« La course à pied, c’est mon ADN. J’ai une dette envers elle. Je dois la payer car elle m’a sauvé la vie. »

 Existe des gens qui vous remuent dans la vie. André Daigle appartient à cette catégorie. En voilà un qui ne se prend vraiment pas au sérieux et qui a compris l’essentiel après s’être relevé d’une sévère chute aux enfers. Quand on découvre son histoire, on comprend. À ses yeux, la vie vous offre toute sa gratitude. À vous d’en tirer profit.

 Remontons en 1976. Ses parents ne cessent de se chicaner à la maison familiale. Le climat souvent orageux, traumatise le jeune André, 12 ans. Il garde frais en mémoire cette date du 31 juillet, présentation du marathon aux Olympiques de Montréal. Il le regardait à la télé. Soudainement, il est sorti dehors pour partir à courir et faire le tour du bloc à deux reprises. Voilà ce qui fut l’élément déclencheur.

 

La vie est maintenant un plaisir pour André.

 

« Courir me procurait tellement de bien. »  À l’école, il ratait ses cours. Problèmes de consommation, on le jugeait. D’une réputation peu enviable, indésirable,  son professeur en éducation physique de l’époque, un certain Henri, qui avait participé aux Olympiques de 1956, l’avait pris sous son aile et l’invitait régulièrement à le rejoindre dans le gymnase. Devant le directeur, il le défendait. « Préférez-vous qu’il soit avec moi plutôt que de le voir faire des mauvais coups ?».

 En 1980, il se présente à la 1ière édition du 5km de l’Anjou-Courons. Muni de souliers de volleyball, il termine 5e avec 18:11. À 19 ans, seuls Jean Lagarde et Guy Renaud le devançaient au Québec. Il participe alors au marathon de Montréal et obtient un chrono de 2h59, toujours à 19 ans.

 Toutefois, ce succès cachait un secret. Sa mère, une perfectionniste insatisfaite comme il la caractérise, ne cessait de le critiquer. Comme à ce 5km qu’il remporte en 16:07 et sa mère qui lui dit d’un air sévère : « Je ne comprends pas, la semaine dernière, tu as couru en 15:57 », et le tout sans le féliciter.

 

Louka a transformé son existence.

 

Aujourd’hui, il ne tolère plus les statistiques. Vous comprenez. « Ça m’écoeure. Je me suis déjà levé la nuit pour courir seul afin de m’évader. Je déteste les chiffres. »

 En 2001, il se présente à l’hôpital Saint-Luc, défait par la vie. « J’avais juste le goût de mourir. J’étais branché de partout. Je me suis détaché le 6 décembre pour me présenter en jaquette, coin Berri et Sainte-Catherine pour acheter de la poudre ! Je vivais du rejet, de la culpabilité. Le médecin m’a demandé qu’est-ce que j’aimais le plus dans la vie ? Je lui ai répondu les dauphins et la course à pied. Il m’a dit qu’avec tout ce que j’avais consommé, il ne s’expliquait pas comment je pouvais vivre encore. »

 En fait, de 1992 à 2001, il faisait noir dans la vie d’André. « J’ai été délivré de l’envie de consommer. Je me souviens de cette infirmière qui m’avait dit de demander au gars d’en haut, de m’aider. Je me suis endormi là-dessus et depuis ce fameux 6 décembre, depuis 16 ans, je suis sobre. »

 

Son mariage, des moments inoubliables pour André.

 

André se considère comme un survivant. « Je n’ai pas eu besoin des autres pour me condamner. J’étais loin d’être fier de moi. Aujourd’hui, je suis à l’écoute, attentif à ce qui se déroule autour de moi. »

 Il y a bien eu ce dimanche où il regardait un ironman à l’écran. Déclic. À 50 ans, il s’embarque dans ce projet qu’il réussira à Tremblant. Quelques jours plus tard, il se rend visiter sa mère à l’hôpital pour lui présenter le film de son exploit. Le surlendemain, elle décède à l’âge de 72 ans. « Sa vie personnelle fut un échec lamentable. Elle souffrait de démence. En 2009, elle a tenté de se suicider. Elle n’est jamais ressortie de l’hôpital par la suite et je suis le seul de la famille qui la voyait régulièrement. Même dans mes moments difficiles, elle ne m’a jamais laissé tomber. Elle est en paix maintenant. »

Au quotidien, André ne ménage pas les mercis et la reconnaissance. Il ne cesse de féliciter les gens. « Je me fais un devoir d’aller chercher les derniers d’une course quand j’ai terminé la mienne. Je veux aider mon prochain. J’essaie d’être un exemple. Après une course, je donne ma médaille à un bénévole qui la mérite autant que moi. Je l’ai reçue ma médaille, ce fameux 6 décembre quand j’ai arrêté de mourir à petits feux.  J’aide les itinérants car ça pourrait être moi à leur place. Je ne peux rester insensible à la misère. Voilà pourquoi il faut absolument que je puisse courir encore longtemps. »

 

Un gars intense comme courir un marathon dans une piscine !

 

Durant sa période creuse, il dit qu’il fut assez responsable pour ne pas avoir eu d’enfant. Or, ce vendeur chez Piscine Trévi depuis 10 ans maintenant, se rend chez l’un de ses amis, il y a sept ans, pour réparer un problème de moteur d’une piscine. Une fois sur place, il remarque une belle jeune femme, Sonia Boulanger. Plusieurs mois plus tard, il assiste aux funérailles de son père et fait de plus ample connaissance avec elle. Après deux semaines de fréquentations, elle se retrouve enceinte. « J’ai scoré du premier coup », dit-il à la blague.

 Louka verra le jour, lui qui fêtera son 6e anniversaire le 6 février. « Il est devenu ma raison de vivre, ma fierté et mon rêve serait de l’accompagner un jour, s’il le désire, lors d’un marathon. » L’an dernier, il a épousé Sonia, 31 ans.

 Il aime faire des folies ce qui lui permet de livrer des messages, comme le marathon qu’il a couru dans une piscine ovale de 20 pieds, un total de 2203 tours et un temps de 8h46. « On ne doit pas se prendre au sérieux », relate celui qui estime totaliser quelques 180,000 km de course dans le corps.

 

La réalisation de son ironman est venue concrétiser une nouvelle étape dans sa vie.

 

Son père vit encore et André représente son idole. Sans oublier Augustin Diaz, un coureur de longue date qu’il considère comme son grand frère.

 L’an dernier, il ne se sentait vraiment pas bien sans trop savoir ce dont il souffrait et cela même après une série de tests à l’hôpital. L’inquiétude le rongeait. Un jour, Sonia lui confie qu’elle n’a pas acheté de bananes à l’épicerie puisqu’elles étaient beaucoup trop vertes, lui qui en mangeait quatre par jour ! Tout commence à rentrer dans l’ordre au niveau de sa santé. La semaine suivante, elle revient avec les bananes et l’indisposition réapparaît chez lui. Aujourd’hui, il ne peut plus manger de bananes car il est allergique !

 Question de susciter le plaisir, André a créé Rundredi avec son slogan : Un kilomètre à la fois. « Tu sais, la course ne m’a jamais déçu. »

 Bonté, sagesse et reconnaissance ont envahi cet adepte de la course à pied.

Il m’a muselé par son magnifique témoignage.