Mais en bout de ligne on savait très bien quel genre d’adversaire on devait affronter», se remémore celui qui a porté notamment le numéro 19. Et en regard de la conclusion de la série, il ne parle de déception. «Non, pas vraiment déçu car nous étions conscients que nous affrontions une machine, et qu’on avait assuré notre participation aux série que dans les cinq derniers matchs de la saison régulière».

Le hockey d’aujourd’hui

De nos jours, Raymond Fortin estime que la marche entre le junior et le professionnel est moins prononcée qu’à son époque. «Les entraînements et les pièces d’équipements sont meilleurs, et les jeunes sont mieux préparés que nous l’étions». Et alors qu’il gagnait quelques milliers de dollars par année à la fin des années 60, il est heureux pour les joueurs du 21e siècle qui reçoivent des salaires faramineux sur une base annuelle. «Mets-en que je suis content pour eux autres», dit-il sans hésiter une seule seconde.

Son plus beau souvenir, et la retraite

Même s’il n’a jamais gagné la Coupe Stanley, Raymond Fortin garde de très beaux souvenirs de ses années de joueurs. «Partout où j’ai joué, j’ai disputé la finale. J’ai joué en finale dans la Ligue Nationale de Hockey, Américaine, Senior et Centrale». Et concernant la retraite, sa réponse est la même que la grande majorité des anciens joueurs. «Se retrouver après un match, la camaraderie. Même quand je disputais des matchs des Old-Timers, les joueurs se rassemblaient au restaurant, c’était à nouveau l’esprit de gang. Et même si ça faisait 30 ans qu’on s’était vu, on pouvait s’assoir et jaser ensemble. C’est tout ça qui m’a manqué le plus».