« Je ne laisserai plus jamais personne abuser et profiter de moi ».

 À quelques livres de devenir obèse morbide, Sarah Latour a effectué un virage complet à partir de 2014. « J’ai repris le contrôle de ma vie lorsque mon agresseur est décédé. J’ai fait la paix et pardonné. Je n’ai pas demandé d’aide. J’ai voulu protéger mes parents. »

 Reprendre sa vie en main mais aussi reprendre son corps.

 Sarah se confie dans un café du Quartier Dix-30.  Le choc fut de revoir cet agresseur. Elle ne s’aimait plus. Elle a choisi de se laisser aller. Un jour, la course à pied allait la sauver et lui redonner le goût de mordre dans la vie.

 

Force est d'admettre que la course à pied a fourni un sens différent à la vie de Sarah.

 

Elle a dénoncé à l’âge de 9 ans. Le réflexe de se protéger contre les autres est apparu instantanément. Enfant unique, elle considère qu’on lui a marché dessus pendant 20 ans, elle qui a 25 ans aujourd’hui. Dans sa famille, plusieurs luttent contre un surplus de poids. À 11 ans, elle apprenait que la génétique menaçait son existence avec le cholestérol.

 « J’avais des animaux à la maison. Je me confiais souvent à eux ». Vous voyez l’état de détresse ! Délicat comme situation, vous comprendrez. Elle souligne qu’elle a dû sortir du marasme d’elle-même car la crise de l’adolescence ne fut pas évidente. « J’ai vécu une grosse débauche, je ne fréquentais pas les meilleures personnes et je me suis jetée dans le sucre. Je ne comprends pas que mes parents ne m’aient pas placé à ce moment-là. »

 Or, tout va changer à partir du 3e secondaire lorsqu’elle opte pour le métier de coiffeuse. « Tu sais, on ne réalise pas notre obésité. Je m’y sentais bien à l’intérieur. À répétition, j’arrivais à manger mes émotions. Je ne m’aimais plus. Alors, le surplus de poids ne me tracassait aucunement.»  Jusqu’au jour où….

 

Le sourire et la joie de vivre sont revenus dans son attitude.

 

Exercer son métier lui demandait de rester debout durant 12 heures. Épuisée vous me direz au terme de sa journée….

 Naturellement, la marche s’est intégrée graduellement dans son horaire jusqu’à la l’inciter à courir. « J’ai passé un contrat avec moi-même. Cet état d’apaisement, j’en ressens dorénavant le besoin. J’ai traversé pire dans ma vie que la souffrance dans une course. » Elle affectionne particulièrement le trail. « Cela m’apporte davantage dans la nature où je retrouve mes vraies valeurs. »

 Sarah ne boit plus, ne fume plus et sent qu’elle ne se réalise pas sans la course à pied. « J’ai appris à m’aimer, à me valoriser, je ne peux plus arrêter de courir. J’y vais cinq fois par semaine et si je m’écoutais, je courais à chaque jour. »

 

 

Une métamorphose incroyable pour Sarah Latour.

 

Sans compter qu’elle a dû devenir végan à cause de plusieurs intolérances. Et cette barre Caramilk qu’elle chérissait ? « Je me souviens qu’au début de mon redressement, je la déposais dans mon frigo et je me limitais à un carré par jour. Le plus dur était de savoir qu’elle se retrouvait dans le frigo. Maintenant, je passe près d’un comptoir de chocolat et ça ne me dérange même plus ».

 Elle vivra son premier marathon en octobre prochain avec le Petit Train du Nord. L’an dernier, elle a pris part à 17 courses. Toutefois, les défis seront de taille cette année avec la Pandora, l’Harricana et possiblement un triathlon.

 « Courir vient chercher mes démons car l’on parle d’un combat quotidien. »

 

En 2018, les défis seront plus grands pour elle.

 

Elle a créé le groupe Passion Courir afin d’échanger, de s’intégrer davantage dans le milieu de la course à pied. Pas toujours évident de livrer sa transformation. Elle aura pris plusieurs mois avant d’avouer, d’accepter. « Ça me touche, je ne reste pas insensible.»

 Dire qu’elle pesait 225lbs et a réussi à perdre 100lbs. Magistrale comme prise de position. Elle inspire. On lui dit. On lui raconte. Elle m’a parlé de Samuel Trudel qu’elle admire et de son coach, Stéphane Boudreau qu’elle dit aimer d’amour et de haine !!!! Ajoutez à cette liste Jean-François Duquette, fondateur de la compagnie Soul Peaks, qui signifie : Au sommet de son âme !

 Il y a quelques semaines, elle s’est rendue au mont Rigaud qu’elle a gravi avec un ami à sept reprises en deux heures. Jadis, elle l’avait fait une fois en quatre heures et trente minutes ! Wow !

 

Son père a dû subir une intervention chirurgicale au cœur alors qu’elle avait 18 ans. Elle fut effrayée et ce fut l’un des aspects qui l’ont convaincu. Il appartenait à elle seule de changer.

 Native de l’Île Perrot, Sarah a avisé son employeur chez Funkydoo de considérer qu’elle carburait à la course à pied et qu’elle projetait de participer à un ironman d’ici 2020. Elle fut comprise et considérée. Elle venait de mettre son pied à terre.

 Quand je lui ai demandé de me fournir des photos de l’époque où elle souffrait d’obésité, elle m’a répondu : « Je les ai toutes détruites. Je n’aurais pas dû », en me regardant avec un sourire crispé.

 Elle venait alors de franchir l’étape ultime.