Si vous obtenez l’opportunité de la croiser sur votre chemin, arrêtez-vous, vivez le moment présent. Nathalie Bisson, c’est du bonbon ! On prend le temps de l’apprécier, de savourer son énergie contagieuse. Voilà la belle personne que j’ai croisée récemment.

 Qui sait ? Son Pace du Bonheur arrivera peut-être à sauver la course à pied éventuellement, car les gens réaliseront. « Oui, je le sais, je vieillis égoïstement, une priorité. Cela m’appartient. Courir est devenu un besoin viscéral ».

 Elle a les yeux qui brillent. Allumée, elle sent le besoin de vous contaminer. En 2007, lorsqu’elle a enterré sa sœur, 53 ans, décédée d’un cancer fulgurant et sa mère, victime d’une rupture d’un anévrisme à 70 ans, et cela dans un court laps de temps, elle est devenue une gourmande de la vie, comme elle se plait à le dire.

 

Quand j'ai appris mon diagnostic, j'en ai vomi !

 

Toutefois, en 2002, elle a reçu un diagnostic fulgurant. Elle souffre de polyarthrite rhumatoïde. « J’en ai vomi ! J’ai confié au médecin que j’allais me marier l’année suivante. Il a répliqué en m’avisant que j’aurais peut-être besoin d’une marchette pour la cérémonie! » Terrifiée, elle transformera sa vie par la suite. « Je cours pour défier les diagnostics. Oui, j’ai eu peur mais à 52 ans aujourd’hui, ma perception a changé et cette maladie dégénérative ne m’effraie aucunement ».

 Elle a donc couru son premier marathon en 2011. Deux ans plus tard, son doc l’avise qu’elle ne peut plus continuer de la sorte. Pour elle, marcher se transformait en échec. « Deux alternatives s’offraient. Je n’ai pas abandonné mais je me suis abandonnée et j’ai dû lâcher prise sur la perception des gens. J’ai jeté ma montre. »

 Puis, elle a rencontré Karine Champagne. Alors qu’elle faisait la première partie de ses conférences, les gens la questionnaient pour lui demander quel était son pace. Voilà comment en 2014, le Pace du Bonheur a vu le jour. « Il me fallait conserver l’impression de me dépasser mais à mon rythme. La légèreté, c’est une liberté. » Elle fut surprise à sa 2e présence au marathon de Rimouski, le premier en carrière qu’elle avait couru quelques années auparavant, de retrancher 13 minutes à son chrono grâce à sa nouvelle formule.

 

La Pace du Bonheur peut devenir contagieux.

 

Au lever du corps, Nathalie est dysfonctionnelle. Elle doit s’étirer à chaque fois. « Du stress, je n’en veux plus, je n’en veux plus ! Si j’arrive en retard à un rendez-vous, ce n’est pas grave », exprime celle qui vit un bonheur recomposé avec ses quatre enfants.

 « J’ai un petit job, quatre jours semaine, de 16h à 21h comme réceptionniste. Jadis, elle fut préposée aux bénéficiaires dans un centre mère-enfant à Québec. En 2007, avec une quinzaine d’infirmières, elle a participé à un 10km qui visait à amasser des fonds pour acheter un terrain au cimetière Saint-Charles afin d’enterrer les corps des bébés non réclamés. On y retrouve une pierre tombale. J’étais estomaqué lorsqu’elle m’a informé de ce magnifique geste de charité humaine. Wow !

 « Je me souviens qu’après ce 10km, j’étais tellement épuisée que j’ai demandé à la blague à mon mari de m’euthanasier, tellement je souffrais ».

 

Pour elle, il est important que les enfants adhèrent à cette formule.

 

Nathalie se considère libre. Aussi longtemps qu’elle pourra marcher, elle participera à un marathon à chaque année. « Courir est un privilège pour tout le monde mais pour moi, il reste précaire. Lors de mes conférences, je veux aider les gens, je leur fait comprendre que dans une course, ils ne doivent pas se sentir comme des imposteurs, Je sens qu’ils ressentent le besoin d’entendre un tel message. Je suis tellement heureuse d’être reconnue par la communauté des adeptes de la course à pied. »

 La preuve est que le Grand Défi de Victoriaville lui a offert une course avec le Pace du Bonheur lors de sa prochaine édition le 10 septembre, un 5km avec un dossard mais sans puce électronique. « Cela signifie qu’il existe un besoin dans ce sens, moi qui rêvait d’organiser une telle course d’ici trois ans !

 Elle croit au pouvoir des mots et se rend compte que les gens ont minimisé le fait de courir un 42km. « C’est pratiquement devenu banal dans notre ère », dit-elle.  Je lui donne raison.

 

« Quand je cours, j’ai mal mais je ne souffre pas. Quand je passe l’aspirateur à la maison, je dis à mon chum que j’ai mal et c’est lui qui accepte de faire cette besogne », souligne Nathalie avec un p’tit sourire en coin.

 En 2015, elle a cessé la médication. Craintive des effets secondaires, elle a opté pour les produits naturels. « Je relativise la perception. Lorsque nous pouvons transposer les bienfaits de la course dans la vie, c’est merveilleux. Je me délecte de la vie à tous les instants. Je détiens la formule du Pace du Bonheur car la vie est toujours belle pour moi. Oui, parfois, je bougonne. Il me faut bien un petit côté givré, pas vrai ? »

 Ambassadrice pour la marche contre la douleur, elle inculque à ses petits enfants Charles et Edouard la notion du plaisir par le jeu lorsqu’ils prennent part à des courses. « Elle est belle la vie, tu sais ? »

 

Elle en attire des gens lors de ses conférences.

Alors, que fait-on avec le chagrin ? « On court. Au décès de mon père, il m’a alloué cette résilience. Quelques heures avant de partir, il m’a permis de me rendre à La Tuque pour donner une conférence car il savait tout le bien que je pouvais apporter aux personnes. »

 Il fut un temps où Nathalie ne pouvait même pas faire la navette entre Québec et Trois-Rivières en auto, tellement elle avait peur. « Et dire qu’elle s’est rendue seule à Bordeaux en France pour participer au marathon, un prix qu’elle avait gagné. « Tu ne peux t’imaginer qu’elle grande victoire personnelle je venais de remporter ! »

 Elle aspire à ce que le Pace du Bonheur s’intègre dans le vocabulaire de la course à pied. « La ligne d’arrivée lors d’une course est l’un des plus beaux endroits sur la terre », une phrase qui prend toute sa signification lorsque l’on adhère aux principes qu’elle véhicule.